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À 45 ans, Audrey Chicot s’est imposée dans l’industrie métallurgique. À la tête de MSMI, une entreprise spécialisée dans la fabrication mécanique, la maintenance industrielle et la mécano-soudure, elle lutte pour la transformation industrielle de son pays et pour une meilleure intégration de la femme dans le secteur industriel. Portrait.

Physique impressionnant, femme à poigne, Audrey Chicot est née au Cameroun dans la ville de Douala. Mère de trois enfants, elle trône depuis 2003 à la tête de Multi-Services et Matériel Industriels (MSMI). Cette entreprise, entièrement consacrée à la maintenance industrielle et à la fabrication métallurgique, a été créée dans le but de doter le Cameroun d’une industrie compétitive et effective.

«Jusqu’en 2003, date de création de la MSMI, la quasi-totalité de l’industrie camerounaise dépendait de l’étranger pour la maintenance et la fabrication mécanique. Ce qui n’est pas normal puisque la fabrication et la maintenance industrielle sont essentielles à l’industrie. C’est donc dans cette optique que j’ai suivi une formation en maintenance et fabrication industrielle auprès de Chicot AMI, l’entreprise familiale», relate-t-elle au micro de Sputnik.
Audrey Chicot, industrielle camerounaise.
© Photo. MSMI
Audrey Chicot, industrielle camerounaise.

Pour se lancer et mettre son savoir acquis au service de l’industrie camerounaise, Audrey Chicot va bénéficier du soutien de son époux, un ingénieur en Arts et métiers.

«Mon époux étant ingénieur et fin connaisseur du paysage industriel camerounais, j’ai décidé de créer une unité bien plus professionnelle et mieux équipée, capable de répondre à la demande qui, ainsi que je l’avais prévu, s’est avérée de plus en plus importante. Les quelques rares entreprises du domaine qui existaient jusqu’alors au Cameroun étaient de simples ateliers de fortune», explique-elle.

Depuis son installation en 2003 au Cameroun, Audrey Chicot a opéré une révolution dans l’industrie métallurgique. Jusque-là occupé par de petits fabricants, l’espace industriel va connaître une nouvelle ère avec l’arrivée de MSMI. Seize ans après, l’entreprise a conquis le secteur.

«Du pétrole au naval, en passant par l’industrie lourde, le textile, le bois, la cosmétique, le plastique ou encore l’agro-industrie, tous les segments sont représentés dans nos travaux, lesquels sont de plus en plus variés», dit-elle, satisfaite du chemin parcouru. 

Cette singularité, nous confie Audrey Chicot, «a amené le gouvernement camerounais à nous classer comme une entreprise stratégique pour une industrialisation effective à l’horizon 2035». À ce jour, son entreprise est reconnue comme étant une pierre angulaire de l’industrialisation du Cameroun. Une fierté celle qui a su apporter de la valeur ajoutée et créer de nombreux emplois en suscitant des vocations auprès de la gent féminine.

«Notre entreprise compte 78 salariés. Le transfert de compétences et la professionnalisation des jeunes femmes étant au cœur de nos priorités, nous comptons dix apprentis stagiaires issus pour la grande partie des grandes écoles dont cinq jeunes femmes, ainsi que six femmes en emploi direct, dont trois occupent des postes à responsabilité», détaille l’entrepreneure.   
Audrey Chicot à Sotchi, lors du Sommet Russie-Afrique.
© Photo. MSMI
Audrey Chicot à Sotchi, lors du Sommet Russie-Afrique.

Toujours en quête de performance

Pour prendre son envol et devenir le leader qu’elle incarne aujourd’hui dans la sous-région Afrique centrale, Audrey Chicot est toujours à la quête permanente de nouvelles opportunités. La manager travaille à nouer de nombreux partenariats avec des industriels sur le continent et au-delà. D’ailleurs invitée au sommet Russie-Afrique à Sotchi, l’entrepreneure en a profité pour signer de nouvelles conventions.

