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Initialement prévue pour le 16 décembre à Pau, la rencontre polémique entre le Président français et ses homologues du G5 Sahel est reportée à début 2020. Une décision d’Emmanuel Macron motivée par le récent revers de l’armée nigérienne, le plus cuisant depuis le début de l’offensive djihadiste au Niger en 2015.

71 soldats tués, 12 blessés et plusieurs autres portés disparus, c’est le bilan officiel communiqué par le ministère nigérien de la Défense après l’attaque, le 10 décembre dernier, du poste avancé d’Inates situé à cinq kilomètres de la frontière malienne.

Jamais une offensive djihadiste n’avait été aussi meurtrière au Niger. Sitôt informé du drame, le Président nigérien Mahamadou Issoufou a écourté son séjour en Égypte où il participait à la conférence sur «La Paix durable, la sécurité et le développement en Afrique» pour regagner Niamey, où une réunion du Conseil national de sécurité est prévu ce 12 décembre.

L’onde de choc de l’attaque de la garnison d’Inates [qui survient après une première en juillet, revendiquée par l’État islamique dans le Grand Sahara* et qui a fait 18 morts, ndlr] est parvenue jusqu’à l’Élysée.

Emmanuel Macron n’a, en effet, pas tardé à réagir à travers un entretien téléphonique avec son homologue nigérien, Mahamadou Issoufou, «pour lui exprimer, au nom du peuple français, son soutien et sa solidarité».

«Dans ce contexte de deuil et à la veille de la fête nationale du Niger [18 décembre, ndlr], les deux Présidents sont convenus de proposer à leurs homologues de reporter au début de l'année 2020 la tenue, en France, du sommet consacré à l'opération Barkhane et à la force conjointe du G5 Sahel», a annoncé l’Élysée dans un communiqué.

Une polémique autour du sommet de Pau qui ne devrait pas faiblir malgré le report

À en croire les réactions qui fusent déjà sur les réseaux sociaux, il ne faut pas s’attendre à ce que faiblisse la polémique née de la «convocation» d’Emmanuel Macron adressée le 4 décembre dernier à ses pairs du G5 Sahel pour discuter de l'engagement antidjihadiste de la France au Sahel.

Huit jours après, et malgré l’attaque d’Inates, le «caractère indélicat» de l’invitation par le Président français des chefs d’État du Mali, du Burkina Faso, du Niger, du Tchad et de la Mauritanie à le retrouver le 16 décembre à Pau, ville du sud-ouest de la France où étaient basés sept les 13 soldats de la force Barkhane tués le 25 novembre au Mali, passe toujours mal.

Le 11 décembre, face à la presse, à l’occasion du 59e anniversaire de la commémoration de l'indépendance du Burkina Faso, le Président burkinabè Roch Kaboré, par ailleurs président en exercice du G5 Sahel, a déploré le «manque de tact» du chef de l’État français.

«La forme et le contenu ont manqué de tact. Nous ne sommes pas dans une guerre entre le G5 Sahel et la France. Nous estimons que le partenariat doit être revu pour une meilleure efficacité sur le terrain. Il est important que le partenariat avec la France soit équitable et efficace dans l'intérêt partagé de nos populations respectives», a déclaré Roch Kaboré.

Au Burkina Faso, particulièrement ébranlé depuis deux ans par les attaques djihadistes qui, rien qu’en 2019, ont occasionné plus de 500 morts et le déplacement de près de 500.000 personnes, tant l’opposition que des organisations de la société civile ont d’ores et déjà fustigé le «contexte, la forme et surtout le ton» de la convocation d’Emmanuel Macron et invité les dirigeants du G5 Sahel à ne pas «faire profil bas» devant la France.

Des sons de cloche similaires se sont également fait entendre du côté des autres pays de l’organisation sous-régionale.

En attendant le sommet de Pau, désormais annoncé pour début 2020, les Présidents des États du G5 Sahel ont décidé de se concerter le 15 décembre prochain pour parler d’une même voix.

*Organisation terroriste interdite en Russie.

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Tags:
Niger, G5 Sahel, Emmanuel Macron
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