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Promoteurs de la start-up Pneupur, les frères jumeaux Benjamin et Fréderic Belibi transforment des pneus usagés en revêtements de sol écologiques. Grâce à ce procédé, les deux entrepreneurs veulent minimiser le risque environnemental et sanitaire que constituent ces vieux matériaux tout en créant des emplois et de la richesse. Portrait

Férus d’automobile, les frères jumeaux Belibi, 36 ans, ont fondé en 2018 Pneupur, une start-up spécialisée dans le recyclage des pneumatiques usagés. Il s’agit, expliquent-ils, d’un procédé qui permet de transformer les pneus en divers produits.

«Nous produisons des revêtements de sol souples, antidérapants, perméables, poreux, durables et écologiques à base de pneus recyclés. Le premier produit dont nous détenons déjà le brevet, c'est ce revêtement qui est utilisé précisément pour les pistes d'athlétisme, les terrains de basket-ball et de handball, les aires de jeu pour enfants, les gymnases, les terrains multisports, les parkings», explique le duo au micro de Sputnik.
Les jumeaux Benjamin et Fréderic Belibi.
© Photo. Pneupur
Les jumeaux Benjamin et Fréderic Belibi.

Mais avant d’arriver à la transformation, il faut d’abord procéder à la collecte des pneus qui pullulent généralement dans les ruelles des grandes villes. Pour cela, les frères Belibi ont développé une solution pratique: une application mobile pour faciliter la collecte.

«Nos utilisateurs ont une plateforme qui leur donne la possibilité de signaler l’emplacement des pneus. Nous dépêchons aussitôt une équipe pour les récupérer. Nous travaillons également avec des concessionnaires automobiles. Après la collecte, nous les stockons puis les mettons dans la machine à broyer pour extraire la gomme que nous utilisons ensuite pour fabriquer les revêtements», détaillent les frères Belibi.

Naissance d’une passion

Ghislaine Tessa Ketcha, promotrice Millenium Immobilier
© Photo. Millenium Immobilier / Ghislaine Tessa Ketcha, promotrice Millenium Immobilier
Nés à Yaoundé, la capitale politique du Cameroun, les frères Belibi font d’abord leurs études secondaires au collège François-Xavier-Mvogt avant de s’envoler pour la France où ils décrochent le baccalauréat en système de techniques industrielles au lycée Jean-Jaurès de Carmaux (Tarn) en 2005 et plus tard un BTS en maintenance.

Au départ, les jumeaux ont travaillé dans la concession automobile familiale de 2008 à 2012. Ils passaient leur temps entre la France et le Cameroun. Leur projet n’a pris véritablement corps qu’à partir de fin 2014 quand, lassés de voir les pneus usagés joncher leur magasin, ils ont décidé de leur donner une seconde vie.

«À chaque fois que les propriétaires de véhicules venaient échanger leurs roues usées contre de nouvelles, on conservait les pneus hors d’usage. Au fil du temps, tous ces pneus qu'on amassait occupaient beaucoup d'espace. Nous nous sommes demandé ce qu'on pouvait en faire. Après quelques recherches, nous avons entrepris de les recycler en en extrayant la gomme qui pouvait servir au revêtement des sols souples durables et adaptés aux jeux pour enfants», relatent-ils.

Les frères Belibi ont effectué de nombreuses recherches pour mieux cerner l’idée qui leur trottait dans la tête. Après deux ans passés au laboratoire des Arts et métiers Paris Tech (LCPI) et à l'université de technologie de Troyes (UTT), ils ont trouvé chez Bond'innov, un incubateur basé en France, des compétences et un réseau pour monter un business plan et réfléchir à une stratégie commerciale. Au Cameroun, ils bénéficient du soutien de Technipole Subvalor –un incubateur de l’École nationale supérieure polytechnique de Yaoundé mise en place par l'État–, du ministère de l'Environnement et du  ministère des Mines de l'industrie et du développement technologique. «C'est grâce à eux que nous avons pu avoir le brevet.»