«Nous travaillons par exemple avec plusieurs entreprises russes. Nous sommes représentants de RUDN University, l’Université de l'amitié des peuples de Russie basée à Moscou et au Cameroun. À  l’heure actuelle, la Russie reste le seul partenaire qui, dans son offre de partenariat avec le Cameroun, met l’accent sur le transfert de technologies, notamment à travers des programmes de formations professionnelles alliant la théorie à la pratique. MSMI reste d’ailleurs un exemple pratique en la matière», confesse-t-elle.
Signature d’une convention avec le vice-recteur de RUDN University au sommet de Sotchi
© Photo. MSMI
Signature d’une convention avec le vice-recteur de RUDN University au sommet de Sotchi

En 16 ans d’existence, les œuvres de cette entrepreneure dévouée ne sont pas passées inaperçues. Avec plusieurs prix à mettre à l’actif de son entreprise, MSMI a été classée en 2014 par l’Onudi (Organisation des Nations unies pour le développement industriel) sixième entreprise mondiale sur 988 entreprises de la même taille.

Une reconnaissance qui a boosté la progression de l’entrepreneure: «Ma première récompense est venue du Japon, qui a fait de moi la porte d’entrée du projet Kaizen – méthode de gestion de la qualité – au Cameroun à travers l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA).»

«Est venue par la suite la distinction de l’Onudi. Je n’oublierai pas non plus qu’au cours de la Ticad de 2016, qui s’est tenue à Naïrobi au Kenya, les cinq propositions que j’avais faites pour l’industrialisation de l’Afrique avaient été retenues», relate-t-elle.

Un parcours singulier

Au lycée de Bonadoumbe à Douala où elle a fait son cycle secondaire, Audrey Chicot n’était pas une élève ordinaire. Première présidente de la coopérative scolaire d’un établissement mixte, deux terrains de jeu vont être construits grâce à elle.

Rhamane Bidima parmi ses cultures.
© Photo. Rhamane Bidima / Rhamane Bidima parmi ses cultures.

À l’initiative de son père, elle se rend en République centrafricaine pour la suite de ses études. Un bac G2 comptabilité en poche, Audrey Chicot rentre au Cameroun. Elle va travailler dans le cabinet de son oncle, puis comme commerciale dans diverses entreprises. C’est dans l’une d’elles, Comaran, spécialisée dans la fourniture industrielle, qu’elle rencontre lors d’une livraison Fabien Chicot, un ingénieur des Arts et métiers qui deviendra son mari en janvier 2001.

Ce fils d’entrepreneur industriel, dont la société familiale Chicot MI – spécialisée en maintenance industrielle et fabrication des pièces à monter chez les clients – se situe en France, va repartir avec son épouse dans l’Hexagone. Une fois en France, Audrey Chicot intègre l’entreprise familiale et suit plusieurs formations en maintenance industrielle, dont la plus importante sera la fabrication mécanique et la maintenance industrielle.

En 2003, la famille rentre au Cameroun. Dans leurs bagages, deux caisses à outils et 12 millions de francs CFA. Audrey Chicot créée alors MSMI et devient la PDG et unique actionnaire. Une grande réalisation qui l’amène à militer pour l’intégration de la femme dans le secteur industriel à travers des séances de mentoring dédiées.

De jeunes Ivoiriens marchant dans une rue du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan
© Sputnik . Roland Klohi . De jeunes Ivoiriens marchant dans une rue du Plateau, le quartier des affaires d’Abidjan

«Pour moi, les femmes, du fait de leur caractère maternel primaire, sont plus aptes à la patience, à l’endurance, à la méthode et surtout à la rigueur autant dans les prises de décisions que dans les tâches qui leur sont confiées. Ces qualités sont essentielles dans le développement de toute activité. Ma plus grande fierté aujourd’hui est de voir les jeunes filles s’intéresser de plus en plus aux métiers de la fabrication et de la maintenance», confie-t-elle.

Après toutes ces réalisations, Audrey Chicot rêve encore de pouvoir contribuer à classer le Cameroun au rang des pays industrialisés de façon effective dans les vingt prochaines années.

«Ceci ne sera possible qu’à travers la prise au sérieux du secteur de la fabrication mécanique et de la maintenance. Les gouvernements africains gagneraient à ne pas négliger ce secteur qui est en fait la colonne vertébrale de l’industrie», affirme-t-elle.

En attendant d’y parvenir, son parcours est une véritable leçon de persévérance et d’adaptation. De défi en défi, Audrey Chicot a tracé sa route jusqu’au sommet de l’une des plus grosses entreprises métallurgiques en Afrique centrale, une passion qu’elle voudrait transmettre à encore plus de jeunes femmes sur le continent.

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Tags:
femmes, industrie, Cameroun
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