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Il aura fallu que Greta Thunberg convoque la presse à Stockholm pour que des militantes africaines pour le climat sortent de l’ombre. Invité de Sputnik France, Nicolas Pompigne-Mognard, PDG d’un groupe africain de relations presse, explique pourquoi les médias ont un fond raciste à l’égard de l’Afrique et font preuve de beaucoup de «suivisme».

Lors du dernier Forum économique mondial de Davos consacré aux enjeux climatiques, l’Ougandaise Vanessa Nakate, militante de longue date pour le climat, a participé à tous les débats aux côtés de l’activiste suédoise Greta Thunberg sur de multiples vidéos. Mais à la sortie, seule Africaine et seule Noire présente sur la photo de famille, elle a disparu du cliché initial qui a été recadré avant sa diffusion par l’agence américaine Associated Press.

En larmes, l’adolescente dénonce alors sur Twitter un acte de racisme, demandant que sa vidéo soit largement diffusée pour qu’on comprenne «ce que ça veut dire de se faire virer d’une photo!», titre-t-elle.

L’Associated Press a fini par s’excuser, arguant d’un laxisme au niveau de la post-production. Mais, sans l’indignation de sa fellow Greta qui, elle, jouit depuis le début de son combat de toute l’attention médiatique requise, sans parler de la une des journaux quand elle apostrophe les grands de ce monde –Donald Trump en tête–, il est fort probable que le chagrin de Vanessa Nakate serait resté confidentiel.

C’était compter sans la détermination de la Suédoise qui a aussitôt décidé de convoquer une conférence de presse, le 31 janvier dernier, dans les locaux de Greenpeace à Stockholm. Trois autres jeunes activistes issues du continent comme les Sud-Africaines Ayakha Melithafa et Ndoni Mcunu, ou la Kényane Makenna Muigai ont été invitées à s’exprimer. Quant à Vanessa Nakate, la première à répondre aux questions en visioconférence depuis Kampala, elle n’a pas boudé son plaisir de voir que les militants pour le climat en Afrique, qui œuvrent de longue date mais sont systématiquement «sous-médiatisés», comme l’a fait remarquer Greta Thunberg, étaient enfin sous les projecteurs.

«Il est temps pour le monde d’écouter les militants africains et d’entendre leur message [...]. C’est une opportunité pour les médias de rendre justice aux enjeux climatiques en Afrique», a déclaré la militante ougandaise pour le climat, Vanessa Nakaté, lors de la conférence de presse convoquée par Greta Thunberg après le Forum de Davos.

L’hypocrisie des médias occidentaux

Invité de Sputnik France le 24 janvier dernier, le Franco-Gabonais Nicolas Pompigne-Mognard peut se targuer d’avoir créé, en dix ans, un empire en matière de distribution de communiqués de presse sur l’Afrique. Au départ simple journaliste pour Gabonews et président-délégué de l’Association de la presse panafricaine en France (APPA), il prend le pari fou, en 2007, de «mieux faire connaître les 54 États du continent» en aidant pour cela les journalistes africains dans leur travail grâce à un accès facilité aux informations pertinentes.

C’est ainsi qu’est née l’Organisation de la presse africaine (APO – African Press Organisation) qui, très rapidement, est devenue l'un des cabinets les plus réputés et influents de conseil en relations presse en Afrique et au Moyen-Orient. En plus de la distribution de communiqués de presse, l’autre point fort de ce groupe africain, c’est de mettre à la disposition de ses clients des experts en conseil stratégique pour l’élaboration de plans de communication visant à établir ou à accroître leur notoriété dans les pays africains qu’ils ont ciblés.

«En ce qui concerne la mauvaise image de l’Afrique à l’étranger, la responsabilité revient en partie aux gouvernements africains et aux chargés de communication qu’ils emploient. Sauf quelques exceptions notoires, la plupart de ces professionnels ne savent pas communiquer ou bien manquent de moyens pour le faire. Que ce soit pour la promotion du tourisme ou la recherche d’investisseurs étrangers, ils n’utilisent pas les bons outils, au bon endroit et au bon moment», regrette Nicolas Pompigne-Mognard au micro de Sputnik France.

Ces manquements de la part des principaux intéressés se compliquent encore du fait de l’attitude des médias occidentaux qui, systématiquement, pointent du doigt ce qui ne va pas en Afrique et, plus rarement, ce qui va bien. Parmi les quelque 300 entreprises «de poids» qu’APO Group conseille sur le continent, on trouve pêle-mêle: Facebook, Uber, Marriott, Hilton, GE, Orange, DHL, Philips, Coca-Cola, Standard Chartered Bank, Siemens, Canon, PwC, EY, McKinsey & Company, AccorHotels, Flydubai, DP World «pour n’en citer que quelques-unes!», affirme son PDG. Du fait de ce large éventail dans sa clientèle, APO Group peut se targuer d’une activité tous azimuts.

