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    Hyène

    Haine sur les réseaux sociaux au Cameroun: entre défouloir et manipulations politiques

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    La crise socio-politique que traverse le Cameroun s’exprime aussi sur les réseaux sociaux, avec la propagation de discours de haine et de division. Depuis la dernière présidentielle, la tendance se généralise et des voix s’élèvent pour condamner ces dérives, de crainte qu’elles ne débordent dans le monde réel. Décryptage Sputnik.

    Contrer les messages haineux sur les réseaux sociaux au Cameroun, c’est ce à quoi se consacre depuis peu la plateforme «Peace Crusaders», constituée de leaders d’organisations de la société civile, de leaders religieux, de journalistes et de blogueurs. Ce collectif veut contribuer à l’arrêt de la violence et des messages de haine dans les médias, comme le précise Alexandra Tchuileu, membre de la plateforme au micro de Sputnik.

    «À cet effet, nous avons lancé une campagne baptisée “Let’s Stop Hate Speech”, qui vise à créer une onde d’amour sur ces réseaux sociaux, de plus en plus pollués par des messages de haine et de division, du fait de la tribu ou de l’appartenance ethnique, du fait des convictions politiques ou religieuses. Ainsi, cette campagne s’articule-t-elle autour de plusieurs points, à savoir: la publication de messages de paix, de témoignages du vivre-ensemble, de la possibilité de résoudre des conflits malgré la différence des points de vue», détaille-t-elle.

    Le collectif «Peace Crusaders» entend contribuer à réduire au silence les sons de la division au sein des plateformes virtuelles où les internautes camerounais se retrouvent pour échanger, mais voudrait aussi amplifier le discours de la paix dans le cyberespace.

    «Notre ambition est de procéder à une déconstruction de ces préjugés brandis en fonction de la tribu, de la religion, de la région d’origine, pour justifier ou cautionner une action d’une personne ou d’un groupe, souvent savamment entretenus, pour provoquer certaines divisions. Très vite, cette violence peut quitter le terrain symbolique (discours de haine sur les réseaux sociaux) et rejoindre le terrain physique. Notre ambition reste donc d’éteindre ce feu allumé, mieux, de faire entendre des histoires différentes, du vécu enrichi par la différence et la diversité», commente Alexandra Tchuileu au micro de Sputnik.

    Interrogée sur l’efficacité de leur démarche, la porte-parole du collectif tient à souligner qu’

    «il est vrai que le travail n’est pas encore abouti, parce qu’il ne se fera qu’avec le concours du public, réceptif ou à convaincre de cette cause. Nous avons d’un côté des optimistes qui comprennent la pertinence de notre démarche et de l’autre côté, il y a également ceux qui minimisent la portée de cette campagne, voire la dénigrent. Cela était prévisible», explique Alexandra Tchuileu.

    Si cette plateforme s’est engagée sur le chemin de la sensibilisation, c’est parce que l’on semble avoir atteint une cote d’alerte. Il suffit de parcourir les fils de discussion liés à l’actualité sociopolitique au Cameroun pour se rendre à l’évidence: on est en train d’assister à une montée virale des discours de haine et de division au sein des groupes et forums camerounais, extrêmement nombreux sur les réseaux sociaux. Les discussions et échanges virent facilement aux dérives langagières, avec en toile de fond des propos haineux ou tribalistes, découlant très souvent d’une prise de position politique, comme l’a constaté Émile Siki, étudiant en communication à l’université de Yaoundé 2, qui commente cette dérive au micro de Sputnik:

    «Quand j’ouvre mon compte Facebook le matin, j’ai l’impression que le Cameroun est en train d’exploser, tellement les gens se déchirent autour des problèmes que traverse le pays. Et si vous n’êtes pas d’accord avec une idée, ça peut dégénérer facilement en insultes. On vous catalogue alors aussitôt en fonction de votre origine ethnique ou de votre région d’origine. C’est déplorable», nous confie le jeune étudiant, l’air désabusé.

    Un constat, une réalité vécue, une situation subie par nombre d’internautes au Cameroun, avec un déferlement généralisé de haine qui trouve un terrain d’expression sur Facebook, le réseau social le plus utilisé au Cameroun, avec près de trois millions d’utilisateurs. Mathieu Youbi, entrepreneur dans l’événementiel et promoteur de «Le Cameroun, c’est le Cameroun (LCLC)», l’un des forums sur Facebook les plus populaires du pays, avec près de 200.000 membres, affirme que cette haine est voulue et entretenue par le pouvoir en place:

    «C’est un fait et c’est flagrant. Nous avons de faux profils qui véhiculent des paroles de haine et véhiculent des débats sur l’ethnie. Je pense que cela est aussi entretenu par le régime en place, qui s’appuie sur la division ethnique pour se maintenir au pouvoir», déplore Mathieu Youbi au micro de Sputnik.

