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    Présidentielle en Tunisie: non sérieux s’abstenir!

    © AFP 2019 LIONEL BONAVENTURE
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    Safwene Grira
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    La présidentielle tunisienne a son lot de favoris…et d’excentriques! De drôles de présidentiables, dont les dossiers -incomplets- sont voués au rejet, viennent tout de même faire acte de candidature. Les internautes sont partagés entre amusement et agacement pour ce «cirque» qui dessert la fonction. Décryptage.

    Le rideau vient de tomber, vendredi 9 août, sur le dépôt de candidatures à la présidentielle tunisienne, avec en tout 97 dossiers déposés. Point de sortants, naturellement, pour ce scrutin anticipé du 15 septembre, décidé à la suite du décès inopiné du Président Béji Caïd Essebsi. Au rendez-vous, toutefois, quelques récidivistes, une poignée de favoris…et les incontournables fantasques! En se présentant avec des dossiers incomplets, quand ils ne sont pas vides, certains candidats sont assurés d’être rejetés…mais d’accéder, paradoxalement, à la postérité. «L’indépendant» Alaya Hamdi est de ceux-là. Blazer vert kaki sur un tee-shirt bariolé, ce quinquagénaire est un illustre inconnu…sauf de Barack Obama et de François Hollande.

    «Je suis un professeur, j’avais un bureau privé, international, enregistré aux Nations unies (sic). Je me réunis avec les Présidents des États (…) et je fais en sorte que ces Présidents et leurs peuples réussissent. J’ai été à l’origine du succès d’Obama et de Hollande», a détaillé cet homme, le 2 août, en déposant sa candidature à l’Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).

    Les journalistes qui lui tendaient malicieusement leurs micros ont manqué de faire le lien entre son retour en Tunisie, voilà quelques années, et la décision de François Hollande, en décembre 2016, de ne pas se représenter, dépité qu’il devait être par le retour au bercail de son Spin Doctor.

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    Je n ai rien contre ce Monsieur, après tout c son droit le plus élémentaire que de se présenter aux élections présidentielles ,juste une petite réserve : LE T-SHIRT

    Публикация от Sami Fehri (@sami.fehri1)

    Comment ne pas faire le lien avec Moufida Amdouni, cette candidate à la présidentielle de 2014 et qui, elle aussi, revendiquait une stature internationale. «Un milliard d’internautes me soutiennent, à côté d’autres États, comme la Russie, le Japon, la France et les États-Unis», assurait-elle devant des journalistes amusés. Depuis, une page de l’Histoire est tournée. Finis les consensus entre les deux superpuissances, comme le démontre la question vénézuélienne… à moins de recourir, pour retrouver une entente russo-américaine, aux services d’Alaya Hamdi?

    «Je regrette Ben Ali! À l’époque, il n’y avait qu’un seul candidat avec lui, et qui venait même nous conseiller de voter Ben Ali.»

    Et puis il y a eu Abdelhamid Ammar! Certains l’avaient pris pour un gueux quand un cliché l’avait immortalisé, en haillons, en train de saluer le cortège funèbre du Président Caïd Essebsi. La photo avait fait le tour de la Toile. Elle illustrait le symbole de cette communion populaire retrouvée, avec la mort du Président Caïd Essebsi. Rapidement, les connaisseurs reconnurent le grand artiste-plasticien, au style de vie très particulier, qui se complaît dans l’indigence et refuse qu’on le tire du ruisseau.

    Spontané, mais non moins calculateur, Abdelhamid Ammar surfera sur la vague de sympathie qu’il a suscité au sein de l’opinion publique…pour faire le tour des plateaux médiatiques et se présenter à la présidentielle. Son programme? Renoncer à son salaire présidentiel au profit des chômeurs, des laissés-pour-compte, et troquer le ministère de la Justice contre le département de la Morale et du bon goût! Les Tunisiens, paupérisés par la crise économique, pousseront un ouf de soulagement. Il s’en fallut de peu pour qu’il ne leur imposât son mode de vie.

    L’arrivée du deuxième lot de candidats pour prendre part à la présidentielle (après la clôture des candidatures aux législatives)

    Sur un autre registre, la candidature du sans-culotte sulfureux, répondant du nom de «Ricoba», n’est pas passée inaperçue. La présidentielle sera-t-elle l’énième étape d’une quête identitaire pour cette brebis égarée du «salafisme-révolutionnaire» ? Il aura certainement, en quittant le siège de l’ISIE, évité de croiser Mounir Baatour, premier candidat ouvertement homosexuel et qui déposait son dossier le même jour. Si le dossier de cet avocat, président de l’association Shams pour les droits de la communauté LGBT comporte bien le nombre de parrainages nécessaires, personne ne se fait de doute quant à l’issue de cette candidature se voulant avant tout symbolique.

    «Un pays où Ricoba se présente à la présidentielle, doit être déclaré État sinistré», s’alarme cet internaute.

    Que dire, enfin, du psychiatre Ahmed Ben Nefissa, qui s’était illustré une huitaine d’années plus tôt par une trouvaille ingénieuse, à en croire les sites d’information tunisiens qui s’en firent l’écho? Pour renouer avec la prospérité, il suffisait simplement, selon le Dr Ben Nefissa, de troquer les lettres arabes contre celles latines. De quoi en perdre son latin. Fidèle à lui-même, il déposera sa candidature le 7 août, en refusant de piper un mot en arabe.

     

    Et il ne s’agit pas de cas isolés… «Sur les 56 candidatures présentées, 38 constituent des candidatures folkloriques», relevait le journal Le Maghreb dans son édition du vendredi 9 août. L’état incomplet du dossier de candidature constitue, généralement, le critère principal définissant les candidatures folkloriques. Des appels sont parfois lancés contre la parade des excentriques qui «dévalorisent la fonction présidentielle». Selon ces critiques, les personnes présentant des dossiers incomplets ne devraient pas pouvoir faire acte de candidature.

    Pour se présenter à la présidentielle, la loi électorale impose l’obtention d’un certain nombre de «parrainages». Il s’agit des signatures de 10 députés, de 40 conseillers municipaux ou de 10.000 électeurs répartis sur un minimum de 10 circonscriptions électorales.

    Le nombre de parrainages fait partie des conditions rédhibitoires qui emportent la disqualification immédiate du «candidat» défaillant. À distinguer des autres documents que ce dernier peut être amené à compléter, éventuellement.

    «Au terme d’un délai de 48 heures, il sera dressé une liste provisoire sur laquelle figurent les candidats potentiels à la présidentielle et dont seront éliminés les candidats n’ayant pu présenter le nombre de parrainages suffisant. Certains des candidats potentiellement retenus seront invités, toutefois, à compléter leurs dossiers dans le cadre d’un autre délai de 48 heures. À partir du 14 août, ce sera l’ouverture des délais de recours, s’il y en a, devant la justice administrative contre les décisions de l’ISIE. Dans tous les cas, la publication de la liste définitive des candidats à la présidentielle ne saurait excéder le 31 août », ont informé les services de l’ISIE, contactés par Sputnik.

    En 2014, le bureau d’ordre de l’ISIE avait enregistré près de 70 candidatures, dont seules 27 avaient été validées. En 2019, l’augmentation du nombre total de candidatures conduira, nécessairement, à un nombre de rejets encore plus important. Autant dire que les candidatures folkloriques doivent être prises…au sérieux.

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    Tags:
    élection présidentielle, campagne présidentielle, mandat présidentiel, Tunisie
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