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À la tête du Gic Bellomar, Martial Oden Bella transforme les huiles usées en savon et détergent. Une activité qui crée de l’emploi et contribue à la sauvegarde de l’environnement. L’ingénieur se consacre aussi à la formation des jeunes en recyclage de déchets plastiques à travers un programme d’e-learning. Portrait.

La mine grave, Martial Oden Bella, 37 ans, est le promoteur du Gic Bellomar, une entreprise spécialisée entre autres dans la transformation des huiles usées en savon et détergent. Avec cette initiative, l’entrepreneur, ami de la nature, veut réduire la pollution. Une ambition confortée à la suite d’une étude empirique qu’il avait effectuée en 2013, portant sur la nuisance des complexes hôteliers dans la ville de Douala au Cameroun.

«Nous avons observé qu'un hôtel de niveau quatre étoiles déverse en moyenne 30 litres d'huile de friture usée dans la nature par semaine, soit 1.560 litres par an. Ce qui constitue un problème environnemental qu’il faut résoudre à tout prix. En transformant ces huiles de fritures usées en détergents en poudre, lessives et de toilette, on contribue à sauvegarder l’environnement», explique-t-il au micro de Sputnik.
Martial Oden Bella tenant du savon liquide fabriqué par sa structure.
© Photo. Bellomar
Martial Oden Bella tenant du savon liquide fabriqué par sa structure.

C’est ainsi que Martial Oden Bella, originaire de Sangmelima dans le sud Cameroun et diplômé depuis 2013 de l'Université de Toulouse Capitole 1 dans le domaine de l'ingénierie pédagogique, se lance dans la production de savons et détergents bon marché, accessibles au plus grand nombre et génératrice d’emplois.

«L’utilisation de ces huiles de fritures usées contribue à réduire les coûts de production de ces savons et détergents et permet de ce fait le développement de la savonnerie artisanale, source d'emplois pour de nombreuses personnes en panne de projets de vie», renchérit l’entrepreneur.

Pour fabriquer ses produits, Martial Oden Bella se fournit en huile de friture auprès des hôtels, ménages et restaurants.

Le procédé de production d’un morceau de savon à partir d’huile usagée débute par la collecte des huiles de fritures usées qu’on prétraite au préalable à travers une opération de filtration. Puis on prépare les solutions de soude caustique: une moins concentrée pour engager la réaction et une autre plus concentrée pour finaliser l’opération de saponification. Une fois les solutions de soude refroidies à une température de 30 degrés Celsius, on engage la phase de saponification avec le mélange d’huiles (huile de palme blanchie, palmiste et huile de fritures usées) jusqu’à l’obtention d’une pâte semi-lourde qu’on coule dans des moules appropriés et que l’on laisse reposer au moins 72h.

Une fois la production terminée, les savons et détergents sont distribués dans les établissements hospitaliers, les hôtels. Un juste retour à l’envoyeur.

«Concernant les détergents en poudre, on les distribue auprès des blanchisseries. Les autres produits se trouvent dans des boutiques de la ville de Douala et on est en train de développer un réseau de distribution dans d’autres villes», explique Martial Oden Bella.

En dehors du détergent en poudre, du savon de lessive et de toilette conçus à partir de ces huiles, Gic Bellomar produit et commercialise des huiles essentielles à base de déchets de toute sorte.

«Nous avons mis au point une machine pour extraire des huiles essentielles à partir de matériel recyclé. Nous avons également élaboré des technologies de production d’huiles essentielles et d’hydrolats à base de zestes d’orange, de production de carbonate de calcium et de chaux vive à partir de déchets d’eau de javel, de production de béton à base de cendres de boues de forages incinérés, de production d’un gélifiant alimentaire à partir de zestes d’orange, du bioplastique à partir de déchets maritimes…», énumère l’entrepreneur.

La passion pour le recyclage des déchets

Depuis janvier 2018, l’entreprise a également mis sur pied une plateforme d’e-learning sur laquelle elle diffuse des cours en ligne sur la fabrication des produits d’hygiène et d’entretien et sur la valorisation des déchets plastiques. Pour le fondateur de l’entreprise, il s’agit essentiellement de préserver l’environnement tout en développant l’accès à l’hygiène et l’économie locale au Cameroun et ailleurs sur le continent africain.

«Notre plateforme a formé jusqu’à présent près de 1.264 personnes issues de 31 pays en deux sessions de formation en ligne ouvertes à tous. Nous avons un module sur la problématique des déchets plastique, un module sur les techniques de collecte et de régénération mécanique des déchets plastiques, un autre sur le cadre juridique et réglementaire de la valorisation des déchets plastiques, la commercialisation des déchets plastique et enfin un module spécialisé dans le suivi des apprenants aux développements de leurs projets. Certains de nos élèves ont pu mettre en place des projets dans le domaine de la gestion des déchets dans des pays comme le Gabon, le Niger, le Sénégal, la Guinée-Conakry, le Cameroun et bien d’autres», se réjouit Martial Bella Oden.

Créé en 2002, le Gic Bellomar était à l’époque un regroupement d’étudiants impatients d’entrer dans la vie active et l’aventure entrepreneuriale. La petite communauté, aidée de quelques parents, a misé ses fonds propres pour se lancer dans la fabrication de savon, de détergents, de produits d’entretien et d’huiles essentielles. Sous la direction de Martial Bella Oden, l’activité du Gic Bellomar s’est transformée en exercice pratique d’application des cours de chimie sur la fabrication du savon. Aujourd’hui, l’entreprise emploie six personnes avec de nombreux bénévoles. Auteur de plusieurs ouvrages sur le traitement des déchetsTechnique améliorée de fabrication artisanale de savons et détergents, paru aux éditions collection Pro-Agro en 2014 –, Martial Oden Bella est désormais très sollicité en Afrique pour partager son savoir-faire.

«Passionné d'innovation,  j'explore chaque jour les technologies appropriées, je développe et procède à la vulgarisation de mes innovations tant dans mon pays qu’en dehors. Mon ambition est de développer et participer à de nombreux projets de formation à distance ouverte en zone Afrique», conclut-il.

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Tags:
Machine learning, recyclage, Cameroun
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