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    Sur le site de production d’Agrolight dans le nord d’Abidjan

    L’agriculture urbaine biologique à la conquête de la Côte d’Ivoire

    © Photo. Gnepa-Joël Anani
    Afrique
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    Installer à Abidjan et d’autres zones urbaines des jardins capables d'être des «lieux de vie mais aussi des sources de production animale et végétale», tel est le défi que s’est lancé Gnepa-Joël Anani. Portrait d’un entrepreneur franco-ivoirien qui a fondé en 2017 Agrolight, une start-up ambitieuse qui promeut l’agriculture urbaine biologique.

    Après avoir vécu 13 ans en France (où il a obtenu un bac électrotechnique et un BTS en management) et huit ans  en Angleterre (avec un bachelor en économie), Gnepa-Joël Anani est revenu s’installer en Côte d’Ivoire, sa terre natale.

    Gnepa-Joël Anani, à l’obtention de son bachelor en économie en Angleterre
    © Photo. Gnepa-Joël Anani
    Gnepa-Joël Anani, à l’obtention de son bachelor en économie en Angleterre

    «J’aime les challenges. J’ai toujours été attiré par ce qui ébranle le plus grand nombre. Et surtout, je crois en l’Afrique et en sa capacité à être un vecteur économique important», confie au micro de Sputnik Gnepa-Joël Anani.

    Si l’Afrique est un continent pourtant réputé pour être le moins favorable aux jeunes entrepreneurs, cela n’a pas effrayé ce trentenaire, amoureux des défis. En 2017, il a créé sur fonds propres Agrolight, une start-up d’agriculture urbaine biologique et d’agriculture hors sol.

    L’agriculture urbaine désigne un ensemble d’activités agricoles pratiquées en milieu urbain. C’est également un mouvement citoyen de réappropriation de l’espace urbain à des fins alimentaires et un outil de développement durable pour les collectivités.

    «Si, dans les pays en développement, l’agriculture urbaine constitue souvent une stratégie de subsistance alimentaire des ménages pauvres, dans les pays développés, elle est davantage une revendication citoyenne en faveur d’un meilleur accès à une alimentation saine et à un cadre de vie de qualité», explique Gnepa-Joël Anani.

    Gnepa-Joël Anani est persuadé que l’agriculture urbaine biologique, en plus de permettre à chacun de produire sa propre nourriture, peut également résorber en partie le taux de chômage grandissant des jeunes dans les villes.

    À cet effet, il s’est entouré d’une équipe de collaborateurs, passionnés comme lui par l’agriculture, avec qui il s’évertue de réaliser l’objectif principal d’Agrolight qui est de «rapprocher les sites de production alimentaire écologique des populations».

    Gnepa-Joël Anani et son équipe en plein labeur
    © Photo. Gnepa-Joël Anani
    Gnepa-Joël Anani et son équipe en plein labeur

    Sur son site de production de 850 m2 situé à Angré Chateau, un quartier du nord d’Abidjan, Agrolight cultive divers légumes (tomate, concombre, piment, oignon, ail…) et arbres fruitiers (bananier, cocotier, palmier...). Des produits maraîchers que la start-up vend principalement à des particuliers, mais aussi à des restaurants et marchés.

    Agrolight est par ailleurs spécialisée dans la conception et le suivi de projets d’agriculture urbaine biologique et hors sol, ainsi que dans la vente de matériels agricoles.

    «Avec l'urbanisation et les populations croissantes de nos villes, il faut repenser l'agriculture moderne biologique. Il s'agit de continuer à produire à l'hectare dans nos zones rurales (champs) mais aussi d'utiliser les espaces urbains, propices à cette activité pour offrir aux écoles, hôpitaux, cités… des produits frais et variés», poursuit l’entrepreneur.

    Comme la plupart des jeunes entrepreneurs en Afrique, il a été confronté à la difficulté du financement de sa start-up au moment de sa création. Un problème qu'il a abordé selon sa vision personnelle.

    «Je compte sur mon expérience de vie et professionnelle pour innover et me créer une place en Afrique, et particulièrement en Côte d’Ivoire. Il est clair qu’en venant, je ne comptais pas sur un don de l’État ou un coup de pouce bancaire pour me développer. Je vais à mon rythme, sur fonds propres, certainement que ça paiera», déclare l’entrepreneur, optimiste.

    Une partie de l’équipe d'Agrolight
    © Photo. Gnepa-Joël Anani
    Une partie de l’équipe d'Agrolight

    Interrogé par Sputnik en juin en marge de l'édition 2019 d’Africallia, un forum ouest-africain de développement des entreprises, Philippe Edmond Kouamé, expert en commerce international, a affirmé que l'accès des PME à un financement n'est pas plus difficile en Afrique qu'ailleurs. Selon lui «le financement existe, à condition que le potentiel de l’entreprise soit établi».

    «Une entreprise doit être avant tout fondée pour répondre à des besoins existants. L’entreprise crée un produit ou propose un service pour faire face à ces besoins. C’est le potentiel de l’entreprise qui attire naturellement ensuite des banques, des financements», avait expliqué Philippe Edmond Kouamé au micro de Sputnik.

    Après le site d’Angré Chateau, Gnepa-Joël Anani espère s’agrandir et décrocher un financement pour installer d’autres sites de production à Abidjan ainsi que dans des grandes villes de la Côte d’Ivoire. Et bien que les zones urbaines soient la cible privilégiée d’Agrolight, l’entreprise compte intervenir également en milieu rural. Il souhaite par ailleurs obtenir de l’État des espaces et infrastructures (ronds-points, cours de mairie, tribunaux, écoles...) afin de mettre à l'œuvre son expertise.

    Le jeune entrepreneur a bien l’intention de se donner les moyens de mener à bien son projet ambitieux, quitte à continuer de se financer «sur fonds propres», précise-t-il.

    Tags:
    start-up, bio, agriculture, Côte d'Ivoire
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