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    À peine élu, le futur Président mauritanien est déjà contesté

    © AFP 2019 SIA KAMBOU
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    Hakim Saleck
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    À peine élu comme nouveau Président de la République de Mauritanie, avec 52% des voix, Mohamed Cheikh Ould Ghazouani est déjà contesté. Quatre des six candidats de l’opposition au scrutin du 22 juin crient à la fraude électorale et prévoient une manifestation importante, le 27 juin à Nouakchott. Décryptage.

    Trois jours après l’élection du nouveau Président Mauritanien, Mohamed Cheikh Ould Ghazouani, des heurts ont à nouveau éclaté, à Nouakchott, entre forces de l’ordre et membres de l’opposition. Par ailleurs, le réseau internet a été suspendu puis rétabli le 26 juin et les ressortissants du Sénégal, du Mali et de la Gambie ont été enjoints, par le chef de la diplomatie mauritanienne, à la télévision nationale, de ne pas participer aux manifestations dans le pays.

    © Photo. SIA KAMBOU
    MAURITANIE - VOTE - RALLY

    Déjà au lendemain de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle dans la nuit du 23 au 24 juin, des manifestations sporadiques avaient provoqué l’arrestation de soutiens de l’opposition qui contestaient le verdict des urnes.

    Quatre des six partis de l’opposition dénoncent fermement le résultat du vote et annoncent vouloir le contester par tous les moyens légaux ainsi que par des manifestations pacifiques. Les perdants exigent, de surcroît, la publication des résultats « bureau par bureau », après avoir contesté le processus électoral mis en place par la CENI, la Commission électorale indépendante. Cette dernière est gérée, selon eux, par un commissaire et onze membres, tous nommés par le Président sortant.

    Avant même que l’élection présidentielle ne se déroule, les principaux opposants exigeaient d’avoir des représentants au sein de cette commission électorale. Déboutés de leur demande par le ministère de l’intérieur, ceux-ci n’ont finalement pas obtenu gain de cause, comme l’explique Saidou Wane Rédacteur en chef RMI-info explique au micro de Sputnik France:

    «Avant le scrutin l’opposition souhaitait l’entrée de ses membres au sein de la CENI. Finalement, elle n’a pas pu l’obtenir. Malgré quelques signes d’ouvertures qui se sont avérés finalement trompeurs. Le pouvoir est resté fermé sur cette question. C’est donc une CENI monochrome, totalement affiliée au pouvoir qui proclame les résultats. », explique-t-il. 

    Mohamed Ould Mouloud, candidat de l’Union des forces du progrès (UFP) arrivé en quatrième position (2,44 %) a été l’un des plus virulents à dénoncer la CENI qu’il a qualifié d’ «organe de parti politique rattaché au candidat du pouvoir » dans une déclaration à l’agence de presse mauritanienne Al Akhbar.

    Un mécontentement largement partagé par les autres candidats comme Biram Dah Abeid militant anti-esclavagiste, arrive en deuxième position avec (18,58%), suivi de près par l’ancien premier ministre Sidi Mohamed Ould Boubacar (17,87%), le journaliste Hamidou Baba Kane (8,71%) et Mohamed Lemine El-Moutrej El-Wayi complétant la liste des candidats.

    Avec 62,66% de votants, la Mauritanie a connu l’un des plus fort taux de participation de son histoire. Selon Saidou Wane, des irrégularités auraient, toutefois, eu lieu dans certains endroits reculés du pays et, notamment, dans la région d’où est originaire le vainqueur proclamé de la présidentielle.

    «Selon le directoire de campagne du candidat Sidi Mohamed Ould Boubacar, soutenu par les Islamistes modérés de Tawassoul, des cas d'irrégularités se sont produits dans certains centres (où Mohamed Ould Ghazouani a fait ses meilleurs scores, ndlr). Or, Ould Boubacar est le seul candidat ayant été en mesure de mobiliser des représentants dans tout le pays...», affirme-t-il.

    Joint par Sputnik France, Elhadj Fall, porte-parole Europe du candidat Biram Dah Abeid, affirme que les observateurs de leur campagne ont été chassés des bureaux de vote dans la commune de Trarza, proche de la capitale, Nouakchott. Par ailleurs, le siège de campagne du candidat Baba Hamidou Kane a fait l’objet d’une perquisition par les forces de l’ordre faisant sortir tous les individus présents, avant de fermer le local.

    ​Des actions qui ne font que renforcer les doutes que les candidats de l’opposition ont sur le déroulement de ces élections. En effet, lors d’une conférence de presse dimanche des quatre principaux opposants, ceux-ci n’ont d’ailleurs pas hésité à qualifier la victoire du candidat du pouvoir « d’énième Coup d’Etat », dénonçant la présence de l’armée dans plusieurs villes du pays, dont Nouakchott et Nouadhibou, la deuxième plus grande ville du pays.

    Pour l’instant, l’opposition affiche un front uni et appelle à manifester le jeudi 27 juin pour protester contre ce qu’elle estime être une fraude électorale. Du coup, la plupart des observateurs craignent une montée des tensions. Un point de vue que ne partage pas Mohamed Beheit, chroniqueur au journal d’opposition Le Calame et observateur de la vie politique mauritanienne qui anticipe des ralliements:

    « Compte tenu des penchants congénitaux pour les compromis de la classe politique mauritanienne, la manifestation prévue de l’opposition risque de faire l’effet d'une tempête dans un verre d'eau. De surcroît, le régime dispose de nombreux moyens pour convaincre les opposants de rallier sa cause, et ils ne sont pas tous forcément coercitifs », commente-t-il au micro de Sputnik.

    Le vainqueur de l’élection Mohamed Ould Ghazouani ne sera investi à son nouveau poste que le 1 er Août. À moins que, d’ici là, les recours constitutionnels ou les protestations populaires ne modifient l’issue de ces élections présidentielles.

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    violences, Nouakchott, élection présidentielle, biram dah abeid, Mohamed Ould ghazouani, manifestation, élections, Mauritanie
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