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    La région du lac Tchad à l’épreuve de Boko Haram

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    Tandis que l’on s’interroge encore sur la montée des attaques de Boko Haram dans la région du lac Tchad, le bilan ne cesse de s’alourdir. Au moins onze militaires tchadiens ont été tués dans une attaque attribuée à Boko Haram vendredi 21 juin à l’Ouest du Tchad. Dans le même temps au Cameroun, de nouvelles attaques ont été enregistrées. Décryptage.

    Boko Haram continue de semer la terreur dans les pays du bassin du lac Tchad. L'armée tchadienne a perdu au moins onze hommes, dont trois officiers, dans une attaque attribuée à la secte islamiste, vendredi 21 juin, dans une localité située dans la province du lac Tchad (Ouest du Tchad), a appris Sputnik de sources locales.

    Les onze militaires tués, dont trois officiers, cherchaient à récupérer des milliers de bœufs dérobés par Boko Haram dans la région. Ils sont tombés dans une embuscade, au cours de laquelle ils ont réussi à neutraliser 26 djihadistes, a appris Sputnik. Au cours de cette attaque, six militaires ont été également blessés.

    Pendant ce temps au Cameroun, de nouvelles attaques ont été enregistrées cette même semaine. Un soldat camerounais a été tué et deux autres blessés dans une embuscade tendue par Boko Haram, dans la nuit du vendredi 21 au samedi 22 juin, dans la région de l'Extrême-Nord, a appris Sputnik. Cette attaque intervient après l'assassinat de trois pêcheurs par la secte islamiste, dans la nuit du mercredi 19 au jeudi 20 juin, dans la localité de Darak, toujours à l'Extrême-Nord du Cameroun. Des attaques survenues alors que le pays pleure encore les 17 soldats tués lors de violents affrontements entre la secte Boko Haram et l’armée camerounaise les 9 et 10 juin dernier, durant lesquels 64 terroristes ont également été abattus.

    Interrogé par Sputnik sur l’efficacité des moyens engagés dans la lutte contre les terroristes de la secte islamiste dans la région du lac Tchad, Joseph Lea Ngoula, analyste des questions sécuritaires et géopolitiques pour le cabinet Orin consulting, spécialisé dans la gestion des conflits en Afrique, précise que

    «Même si la pression militaire sur Boko Haram a permis de faire reculer la menace et de contrarier le projet du califat qui s'implantait progressivement dans la région, la stratégie de défense a traité des symptômes d'un mal aux racines profondes, sans s'attaquer aux conditions de précarité et d'exclusion préexistantes à Boko Haram. Le tout sécuritaire sur lequel repose toute la stratégie défense des Etats du lac Tchad a aussi créé son lot de revanchards au sein des populations civiles, victimes collatérales des raids des forces armées. En plus de gonfler les rangs de Boko Haram, la logique sécuritaire empreint de violation des droits humains, a parfois alimenté la stigmatisation de certaines communautés et la destruction des infrastructures vitales des populations locales», commente-t-il.

    Alors que les attaques prennent de l’ampleur dans la région, l’on s’interroge aussi sur l’efficacité de la Force multinationale mixte (FMM), une coalition régionale mise en place par le Nigéria, le Cameroun, le Niger, le Tchad et le Bénin, pour lutter contre Boko Haram dans la région du lac Tchad.

    «La FMM est un dispositif efficace qui a inspiré le G5 Sahel, mais elle rencontre deux grandes difficultés qui amoindrissent son rendement : l'absence de moyens financiers et la méfiance qui règne entre les pays qui y contribuent. Elle reste largement tributaire des maigres contributions financières des différents Etats membres, eux-mêmes confrontés à des problèmes de trésorerie depuis la baisse des cours du pétrole et l'éclosion de nouveaux foyers de tension sur leur territoire respectif. Le déficit de moyen empêche l'activation de la phase 2 du concept d'opération de la FMM, pourtant utile pour adresser les racines socio-économiques de la crise et enrayer l'instrumentalisation des communautés par les factions de Boko Haram.

    La méfiance réciproque entre le Cameroun et le Nigeria vient rajouter une couche supplémentaire de difficultés qui entravent jusqu'à présent le droit de poursuite que devrait exercer les différentes armées pour assiéger Boko Haram», explique Joseph Lea Ngoula, le spécialiste des questions sécuritaires au micro de Sputnik.

    Pour lui, freiner considérablement les agissements de la secte Boko Haram dans la région passe inéluctablement par une réponse liés au sous-développement dans cette partie du continent.

    «Les réponses à apporter doivent être multiformes et ne doivent pas se contenter de riposter aux attaques djihadistes. Elles doivent aussi prévenir l'enrôlement dans les factions de Boko Haram tout en s'attaquant aux défis connexes tels que, le crime transnational organisé (contrebande, braconnage, grand banditisme) qui exacerbe l'insurrection islamiste dans le lac Tchad.

    Au-delà de la coopération sécuritaire qui demande à être renforcée de manière à dissiper toutes les entraves à la mobilité des services de sécurité, les Etats du bassin du lac Tchad doivent cesser d'attendre un soutien international en intensifiant la coopération régionale en matière de développement. La coopération décentralisée sur des projets transnationaux dans cet espace pourrait permettre de redéployer un système administratif et des services de base plus compétitifs pour regagner l'adhésion des populations», suggère-t-il.

    Avant de poursuivre :

    «Les Etats devraient par ailleurs se montrer plus respectueux des droits humains dans la conduite des opérations dans cette zone où djihadistes et civils cohabitent. C'est une démarche importante pour améliorer la collaboration avec les populations et inciter les soutiens techniques et financiers des partenaires internationaux», précise le spécialiste au micro de Sputnik.

    Après une relative accalmie en 2018, les assauts de la secte islamiste Boko Haram se multiplient dans la région du lac Tchad (Cameroun, Tchad, Nigéria et Niger). Depuis 2009, cette insurrection djihadiste a déjà fait plus de 27.000 morts.

    Au Nord-est du Nigéria, dans la région du Diffa au Niger, à l’Extrême-Nord du Cameroun et à l’Est du Tchad, des millions de personnes sont victimes de déplacements, massacres, malnutrition aiguë et maladies. Selon l’Onu, 10,7 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire dans cette partie du continent.

    Alors que l’insurrection se poursuit, le Haut-commissariat des nations unies pour les réfugiés (HCR) a lancé en janvier dernier, en collaboration avec le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) et d’autres partenaires, un appel de fonds d’un montant de 135 millions de dollars pour aider les centaines de milliers de personnes déracinées par l’insurrection croissante de Boko Haram dans la région du bassin du lac Tchad.

     

    Tags:
    terrorisme, Niger, Nigeria, lac Tchad, Tchad, Boko Haram
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