Pneupur aux Rencontres de l'innovation internationale & Sud organisées par Bond'Innov.
© Photo. Pneupur
Pneupur aux Rencontres de l'innovation internationale & Sud organisées par Bond'Innov.
«Mais actuellement, notre soutien majeur, c'est celui des premiers clients qui nous ont fait confiance. Ils n'ont eu qu'à voir les échantillons pour passer des commandes dont ils ont préfinancé la production», confient-ils.

À ces soutiens, il faut ajouter de nombreuses récompenses glanées ici et là, grâce à cette initiative: Prix de l’entrepreneur en Afrique organisé par Campus France 2015, sur le plan local; prix du Plan triennal spécial jeune en 2017; et lauréat du Concours de la meilleure start-up africaine 2019 organisé par l'entreprise Total.

Le ministre des Eaux et forêts Alain-Richard Donwahi
© Photo. Alain-Richard Donwahi / Le ministre des Eaux et forêts Alain-Richard Donwahi
La pollution prend de plus en plus de l’ampleur au Cameroun à cause de l'importation des véhicules de seconde main. «Où va-t-on mettre ces véhicules après usage? Ils seront abandonnés dans la rue ou ailleurs dans la nature. On en trouve partout au Cameroun malgré les efforts de l'entreprise de collecte des déchets. Beaucoup brûlent les pneus usagés pour en extraire l'acier qu'ils commercialisent. Tout cela a un impact sur l'environnement», se désolent-ils.

Pour étendre leur activité, les deux entrepreneurs ambitionnent d’ériger au Cameroun une grande usine de recyclage et de valorisation des pneus usagés sur 3 hectares, dans la localité de Bikok, région du Centre du pays. Elle va coûter environ 327 millions de francs CFA (500.000 euros), mis à disposition par des opérateurs privés et des fonds d’investissement.

«Actuellement, nous sommes en plein chantier et l’usine sera fonctionnelle d'ici à fin janvier 2020. Ce sont de premiers espaces tests qui vont nous permettre de nous implanter sur le marché et montrer aux investisseurs qu'au-delà du recyclage, nous produisons une bonne matière vendable», se projettent-ils.

Cette unité industrielle, qui ambitionne de créer 41 emplois directs et 150 emplois indirects sur une période de trois ans, va démarrer par une capacité de traitement de 70.000 pneus usagés, «avant de monter en régime pour atteindre 150.000 pneus traités au bout de la troisième année de fonctionnement, 80% des pneus usagés étant généralement abandonnés dans la nature», renseignent les promoteurs.

Au-delà des enjeux économiques qu’il engendre, le projet Pneupur suit avant tout une démarche écologique. Selon les frères Belibi, la priorité est moins dans la recherche du profit que dans la valorisation des pneumatiques hors course, et donc la protection de l’environnement pour la gestion durable des ressources.

«Au-delà de la rentabilité financière, nous accompagnons les  pouvoirs publics dans la protection de l'environnement. Notre objectif, c'est aussi de montrer aux autorités que ce projet a besoin de leur participation. Avec le temps, on va installer d'autres unités de production pour une plus grande capacité de production mais nous n’avons actuellement pas suffisamment de moyens pour tenir cet objectif. Nous allons donc, à très brève échéance, lancer une levée de fonds pour avoir les moyens de mettre en place une unité de transformation locale», confient-ils.

Déjà considérée comme la poubelle du monde à cause des véhicules et des divers objets de seconde main en provenance d’Europe, l’Afrique doit encore faire face au problème des pneumatiques usagés qui en sortent et qui continuent de polluer l’environnement, mettant en plus en danger la santé des populations. Pneupur, dans sa démarche, entend faire de cette question à la fois économique et écologique une source de développement durable pour le Cameroun et l’Afrique.

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Tags:
pneu, recyclage, Cameroun
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