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    Relation russo-africaine: «une pause qui a trop duré, presque vingt ans»

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    À l’approche du tout premier sommet Russie-Afrique qui se déroulera du 22 au 24 octobre à Sotchi, au bord de la mer Noire, Evgueni Korendiassov, ancien ambassadeur soviétique au Mali et au Burkina Faso, a évoqué dans un entretien accordé à Sputnik le retour de la Russie en Afrique après une pause d’une vingtaine d’années.

    L’éclatement de l’Union soviétique a été suivi d’une pause dans les relations russo-africaines, «une pause qui a trop duré, presque vingt ans», constate au micro de Sputnik Evgueni Korendiassov, ancien ambassadeur soviétique au Mali et au Burkina Faso, avant de rappeler que la Russie n’avait pas de colonies, mais manifestait invariablement des sentiments de sympathie à l’Afrique et aux Africains.

    «La marine russe participait au contrôle de la traite négrière quand l’esclavage a été interdit. Les Russes ont participé aux côtés des Boers à la guerre en Afrique du Sud au début du siècle. […] Les bolcheviks et le régime socialiste manifestaient toujours leur soutien inconditionnel aux luttes de libération nationale. Depuis ses premiers jours d’existence, la social-démocratie russe propageait des idées libératrices concernant les peuples colonisés», poursuit M.Korendiassov qui est aujourd’hui directeur du Centre d'étude des relations russo-africaines et de la politique étrangère des pays africains à l'Institut de l’Afrique de l'Académie des sciences de Russie.

    Et d’ajouter que la lutte anticoloniale de l’Union soviétique s’inscrivait dans l’évolution objective de la situation parce que le colonialisme au milieu des années 1940 était devenu tout aussi odieux que l’esclavage et la traite négrière.

    La Russie retourne en Afrique

    «L’Union soviétique a disparu, et il y eu une pause dans les relations russo-africaines, une pause qui a trop duré, presque vingt ans. Nous avons fermé neuf ambassades, nous avons fermé presque tous les centres culturels. Nous avons abandonné les projets de coopération, tout investissement, tout financement, toute aide. […] Mais déjà au milieu des années 1990, la Russie a amorcé un processus qu’on appelle processus de retour en Afrique», a détaillé l’ancien de la diplomatie russe.

    Selon lui, avec Evgueni Primakov [ministre des Affaires étrangères de 1996 à 1998 et Premier ministre de Russie de 1998-1999, ndlr], la Russie est retournée à l’Est.

    «C’était un homme d’État très connu avec une très haute réputation et beaucoup de mérite. C’est lui qui a sauvé la Russie au moment critique en 1998, préconisant la nécessité de diversifier les relations de la Russie nouvelle», souligne l’ex-ambassadeur, signalant que ça n’a  pas été facile parce que pendant cinq siècles la politique de la Russie de l’époque impériale et soviétique était axée sur l’Occident.

    Evgueni Korendiassov se réfère aux arguments d’Evgueni Primakov qui disait que les positions mondiales de l’Occident s’affaiblissaient, perdant ses positions hégémoniques un peu partout et notamment en Afrique, que le centre de gravitation de la politique mondiale et de l’économie mondiale se déplaçait vers l’Est, entres autres dans la zone est-asiatique et le Pacifique.

    «C’est comme ça qu’on a créé une organisation à trois: Russie, Chine, Inde qui s’est ensuite transformée en Forum des BRICS: Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud. C’est un groupe de pays émergents qui a actuellement des relations très étroites avec le continent africain. […] Actuellement, le continent africain est un centre d’influence et d’importance mondiale […] qui enregistre un rythme de croissance supérieur au rythme mondial. C’est un continent qui s’est engagé dans le processus d’industrialisation et surtout dans le processus de décolonisation technologique», résume M.Korendiassov.

    Tags:
    États-Unis, BRICS, Afrique, Russie
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