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    Polémique en Côte d'Ivoire sur l’usage des réseaux sociaux par les stars du coupé décalé

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    En Côte d’Ivoire, la popularité des stars du coupé décalé n’est plus à démontrer. Ils sont très présents sur les réseaux sociaux et comptent des fans par millions. Font-ils un usage abusif de ces nouveaux moyens de communication? Les explications de Sputnik.

    Nombreux sont ceux qui les adulent et les tiennent pour des modèles. Nombreux sont aussi ceux qui dénoncent leurs frasques et une certaine influence négative sur les jeunes qui, justement, sont surtout de ceux qui les adulent. En Côte d’Ivoire, en bien ou en mal, les artistes du coupé décalé ne laissent personne indifférent.

    Et sur les réseaux sociaux où ils s’adonnent régulièrement à des joutes verbales, le plus souvent par vidéos interposées, les passions qu’ils déchaînent témoignent de leur popularité et influence.

    Avec notamment 2,3 millions d’abonnés sur Facebook, 1,6 million sur Instagram, 304.000 sur Twitter, DJ Arafat, figure de proue du coupé décalé, auréolé de nombreux prix nationaux et internationaux, est l’artiste le plus suivi sur les réseaux sociaux, mais aussi celui qui a la réputation la plus sulfureuse.

    Interrogé par Sputnik, le sociologue ivoirien Jean-Louis Lognon, qui a effectué des travaux sur la sociologie d’internet en Côte d’Ivoire, explique que si les stars du coupé décalé sont aussi populaires, «c’est simplement parce qu’elles sont des modèles pour certains jeunes, parce que leur comportement et style de vie véhiculent des valeurs auxquelles la jeunesse adhère actuellement».

    Apparu au début des années 2000, alors que la Côte d’Ivoire, coupée en deux par une rébellion armée connaissait l’une des plus graves crises de son histoire, le coupé décalé est un genre musical qui s’est très tôt présenté aux yeux des Ivoiriens comme un exutoire.

    Le mouvement né en France sous l’impulsion de la Jet Set, le nom que s’est donné un groupe de jeunes ivoiriens habitués des boîtes de nuit parisiennes et emmenées par l’emblématique Douk Saga, arrive rapidement en Côte d’Ivoire avant de s’exporter par la suite bien au-delà des frontières ivoiriennes.

    Après la disparition de Douk Saga en 2006, Arafat DJ, 33 ans, de son vrai nom Ange Didier Huon, va progressivement et durablement s’imposer comme la référence en matière de coupé décalé et l’un de ses plus grands ambassadeurs en Afrique et dans le monde.

    Pour Ange Martial Gnabolé, manager d’artistes et promoteur de spectacle, la popularité de DJ Arafat peut être aisément cernée quand on remonte aux origines du coupé décalé.

    «DJ Arafat était très jeune aux débuts du coupé décalé. Avec sa jeunesse et son originalité, il a su révolutionner le style du mouvement en créant des concepts et de nouveaux pas de danse. Bien de jeunes se retrouvaient en lui et aimaient cette nouvelle manière de vivre et danser le coupé décalé», déclare au micro de Sputnik Ange Martial Gnabolé.

    Si le coupé décalé est un genre musical, c’est aussi un art de vivre, une culture.

    «Il faut savoir que le coupé décalé n’est pas juste un rythme musical. C’est aussi un courant social qui a déployé plusieurs choses dans la société ivoirienne. C’est un genre musical qui est allé de pair avec un nouveau mode de vie, un nouveau style vestimentaire, un nouveau type de loisirs et d’activités économiques…», explique le sociologue Jean-Louis Lognon.

    Un art de vivre dont l’expression sur les réseaux sociaux est différemment perçue par les internautes. Si certains y adhèrent volontiers, d’autres le récusent, y voient une influence négative sur la jeunesse.

    «Il est vrai qu’il peut être porté un jugement sur les valeurs morales des propos et comportements sur les réseaux sociaux des artistes du coupé décalé et de l’impact qu’ils ont sur les jeunes, mais l’usage qu’ils en font n’est pas abusif, comme certains le pensent. Leur usage des réseaux sociaux, en particulier de Facebook est normal, il traduit toute l’idéologie qui a prévalu à la création de ce rythme musical, à savoir, entre autres, faire le boucan, avoir un style de vie ostentatoire, l’affirmation poussée de soi», déclare Jean-Louis Lognon.

    Selon le Dr Lognon, il faut avant tout comprendre l’usage des réseaux sociaux.

    «Un réseau social comme Facebook, qui est particulièrement utilisé par les artistes ivoiriens, est un espace d’interaction et de mise en scène de soi. Et celui qui se met en scène cherche la validation par les autres de son action», souligne-t-il.

    Les réseaux sociaux sont de fait des espaces très appropriés où les artistes du coupé décalé interagissent avec leurs fans tout en se mettant en scène. Et dans cette mise en scène de soi, ces stars s’adonnent régulièrement entre elles à des clashs, joutes verbales où discourtoisie et virulence en sont généralement des règles.

    «Les réseaux sociaux sont pour ces artistes un espace concurrentiel où chacun cherche à être le plus visible, le plus à la page. Ce sont aussi des arènes où ils s’affrontent, mais en même temps, il faut savoir que ces clashs sont une sorte de jeu pour eux. Mais ce jeu n’est pas sans conséquence, car ceux qui s’identifient ou se reconnaissent en ces artistes ne le perçoivent pas forcément ainsi», confie le sociologue

    Le promoteur de spectacle Ange Martial Gnabolé rejoint le point de vue du Dr Lognon sur ce volet.

    «Le monde du showbiz est très délicat et concurrentiel. Pour gagner en popularité, avoir beaucoup de likes, de vues, les clashs sont un procédé de choix. Tout ça est fait exprès et bien calculé, c’est ce que plusieurs ignorent», soutient Ange Martial Gnabolé.

    Des internautes dénoncent une certaine impunité autour des agissements des stars du coupé décalé sur internet, mais Jean-Louis Lognon estime que du moment où ils n’appellent pas ouvertement à des affrontements, qu’il y a juste des échanges verbaux parfois musclés entre eux, ils ne peuvent être poursuivis pour cela.

    L’utilisation que les artistes du coupé décalé font des réseaux sociaux n’est pas propre qu’à eux. Un parallèle avec les rappeurs américains ou français, permet de s’apercevoir qu’il existe bien des similarités dans la manière de faire. Que ce soit du point de vue de l’ostentation, la démonstration de la richesse, l’affirmation de soi ou encore des clashs.

    Tags:
    polémique, musique, Côte d'Ivoire
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