    L’entrepreneur, qui scrute les groupes et attitudes sur les réseaux au quotidien, a également constaté que

    «ces paroles de haine apparaissent le plus souvent dans les forums où l’on parle de politique. Ce sont les leaders politiques eux-mêmes qui entretiennent des discours de haine et de division.»

    En effet, depuis l’élection présidentielle du 7 octobre 2018 au Cameroun, on assiste à une résurgence du discours ethnique et à un regain de tribalisme dans l’opinion. Sur les réseaux sociaux comme dans les médias, les dérives se sont multipliées. Des sanctions ont été brandies par les organes de régulation pour rappeler à l’ordre les médias traditionnels. Les réseaux sociaux, eux, échappent encore au contrôle. Ils sont donc devenus un terrain fertile pour les propagateurs de la haine, comme le souligne Vincent Sosthène Fouda, politologue camerounais au micro de Sputnik.

    «Aujourd’hui, les réseaux sociaux ont proliféré au Cameroun à un rythme supérieur par exemple à un pays comme le Canada. Ce développement s’est fait malheureusement sans filtre. C’est-à-dire sans régulation ni contrôle. Du coup, on y trouve beaucoup de violences verbales, dont la principale expression est la montée d’un discours d’exclusion de l’autre à cause de son ethnie, de sa tribu, voire de sa région d’origine», constate le sociopolitologue au micro de Sputnik.

    Pour Vincent Sosthène Fouda, les candidats à la dernière présidentielle ont tous surfé sur ce terrain pour manipuler les masses:

    «La dernière élection présidentielle a contribué à dresser des frontières d’exclusion en encourageant le repli tribal et le refus de l’autre comme possible lien entre moi et autrui. Les candidats, sans aucune exception, ont tous versé dans ce refus de l’autre», souligne-t-il.

    Une position que partage le professeur Claude Abe, sociopolitologue camerounais qui voit également dans cette montée de la haine sur les réseaux sociaux une stratégie savamment orchestrée par certains candidats à la conquête du fauteuil présidentiel.

    «Cette stratégie est ce qu’on appelle dans le langage des politistes “la politique d’affection”. Elle est utilisée aussi bien par les acteurs du régime en place pour se maintenir au pourvoir que par les acteurs de l’opposition n’ayant aucune offre politique véritable en ce sens», analyse-t-il au micro de Sputnik.

    Une manipulation des politiques qui s’est généralisée et a progressivement pris place dans les habitudes et réflexes des internautes camerounais. Chose qui fait craindre dans l’opinion l’ouverture d’un autre conflit sur les sentiers de la division ethnique, au moment où le pays traverse déjà une violente crise dans ses régions anglophones. à ce propos, Vincent Sosthène Fouda tente de rassurer:

    «Il peut y avoir un risque de destruction du vivre-ensemble, mais pas de génocide. Un pays est une construction de tous les jours. Au Cameroun, les réseaux sociaux semblent dire le contraire, mais heureusement, ils sont simplement un lieu de défoulement et d’expression des angoisses des uns et des autres par rapport à leur avenir», commente le politologue.

    Si les réseaux sociaux sont devenus le lieu par excellence de la propagation du discours de la haine ethnique et du débat sur le tribalisme, Claude Abe pense aussi qu’il en faut beaucoup plus pour en arriver à un affrontement physique.

    «Le plus alarmant, c’est la capacité de ces messages à installer un déficit de confiance entre les uns et les autres qui se regardent désormais en chiens de faïence, en adversaires. Cependant, pour que cette situation dégénère dans la réalité, il en faut plus. Les conditions ne sont pas encore réunies dans ce sens», commente le socio-politologue au micro de Sputnik.

    S’il s’avère indispensable de réduire les discours de haine à leur plus simple expression dans les médias sociaux au Cameroun, les multiples campagnes de sensibilisation ont du mal à passer dans un pays où les restrictions concernant les libertés, notamment celle de manifester librement pour les partis politiques de l’opposition, ont contraint certains opposants au régime à faire du cyberespace le champ d’expression de leurs revendications et frustrations.

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