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    Avec Agri’app, Nourane Foster veut connecter les agriculteurs camerounais

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    Soucieuse de trouver une solution au développement du secteur agricole, une jeune entrepreneure camerounaise a lancé Agri’app, une plateforme d’intermédiation qui facilite les échanges commerciaux entre agriculteurs et acheteurs. Son application permet au consommateur d’acheter meilleur marché et à un prix plus favorable pour les paysans. Portrait.

    À 30 ans, Nourane Foster, qui est née au Caire en Égypte, fait déjà partie des nouveaux visages de l’entrepreneuriat féminin au Cameroun. Diplômée en marketing de l’université de Cambridge au Royaume-Uni, cette femme d’affaires multicasquette du monde des affaires a désormais une nouvelle corde à son arc.

    Elle vient de lancer, avec ses partenaires, Agri’app, une plateforme d’intermédiation qui met en relation producteurs et acheteurs potentiels. Son idée ? Créer un carrefour digital de l’offre et de la demande qui permette aux agriculteurs d’écouler facilement leurs produits grâce aux nouveaux outils technologiques.  

    «L'idée vient principalement du fait que je souhaitais voir les agriculteurs africains connectés. La société digitale ne doit pas les exclure. De plus, en les connectant aux consommateurs, il est possible d’acheter au meilleur prix parce qu’il n’y a pas d’intermédiaire», confie Nourane Foster au micro de Sputnik.

    Nourane Foster lors de la cérémonie de présentation d’Agri’app au Gicam à Douala
    © Photo. Agri'app
    Nourane Foster lors de la cérémonie de présentation d’Agri’app au Gicam à Douala

    Si sa plateforme web et mobile peut se targuer, neuf mois après son lancement, de compter des milliers de producteurs déjà enregistrés dans sa base de données, rien au début ne laissait présager un tel engouement à cause de la faible pénétration d’Internet dans le pays.

    Nourane Foster et son équipe ont dû, par ailleurs, abattre un travail titanesque pour convaincre les producteurs sceptiques, qui ne comprenaient pas ce nouveau circuit de distribution. «Nous avons également procédé à des campagnes d’information pour amener notre cible à comprendre l’utilité de cette solution pour leurs affaires», précise-t-elle.

    «En dehors du taux de couverture d'Internet particulièrement faible dans les zones rurales, le mauvais état des infrastructures routières nous empêche souvent d'aller plus loin dans certains villages durant nos campagnes de sensibilisation», affirme Nourane Foster au micro de Sputnik.

    Des difficultés qui n’ont pas été un motif de découragement pour cette entrepreneure dans l’âme. Elle veut, à travers sa plateforme, donner un coup de pouce à l’agriculture camerounaise qui reste, selon elle, «une agriculture de subsistance. Nous devons passer à une agriculture 2.0 où l'agriculteur est connecté, où il peut poster sa production et trouver des acheteurs partout dans le monde», déclare-t-elle.

    Or, pour être cet agriculteur 2.0, encore faut-il franchir le pas du numérique. Le producteur doit alors, pour bénéficier de la plateforme, créer un compte en remplissant le formulaire d’enregistrement qui donne droit à un badge. En amont, une enquête de moralité est menée pour vérifier le profil du souscripteur.

    Nourane Foster à la rencontre des agriculteurs dans leur plantation
    © Photo. Agri'app
    Nourane Foster à la rencontre des agriculteurs dans leur plantation

    Malgré le coût exorbitant de l’investissement à moyen terme, et bien que consciente des défis à relever sur la voie de la digitalisation, Nourane Foster y croit et compte sur les médias pour atteindre sa cible.

    «Un tel projet coûte énormément cher sur la durée, pas forcément au lancement. Il s'agit de changer les mentalités. Cela passe par des campagnes publicitaires intenses, de la sensibilisation. Nous avons évalué l'investissement à un montant global d’un million de dollars sur cinq ans», projette Nourane Foster.

    Le marché commence à comprendre les enjeux. Après quelques  réticences observées au début, Agri’app rentre progressivement dans les habitudes. «Des vendeurs aux acheteurs, chacun tire son épingle du jeu. De plus en plus, les établissements hôteliers, les restaurateurs et mêmes les particuliers passent des commandes sur la plateforme», se félicite la jeune femme.

    Entourée par une équipe jeune et dynamique composée des compétences locales, mais aussi de celles de la diaspora, Nourane Foster a également développé «Agri’app express», un service de livraison porte à porte.

    «Avec cette extension, nous comptons ravitailler les ménages en assurant la livraison des ressources alimentaires vendues depuis la plateforme», renseigne l’entrepreneure au micro de Sputnik.

    Les équipes d’Agri’app au siège de l’entreprise à Douala
    © Photo. Agri'app
    Les équipes d’Agri’app au siège de l’entreprise à Douala

    Nourane Foster, une femme touche-à-tout

    Mariée et mère de trois enfants, Nourane Foster n’en est pas à ses premiers pas dans le monde de l’entrepreneuriat. Celle qui milite pour la transformation digitale du secteur agropastoral tient aussi les rênes de Nourishka Luxury Hotel, un établissement hôtelier situé dans la ville de Douala. Elle est également la dirigeante de Nourishka Hair, un service de greffe d’extensions capillaires.

    Des responsabilités lourdes pour la femme d’affaires qui peut néanmoins compter sur ses collaborateurs.

    «Ce n’est pas toujours facile de gérer tous nos investissements mais j’ai su déléguer. À la tête du groupe hôtelier, il y a un directeur général; à Agri’app, je suis cofounder  avec six autres amis, donc les tâches sont bien réparties. Je suis encore en train de chercher la personne que je pourrais nommer à la tête de Nourishka hair afin de m'alléger un peu», ambitionne la jeune femme.

    La cofondatrice d’Agri’app, l’application qui veut révolutionner le marché agricole, se positionne comme un modèle de réussite pour de nombreuses jeunes Camerounaises en quête de repères.

    Toujours à la recherche de nouvelles opportunités d’affaires, Nourane Foster aime aussi à partager sa passion pour l’entrepreneuriat. «Si les jeunes souhaitent se lancer, ils doivent déjà avoir une idée et une passion pour un domaine précis. Ensuite, il faut travailler pour avoir de l'expérience et économiser un peu d'argent car entreprendre veut dire investir et il faut avoir les moyens de ses ambitions», conclut-elle au micro de Sputnik.

    Tags:
    agriculture, Cameroun
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