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    Ouagadougou, Burkina Faso

    Burkina Faso: le vote de la diaspora, pomme de discorde entre majorité et opposition

    CC BY-SA 2.0 / Hugues / bouchons a Ouaga
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    Au Burkina Faso, après une semaine de discussions sur des questions d’intérêt national, majorité et opposition ne sont pas parvenues à trouver un consensus sur l’utilisation de la carte consulaire comme document de vote pour la diaspora. Sputnik s’est entretenu sur ce différend avec des responsables politiques.

    Si la majorité et l’opposition ont pu trouver un terrain d’entente concernant plusieurs questions politiques, dont celles du code électoral et des élections de 2020, elles ont, en revanche, achoppé sur la question du vote de la diaspora.

    Réunies au cours du dialogue politique national du 15 au 22 juillet à Ouagadougou, la capitale burkinabè, les parties ont convenu, entre autres, de la révision du code électoral avant les élections présidentielle et législatives de 2020, ainsi que de la relecture intégrale du code après l’adoption de la nouvelle Constitution.

    Il a aussi été décidé que le vote des Burkinabè de l’extérieur ne se ferait plus uniquement dans l’enceinte des ambassades et consulats généraux. Un autre lieu pourra être choisi en accord avec le pays hôte.

    Toutefois, un point essentiel pour l’opposition n’a pas fait l’objet d’un consensus et est perçu comme un écueil possible à l’approche de 2020. En effet, le code électoral institue la carte nationale d’identité et le passeport comme seuls documents nécessaires pour l’inscription sur les listes électorales. De ce fait, la carte consulaire est exclue.

    Cette nouvelle disposition, qui a donné lieu à des discussions enflammées sur les réseaux sociaux en 2018, inquiète une partie de la diaspora estimée à 11 millions de Burkinabè vivant à l’étranger par le ministère des Affaires étrangères.

    Contrairement à la carte nationale d’identité ou au passeport, l’usage de la carte consulaire est largement répandu au sein de la diaspora. En Côte d’Ivoire, pays voisin où près de quatre millions de Burkinabè sont établis, l’ambassade du Burkina Faso estime à un peu plus d’un million les détenteurs de la carte consulaire.

    L’opposition est d’avis que l’absence de carte consulaire parmi les documents de vote est de nature à entraver les droits fondamentaux des citoyens de la diaspora en excluant des milliers de personnes du processus électoral.

    «La carte consulaire tient lieu de carte nationale d’identité. Comme l’affirme l’État burkinabè. Mais pour des raisons que nous ne comprenons pas, la majorité n’est pas de cet avis, du moins à ce stade. Dans le cadre du dialogue continu que nous avons avec eux, nous avons bon espoir que les lignes pourront bouger», a déclaré Zéphirin Diabré, chef de file de l’opposition burkinabè, joint par Sputnik

    En Côte d’Ivoire, la carte consulaire burkinabè est biométrique. Mais «cela n’est pas le cas dans tous les pays où se trouve la diaspora burkinabè», comme l’a rappelé à Sputnik Me Benéwendé Sankara, président de l’Union pour la renaissance/Parti sankariste (UNIR/PS), membre de la majorité présidentielle.

    «Dans des pays autres que la Côte d’Ivoire, la carte consulaire burkinabè n’est pas biométrique et même s’établit à la main. Son utilisation comme document de vote peut, dès lors, poser problème. Il est établi que certains détenteurs de la carte consulaire burkinabè ne sont pas des Burkinabè. Nous avons invité les partis de l’opposition à œuvrer pour que leurs militants aient plutôt la carte nationale d’identité. Cela va réduire les sources de fraudes», a soutenu Benéwendé Sankara.

    Selon un responsable de l’opposition qui s’exprime sous couvert d’anonymat: «si la majorité au pouvoir s’oppose farouchement à l’utilisation de la carte consulaire, c’est parce qu’elle veut restreindre le vote de la diaspora qui est globalement défavorable au Président Roch Kaboré».

    Malgré des points de dissension à l’issue de ce dialogue la satisfaction générale est de mise, comme en attestent des propos recueillis par Sputnik.

    Interrogé par Sputnik, Zéphirin Diabré, le chef de file de l’opposition, qui a coprésidé le travail de ces discussions politiques avec le président de l’Alliance des Partis de la Majorité Présidentielle (APMP), Simon Compaoré, s’est réjoui des échanges qu’il a qualifiés de «fructueux».

    «Ce dialogue a le mérite d’avoir eu lieu. Nous avons échangé dans une bonne ambiance. Nous comptons rester sur cette dynamique et faire en sorte que les points de consensus qui en sont ressortis fassent l’objet d’un suivi adéquat par le comité qui a été mis en place», a-t-il precisé à Sputnik.

    Une satisfaction que partage un autre responsable de l’opposition, Achille Tapsoba, premier vice-président chargé des questions politiques du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP, parti de l’ex-Président Blaise Compaoré).

    «Ne serait-ce que pour le simple fait que ce dialogue a permis à l’opposition et à la majorité de s’asseoir et d’examiner ensemble des questions cruciales concernant la vie de la nation, nous en sommes satisfaits. Ce dialogue a permis de discuter et de convenir de certaines positions que nous pouvons adopter dans l’intérêt supérieur de la nation», a déclaré Achille Tapsoba au micro de Sputnik.

    Le dialogue étant désormais restauré au sein de la classe politique burkinabè, «l’essentiel pour l’opposition et la majorité est de ne jamais en rompre le fil», a pour sa part souhaité Me Bénéwendé Sankara.

    Outre les questions électorales, qui étaient au cœur des discussions lors de cette rencontre politique, des dizaines de recommandations ont été formulées. Elles portent, entre autres, sur l’engagement militaire et citoyen dans la lutte contre le terrorisme qui a fait depuis 2015 plusieurs centaines de morts, mais aussi sur l’indemnisation des victimes de l’insurrection d’octobre 2014 qui a mis fin aux 27 ans de pouvoir de Blaise Compaoré et du coup d’État manqué de septembre 2015.

    Le retour des exilés politiques, dont fait partie Blaise Compaoré (en Côte d’Ivoire depuis sa chute, pays dont il a obtenu la nationalité en février 2016, ndlr), continuera d’être discuté. Comme l’a déclaré le Président Roch Kaboré à la clôture des travaux du dialogue, les concertations à ce sujet «restent ouvertes».

     

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    vote, Burkina Faso
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