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    Un malaise, prétexte au report du procès de Maurice Kamto

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    Le procès de Maurice Kamto, principal opposant au Président Paul Biya, a été renvoyé au vendredi 8 octobre en raison du malaise à l'audience de l'un des 90 coaccusés. Alors que tous risquent la peine capitale, les avocats et des militants des droits de l’homme continuent de dénoncer le choix d’un tribunal militaire pour juger des faits.

    Maximilienne Ngo Mbe, responsable du Réseau des défenseurs des droits humains en Afrique centrale (REDHAC), n’en démord pas: «Les tribunaux militaires ne doivent pas juger les civils», s’insurge-t-elle.

    Le 6 septembre dernier, elle a pris part à l’ouverture du procès de Maurice Kamto au tribunal militaire de Yaoundé. Elle témoigne que le dispositif sécuritaire était très impressionnant (services de renseignements, police, gendarmerie, etc). À l’entrée, les téléphones portables ont été confisqués et personne ne pouvait pénétrer dans la salle d’audience, étroite, sans être au préalable passé au détecteur de métaux, installé pour la circonstance.

    «Ce que l’on peut  regretter, c’est le caractère politique et politisé de ce procès. Alors que le public était interdit dans la salle, de même que certains médias internationaux et d'autres médias privés camerounais, à notre grande surprise, les agents des renseignements avaient pris d'assaut presque quatre rangées réservées au public. Ce, devant les caméras de la CRTV (télévision nationale, NDLR) qui était l’un des seuls médias à avoir accès au tribunal», regrette au micro de Sputnik Maximilienne Ngo Mbe.

    Dès son ouverture devant le tribunal militaire de Yaoundé, le procès du principal opposant au régime actuel, arrivé deuxième à la présidentielle de 2018 derrière le Président sortant, a été renvoyé au vendredi 8 octobre.

    Le malaise à l'audience de l'un des coaccusés, Christian Penda Ekoka, ex-conseiller économique du Président Paul Biya, a été le principal motif invoqué pour ce renvoi, a expliqué Me Sylvain Souop, coordonnateur du collectif des avocats de la défense, lors de la conférence de presse qu’il a tenue le 6 septembre dernier.

    Dans la confusion, l’audience a été suspendue, le temps d’évacuer Penda Ekoka et de lui administrer des soins. Elle a repris près d’une heure plus tard, mais sans l’ancien conseiller, évacué entre-temps vers un hôpital.

    En son absence, le tribunal a décidé du renvoi de l’affaire au vendredi 8 octobre prochain. Un procès qui, selon le coordonnateur du collectif des avocats, a débuté dans des conditions déplorables.

    «Nous, avocats, étions debout. Si nous devons passer toute la journée debout alors que la partie d’en face est assise, je crois qu’il y a une sorte de déséquilibre. Et je n’aborde même pas l’état de santé des autres prisonniers», s’indigne Me Sylvain Souop au micro de Sputnik.

    En outre, l’avocat de la défense déplore la faible mobilisation logistique avec une «salle qui est très peu aérée, très peu ventilée (...) Cette atmosphère étouffante a pu jouer sur l’état de santé de Penda Ekoka». Un constat qui est partagé par le RHEDAC.

    «Nous avons tous constaté l'exiguïté de la salle qui ne permet pas aux avocats et aux justiciables d'être dans des conditions sereines. D'ailleurs, les causes du malaise de Penda Ekoka au tribunal sont qu’il a tout simplement suffoqué», affirme Maximilienne Ngo Mbe.

    Le procès des libertés?

    Si, dans le pays, les commentaires vont bon train sur la légitimité d’un tribunal militaire dans le jugement de cette affaire, le RHEDAC lui, se veut ferme et conteste le choix de cette juridiction.

    Il se base pour cela sur les directives et principes énoncés par la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) sur le droit à un procès équitable et à l’assistance juridique en Afrique, et qui mentionnent notamment «le droit des civils à ne pas être jugés par un tribunal militaire».