Mais, encore plus stratégiques dans le business plan du PDG d’APO Group, dont il est aujourd’hui le seul propriétaire tout poursuivant le développement de son propre fonds d’investissement pour l’Afrique, sont les partenariats qu’il a réussi à nouer avec Bloomberg, Getty Images, CNBC Africa ainsi qu’avec le principal sponsor officiel de l'association africaine du Rugby mondial (World Rugby), «Rugby Africa». Concernant cette dernière activité, il se remémore une anecdote qui lui paraît très caractéristique de l’état d’esprit des médias internationaux à l’égard de l’Afrique.

«APO fait le monitoring de tout ce qui est publié sur le rugby en Afrique. À la suite d’un tweet malheureux d’un joueur tanzanien à Tunis, qui attendait avec ses coéquipiers allongés par terre un transfert dans un autre hôtel avant de disputer un match Tanzanie-Tunisie, jamais auparavant il n’y avait eu une telle couverture médiatique sur le rugby en Afrique. Pas moins de deux dépêches de Reuters et un sujet sur CNN… simplement parce que ce tweet a conforté les a priori et les clichés que les médias occidentaux véhiculent sur l’Afrique. Dès qu’ils identifient des nouvelles allant dans ce sens, elles sont systématiquement montées en épingle», s’insurge le fondateur d’APO Group.

Les vraies raisons qui poussent les médias occidentaux à répéter des comportements que Nicolas Pompigne-Mognard n’hésite pas à qualifier de «racistes» sont donc à rechercher, selon lui, par rapport «au nouveau terrain de jeu des multinationales que représente le continent». Avec une population qui va doubler d’ici à 2050, l’émergence d’une classe moyenne africaine, de plus en plus urbaine et de plus en plus susceptible de consommer, représente en effet, aux yeux des grandes majors, les marchés de demain. À condition, toutefois, que cette classe moyenne africaine soit conditionnée à consommer des produits étrangers et donc moins encline à consommer local.

«Aujourd’hui, Pepsi-Cola, la NBA, toutes les grandes multinationales, débarquent en force en Afrique. Dans leur sillage, elles entraînent les médias internationaux qui espèrent bien, eux aussi, profiter du développement de ce fabuleux marché publicitaire. Ce qui veut dire que les médias africains vont être de plus en plus dépourvus de ressources pour investir et se développer car ils ne peuvent pas faire le poids face à de grands groupes comme CNN ou BBC. D’autant qu’ils se donnent les moyens de leur présence. À terme, les entreprises africaines risquent de se faire absorber du fait, aussi, du drainage des ressources humaines», prédit Nicolas Pompigne-Mognard.

Relents racistes et sexistes

En France, le racisme dans les médias existe aussi, mais il obéit à d’autres règles qu’économiques. Croyant faire une blague, un chef de service de la Radio internationale a souhaité bonne année via une carte postale raciste et colonialiste datant de… 1920! Une initiative aussitôt dénoncée par le journal L’Humanité qui a été alerté par «des salariés de Radio France internationale (RFI)», révèle le journal.

C’est bien sûr dans le sport que l’on constate le plus grand nombre de dérives, comme en atteste un tag qualifié de «raciste, antisémite et homophobe» contre le footballeur Kylian Mbappé, découvert dans le RER C, le 12 février 2019, et qui avait beaucoup fait réagir sur les réseaux sociaux. La SNCF et plusieurs associations avaient aussitôt annoncé leur intention de porter plainte, tandis que plusieurs journaux français ont alerté sur une «campagne aux relents racistes de certains médias étrangers. Après la victoire des Bleus, en 2018, l'équipe de France avait subi de nombreuses critiques jugeant que leur victoire était celle d'une pseudo-équipe africaine».

Instigatrice et co-auteure de Noire n’est pas mon métier, l’actrice Aïssa Maïga a été la première en France à oser dénoncer le racisme et le sexisme dans le monde du cinéma. Gravissant les marches du Palais des Festivals, à Cannes, le 18 mai 2018, pour la sortie du film Burning, elle était entourée des 15 autres auteures de son manifeste, parmi lesquelles Sonia Roland et Rachel Kahn, elle-même à l’origine du titre du livre. Toutes étaient ravies et un peu étonnées du succès remporté par ce manifeste devenu, en quelques semaines, un best-seller.

«L'engouement de la presse est hallucinant. J'ai l'impression que l'on fait la promotion d'un blockbuster», avait plaisanté l’actrice Aïssa Maiga, soulignant que ‘Noire n’est pas mon métier’ est «la première pierre d’un édifice que l’on espère magnifique».

Coqueluche des médias en France et très apprécié du public, l’acteur Omar Sy a détrôné le chanteur Jean-Jacques Goldmann, six fois tenant du titre au Top 50 du classement des personnalités préférées des Français. Dévoilé le 14 août dernier par le Journal du Dimanche, qui est l’instigateur de ce sondage, ce résultat souligne la consécration de celui qui a charmé l'Hexagone et conquis l'Amérique avec son rôle dans le film Intouchables.

«Je me sens très honoré par cette reconnaissance du public. Je la prends comme une déclaration d'amour, elle me va droit au cœur en ces temps où l'on parle surtout de haine», avait déclaré dans les colonnes du journal Omar Sy, très ému.

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Greta Thunberg, Davos, médias, racisme
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