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    Une jeune pousse d’acacia

    La Côte d’Ivoire compte célébrer la paix en plantant des arbres

    © Sputnik . Roland Klohi
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    À l’occasion de la journée nationale de la paix, le 15 novembre, un million d’arbres seront plantés en Côte d’Ivoire, où le couvert forestier est passé de 16 millions à moins de 3 millions d’hectares. Sputnik s’est entretenu avec Gustave Aboua, directeur général de l’Environnement et du développement durable.

    Baptisée «Un jour, un million d’arbres», l’opération de reboisement qui aura lieu le 15 novembre prochain va concerner l’ensemble du territoire ivoirien.

    «Cette journée dédiée à la paix et à la cohésion sociale se veut également un appel à la mobilisation de toutes les couches sociales à agir de concert avec le gouvernement pour la reconstitution du couvert forestier national fortement endommagé», a déclaré Sidi Touré, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ivoirien.

    De 16 millions d’hectares en 1960, le couvert forestier ivoirien est aujourd’hui évalué à moins de 3 millions d’hectares. C’est donc plus de 80% de ses forêts que le pays a perdu en à peine un demi-siècle.

    Et selon une étude du Bureau national d'études techniques et de développement (BNEDT) parue en 2015, dans cette même période, les 234 forêts ivoiriennes classées ont perdu plus de 70% de leur couvert végétal. Pour ce qui est des huit parcs nationaux et réserves, la proportion s’élève à 30%.

    Si l’agriculture extensive constitue la principale cause de la déforestation en Côte d’Ivoire (le pays est le premier producteur de cacao et de noix de cajou), d’autres causes comme l’exploitation abusive du bois exporté ou transformé en charbon, ou encore l’incapacité de l’État à faire respecter sur le terrain les textes protégeant les forêts, accentuent le phénomène.

    Pour résorber la dégradation continue du couvert forestier, les autorités ivoiriennes ont adopté en mai 2018 une politique de préservation, de réhabilitation et d’extension des forêts. Cette politique vise quatre objectifs qui tiennent compte du taux souhaité de 20% de couverture forestière et des performances de la politique agricole.

    Ces objectifs sont tout d’abord la protection de la biodiversité ainsi que la préservation d’un climat national propice aux activités agricoles et à la qualité du cadre de vie. Le respect des engagements internationaux en faveur du climat, notamment de l’accord de Paris de décembre 2015 dont la Côte d’Ivoire est signataire, est une autre finalité de cette démarche. Le dernier objectif est d’ordre socioéconomique, comme le développement durable d’une industrie du bois compétitive et la satisfaction des besoins des populations en bois énergie.

    Pour mettre en œuvre cette politique forestière prévue pour s’étendre de 2020 à 2030, une table ronde de bailleurs de fonds est prévue le 16 janvier 2020.

    «Cette rencontre a pour but de mobiliser des ressources additionnelles auprès de partenaires au développement et du secteur privé», selon le gouvernement ivoirien.

    En attendant cette table ronde, dont l’objectif est de mobiliser 616 milliards de francs CFA (environ un milliard d’euros), Gustave Aboua, directeur général de l’Environnement et du développement durable au sein du ministère ivoirien du même nom, est revenu pour Sputnik sur les enjeux de la journée de reboisement du 15 novembre.

    Gustave Aboua, directeur général de l’Environnement et du développement durable de Côte d’Ivoire
    © Photo. Gustave Aboua
    Gustave Aboua, directeur général de l’Environnement et du développement durable de Côte d’Ivoire

    Sputnik: Que recherchent vraiment les autorités ivoiriennes à travers cette opération de reboisement qui va concerner l’ensemble du pays?

    Gustave Aboua: «C’est une opération de reboisement qui, nous l’espérons, va booster encore plus l’intérêt des Ivoiriens pour la forêt et la nature, et surtout contribuer à la promotion du développement durable en matière d’économie verte. Cette opération, qui est prévue pour être une action collective en faveur de notre bien commun qu’est la forêt, fera appel à tous les Ivoiriens, quelle que soit la couche sociale à laquelle ils appartiennent. Il est important que chaque citoyen se sente concerné par l’aspiration à une Côte d’Ivoire plus verte.

    Certes, ce reboisement va officiellement durer l’espace d’une journée, mais c’est en réalité une initiative qui est appelée à se poursuivre au jour le jour, à s’inscrire dans la durée jusqu’à ce que l’on reconquière tous les espaces dévastés.»

    Sputnik: De 16 millions d’hectares en 1960, le couvert forestier ivoirien est aujourd’hui évalué à moins de 3 millions d’hectares. Cette situation très alarmante est loin d’être désespérée, selon vous?

    Gustave Aboua: «La situation de la forêt ivoirienne n’est absolument pas désespérée. Il y a de nombreux exemples dans le monde qui démontrent qu’un inversement de la tendance est éminemment possible avec de la volonté. Un pays comme l’Allemagne a vu son couvert forestier meurtri par les deux guerres mondiales. Mais aujourd’hui quand on s’y rend, on découvre une région particulièrement verte.

    Plusieurs pays ont su redonner ses droits à la forêt qui, en plus d’améliore la qualité de l’air et de l’eau, joue un rôle clé dans la lutte contre le changement climatique. Cela a été possible à travers un engagement social et l’amour de la nature dont les bienfaits sur la santé de l’homme ne sont plus à démontrer. Et c’est justement ce que les autorités ivoiriennes veulent inculquer aux citoyens.

    Et pour le petit exemple, nous avons ici, à Abidjan, le parc du Banco qui est exploité de façon rationnelle. Contrairement à ce que plusieurs pensent, ce parc est bien préservé. Et en plus d’être le poumon de la ville d’Abidjan, il a un grand potentiel touristique et de bien-être.»

    Sputnik: Que pensez-vous des initiatives de particuliers comme celle de l’Ivoirienne Sarah Traboulsi qui, avec ses Seedballs, veut contribuer à enrayer la déforestation effrénée observée depuis l’indépendance en 1960?

    Gustave Aboua: «Il existe actuellement plusieurs initiatives privées qui œuvrent à la reforestation de la Côte d’Ivoire. Du moment qu’elles s’inscrivent véritablement dans cette dynamique et qu’elles appuient l’État sur le terrain, elles sont toutes à encourager.»

    Tags:
    environnement, déforestation, Côte d'Ivoire
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