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    Amadiora, une plateforme de BD africaines au pays du manga

    © Sputnik . Roland KLOHI
    Afrique
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    Roland Klohi
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    C’est au Japon, pays du manga où ils étudient, que trois jeunes ivoiriens, ont lancé en mars 2019 AMADIORA, une plateforme de lecture en ligne de bandes dessinées, pour valoriser les créations originales de dessinateurs Africains et Afrodescendants. Sputnik s’est entretenu avec Abel-Trésor Yozan Bi, le PDG de la startup.

    Une plateforme qui propose gratuitement aux dessinateurs Africains et Afrodescendants de faire connaitre et vendre le produit de leur création et de partager leurs cultures avec des férus de bandes dessinées du monde entier, c’est le pari que trois jeunes ivoiriens, tous étudiants au Japon, entendent relever.

    En mars 2019, deux frères, Abel-Trésor Yozan Bi, 31 ans, et Adriel Junior Yozan Bi, 26 ans, ainsi que leur amie d’enfance Marie-Claire Affouet N’Guessan, 27 ans, lancent officiellement l’African Most Appealing Drawings and International Online Revealer of Artists, qui en sigle donne AMADIORA.

    C’est à partir de 2017 que ces trois amateurs de bandes dessinées commencent à rassembler les idées et à structurer AMADIORA, d’abord sous forme de projet. En 2018, le projet debute et en mars 2019 AMADIORA quitte le stade de projet pour devenir une startup.

    «L’idée de créer AMADIORA est née de deux constats. D’abord du manque de représentativité fidèle des Africains et Afrodescendants dans les bandes dessinées déjà existantes. Ensuite, de notre indignation face au fait que les bédéistes Africains et Afrodescendants n’arrivent pas à valoriser leurs talents, encore moins à en vivre décemment alors que l’art fait partie intégrante des cultures africaines. A travers AMADIORA, nous souhaitons partager le talent de ces artistes avec le monde entier pour ainsi leur permettre de diversifier leur public tout en accroissant de façon substantielle leurs revenus grâce à la traduction de leurs œuvres dans diverses langues», confie à Sputnik Abel-Trésor Yozan Bi.

    © Photo. AMADIORA
    Un aperçu de BD disponibles sur la plateforme

    Les jeunes Africains, selon le PDG de la startup, sont curieux de découvrir et de comprendre les cultures de leur continent, mais il existe des «barrières à la communication entre les pays». Pis, ces barrières seraient d’autant plus grandes entre Africains et Afrodescendants.

    «La bande dessinée s’avère être un moyen par excellence de voyager au-delà des frontières existantes», assure Abel-Trésor Yozan Bi.

    Pour faire figurer leurs créations sur la plateforme, les dessinateurs n’ont rien à débourser. Mieux, les vérifications en français, les traductions en langues anglaise et japonaise, de même que les promotions des œuvres, sont aux frais des membres fondateurs.

    La plateforme est entièrement financée sur fonds propres, et fonctionne grâce au sponsoring et aux achats (les chapitre zéro sont gratuits à la lecture, pour la suite, il faut payer un prix unique compris entre 4 et 5 euros, ndlr).

    Si ses initiateurs sont ouverts à tout soutien extérieur pouvant les aider à atteindre leurs objectifs, ils tiennent résolument à rester le plus indépendant possible afin que leur vision ne soit pas détournée.

    AMADIORA propose aux amateurs une immersion dans l’imagination populaire, les langues, les us et coutumes africains. A travers les six bandes dessinées actuellement disponibles, créations originales d’artistes provenant de la Côte d'Ivoire, du Congo et du Cameroun, les lecteurs peuvent voyager dans divers univers allant de l’historique au fantastique, en passant par le vécu quotidien. Et cela, tout en se familiarisant avec des expressions typiques de certaines régions d’Afrique.

    En Afrique francophone où il est reconnu que les populations lisent peu, les bandes dessinées est encore très peu entrée dans les mœurs. C’est dans les milieux urbains et en général aisés, que la pratique peut être observée.

    Les bibliothèques locales sont peu nombreuses. Et lorsqu’elles ne sont pas dégarnies, il est courant de ne trouver que des classiques franco-belges comme Astérix, Tintin, Boule et Bill ou encore Spirou. La possibilité pour les enfants et adolescents – qui sont traditionnellement la frange de la population qui s’y intéresse – de se procurer des bandes dessinées exclusivement africaines, demeure malaisée.

    Mais depuis quelques années, la bande dessinée africaine, avec l’émergence de héros africains ou traitant des thématiques propres aux réalités africaines, est en plein essor. En témoigne notamment le succès de Aya de Yopougon, la série de bandes dessinées de l’Ivoirienne Marguerite Abouet qui relate la vie d’une adolescente à Yopougon, une commune populaire d’Abidjan.

    «Ce n’est que très récemment que la bande dessinée africaine a débuté son essor. Les Africains étaient généralement plus consommateurs qu’acteurs. La tendance s’inverse heureusement. De multiples initiatives pour faire émerger la bande dessinée africaine sont nées et évoluent dans divers pays», se réjouit Abel-Trésor Yozan Bi.

    Selon le français Raphaël Thierry qui a effectué une recherche doctorale sur le sujet, le marché de la bande dessinée africaine, formalisé par des collectifs de promotion et de diffusion physique et numériques, des projets transnationaux (interafricains, africano-européens), des évènements mobilisateurs comme le Festival international de la bande dessinée d'Alger, le Festival de la bande dessinée de Casablanca, est prometteur.

     

     

    Tags:
    manga, Japon, Ivoiriens, Afrique, bandes dessinées
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