    «Depuis plus de trois ans, le REDHAC déclare haut et fort que les tribunaux militaires ne doivent en aucun cas juger les civils. Même dans la lutte contre le terrorisme, les accusés ont droit à un procès équitable», s’insurge Maximilienne Ngo Mbe.

    L’ONG de défense des droits de l’homme rappelle à cet effet que l’État du Cameroun est signataire de la Charte africaine des droits de l'homme et des peuples. En tant que membre des Nations unies, il doit «respecter ses engagements librement pris», affirme la présidente du REDHAC.

    La militante des droits de l’homme, constante dans ses positions dans cette crise sociopolitique qui déchire le pays, appelle à la «libération pure et simple de Maurice Kamto et des autres 89 prévenus, y compris les 11 femmes qui figurent parmi les coaccusés».

    «Le REDHAC demande à l’État du Cameroun de mettre en œuvre le protocole de Maputo et les recommandations du rapport sur les femmes défenseures en assurant aux 11 femmes une réparation matérielle et psychologique conséquente. Nous avons déjà assez de crises et de conflits au Cameroun. Il n'est pas dans l'intérêt du gouvernement d'en rajouter avec ce procès inutile qui va absorber de l'énergie et des moyens financiers dont les caisses de l’État commencent à manquer», prévient Maximilienne Ngo Mbe.

    Arrêté le 28 janvier dernier, en même temps que certains cadres de son parti, à la suite de manifestations interdites par les autorités camerounaises, le président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et ancien ministre de Paul Biya a continué à revendiquer sa victoire à la dernière présidentielle. Il a été inculpé avec ses coaccusés pour «rébellion, insurrection, hostilité contre la patrie». Au vu des charges retenues contre eux, Maurice Kamto et les autres coaccusés, la plupart de son parti, risquent gros.

    Au Cameroun, la procédure contre Maurice Kamto et ses coaccusés est perçue par certains comme une manœuvre visant à museler l’expression des libertés et à intimider toute velléité de contestation du pouvoir de Paul Biya.

    «Les tactiques d'intimidation sont multiples et diverses. Nous avons été intimidés à l'approche du tribunal militaire, nous avons été intimidés en entrant au tribunal, nous avons été intimidés avant le début du procès, nous avons été intimidés au début du procès et nous avons été intimidés après le procès (…) C'est la justice style régime Biya», a écrit Edith Kah Walla.

    Edith Kah Walla, présidente du Cameroun People’s Party (CPP), parti d’opposition, qui a pris part à l’audience du 6 septembre à Yaoundé, considère que Paul Biya «n'a en aucun cas pour but de promouvoir et de protéger nos droits. Il ne s'agit en aucune façon de justice. Tout est conçu pour nous inciter à accepter les décisions préfabriquées qui seront rendues».

    Entre répressions et arrestations,les militants du MRC sont acculés de toutes parts. Le premier vice-président du parti de Maurice Kamto, Mamadou Mota, a été condamné ce lundi 9 septembre à deux ans de prison ferme par le tribunal de première instance d’Ekounou pour son implication présumée dans la mutinerie du 22 juillet dernier à la prison centrale de Yaoundé où il est écroué depuis juin. D’après le délibéré, le numéro 2 du MRC et certains prisonniers sont reconnus coupables de «rébellion en groupe.»

    Pour rappel, le 22 juillet, une émeute avait éclaté dans la prison de Kondengui à Yaoundé. Des détenus avaient pris d’assaut la prison pour dénoncer les conditions de détention et certains services de cette prison avaient été incendiés, d'autres saccagés par des prisonniers. Sur une vidéo postée sur les réseaux sociaux, Mamadou Mota était apparu au milieu des manifestants, exigeant une meilleure ration alimentaire pour les prisonniers.

    Mamadou Mota a été arrêté en juin dernier dans le cadre des manifestations interdites organisées pour contester la victoire de Paul Biya à l’élection présidentielle d’octobre 2018. Placé en détention provisoire à la prison de Kondengui, il attend d'être jugé devant le tribunal militaire dans le cadre de cette affaire.

     

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    Maurice Kamto, Cameroun
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