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    Berceau de l’humanité: des scientifiques calculent le lieu du «péché originel»

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    Les hominidés de l'espèce Homo sapiens sapiens sont apparus il y a près de 200.000 ans sur le territoire du pan de Makgadikgadi, dans le Nord-Est du Botswana: telle est la conclusion d'un groupe de chercheurs international. Cela a suscité de vifs débats parmi les spécialistes, car un autre pays revendique le titre de berceau de l'humanité.

    Où se situent donc les racines de l'Homo sapiens sapiens et comment les chercheurs tentent-ils de déterminer leur «patrie» d'origine? 

    De nombreux jardins d'Eden

    En 2017, des paléontologues ont découvert au Maroc des ossements d'hommes préhistoriques: 22 fragments d'os et crânes humains au total. A en juger par la forme et la taille de cette découverte, il s'agissait d'un homme, de deux femmes et de deux enfants de l'espèce Homo sapiens, se distinguant de l'homme contemporain par une constitution plus forte, un crâne légèrement allongé et un cerveau moins développé. Néanmoins, indiquent les chercheurs, si ces hominidés portaient une tenue moderne, ils auraient pu se fondre dans la masse. Ce qui indique qu'il y a 200.000-300.000 ans les représentants du type Homo sapiens vivaient déjà dans trois extrémités différentes de l'Afrique.

    L'analyse isotopique des outils de travail retrouvés à côté des ossements a révélé que leur âge avoisinait les 300.000 ans, ce qui coïncide avec la datation du crâne découvert en Afrique du Sud en 1996, et dépasse de presque 100.000 ans l'âge des fossiles du genre Homo découverts en 2008 en Éthiopie.

    Les Homo sapiens sapiens sont originaires de l'une de ces populations. Il est impossible à l'heure actuelle de déterminer dans quelle partie de l'Afrique ils sont apparus en premier - dans le Sud, le Nord ou l'Est. Les auteurs de l'étude supposent que la patrie d'origine commune des hommes modernes n'a jamais existé, et que toute l'humanité actuelle est le produit de l'évolution conjointe de plusieurs populations de représentants du genre Homo qui échangeaient périodiquement leurs gènes.

    Le métissage africain des hominidés

    Deux ans plus tard, des anthropologues français et britanniques ont trouvé une confirmation à cette hypothèse. Ils ont étudié les particularités des crânes de différents types d'Homo - des anciens hominidés qui existaient il y a près de 1,8 million d'années aux habitants actuels de la planète. 263 modèles au total. Sur la base des données obtenues, les chercheurs ont modélisé l'apparence approximative du dernier ancêtre commun des humains d'aujourd'hui.

    Il s'avère qu'il possédait à peu près la même forme de crâne que nous, un front relativement élevé et des arcades sourcilières peu marquées. Selon la plupart des paramètres, le crâne de notre dernier ancêtre commun ne se distinguait pas des ossements humains datant de 100.000 ans que les scientifiques rapportent à la sous-espèce Homo sapiens sapiens.

    Les spécialistes supposent qu'il y a 200.000-350.000 ans, dans différentes régions de l'Afrique, se sont formées des populations locales de prédécesseurs des humains contemporains. Ils migraient constamment à l'intérieur du continent et se croisaient les uns avec les autres. Suite à ce contact étroit, les Homo sapiens sapiens sont apparus il y a près de 100.000-200.000 ans avant de se disperser sur toute la planète.

    La plus grande contribution a été apportée à leur génome et phénotype par les populations de l'Afrique du Sud et de l'Est. Alors que les fossiles du Maroc découverts en 2017 n'ont visiblement laissé aucune trace dans l'ADN actuel de l'homme.

    Les premiers humains viennent du Sud

    Des chercheurs suédois et sud-africains, à la recherche du dernier ancêtre commun de l'humanité actuelle, se sont tournés vers l'ADN des Khoïsan - des tribus Bochiman et Khoïkhoï (Hottentots) qui se sont écartées du reste de l'humanité il y a près de 100.000 ans, c'est-à-dire juste après l'apparition des hommes de type contemporain. 

    Les chercheurs ont analysé les génomes de Khoïsan vivant dans le désert de Kalahari en Afrique du Sud, et les ont comparés aux génomes de sept hommes préhistoriques, dont les ossements âgés de 300.000-200.000 ans ont été trouvés dans le Sud de l'Afrique. Malgré un mauvais état de conservation des os, les généticiens sont parvenus à en extraire le chromosome Y hérité du père et l'ADN des mitochondries - des centrales cellulaires qui sont transmises par la mère à sa descendance.

    Cela s'est avéré suffisant pour confirmer la parenté entre les Khoïsan contemporains et les occupants préhistoriques de ces lieux, et pour calculer la vitesse d'évolution de l'humanité. Il s'avère que les ancêtres communs des Bochiman, des Khoïkhoï et de tous les autres peuples de la planète vivaient il y a près de 260.000-300.000 ans.

    Compte tenu des résultats obtenus, des données archéologiques et des ossements anciens découverts en Afrique du Sud, il est à supposer que l'homme contemporain est apparu dans la région d'habitat des Khoïsan, indiquent les auteurs de l'étude.

    Un berceau non prouvé

    Selon le groupe international d'anthropologues et généticiens à l'origine de cette étude, les premiers Homo sapiens sapiens sont effectivement apparus dans le Sud de l'Afrique, au Nord-Est du Botswana contemporain, et non en Afrique du Sud.

    Les spécialistes ont analysé les génomes mitochondriaux de 198 Africains contemporains et ont distingué parmi eux les porteurs de la ligne L0. Elle provient du plus ancien groupe L, porté par le dernier ancêtre commun de tous les peuples de la planète par la ligne maternelle, l'«Eve mitochondriale» pour ainsi dire.

    On estime que l'ancêtre matrilinéaire vivait il y a plus de 200.000 ans. Par la suite, la ligne mitochondriale L s'est séparée en deux groupes présents chez les hommes modernes: L0 et L1'6. Les porteurs de la première vivent encore en Afrique, et ceux dont les génomes appartiennent aux groupes mitochondriaux provenant de la ligne L1'6 ont quitté le continent noir il y a près de 70.000 ans.

    A partir des données obtenues, les chercheurs ont construit l'arbre phylogénétique de la ligne L0 et ont réussi à calculer l'heure et le lieu approximatifs de son apparition: il y a 200.000 ans dans le pan de Makgadikgadi, au Nord-Est du Botswana contemporain.

    Au début du Pléistocène, le pan était occupé par un grand lac, qui s'est réduit par la suite, et une partie de son ancien bassin a été occupée par le delta du fleuve Okavango. La suffisance en eau douce et la pêche ont permis aux hommes préhistoriques d'y prospérer.

    Il y a près de 110.000-130.000 ans, le climat dans ces régions a changé et une partie des résidents a migré vers le Sud-Ouest. Selon les estimations des généticiens, c'est à cette période que les sous-groupes se sont détachés de la ligne mitochondriale L0.

    Les critiques de cette hypothèse remarquent que, premièrement, ses auteurs passent sous silence l'existence d'ossements de type moderne datant d'une période plus ancienne. Il s'agit notamment de crânes découverts au Maroc en 2017. Deuxièmement, l'analyse de l'ADN mitochondrial permet de juger seulement de certaines populations, et non de l'espèce dans l'ensemble. De plus, la première porteuse de la ligne L0 n'est pas forcément née sur le territoire de Makgadikgadi, et pourrait y être venue d'un autre endroit. C'est pourquoi la question concernant de la patrie d'origine de toute l'humanité actuelle reste ouverte.

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