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Le Président Ivoirien Alassane Ouattara vient d’annoncer qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession au scrutin d’octobre prochain. Mais ce renoncement, qui survient peu avant le lancement du processus de révision de la Constitution, suscite quelques interrogations. Analyse.

Ce jeudi 5 mars, face aux sénateurs et députés réunis en congrès extraordinaire à Yamoussoukro, la capitale ivoirienne, Alassane Ouattara a déclaré qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle du 31 octobre.

«J’ai décidé de ne pas être candidat en 2020», a-t-il solennellement déclaré devant les parlementaires.

Le Président ivoirien explique cette décision par «l’importance particulière accordée au respect de ses engagements» et à son intention de «transférer le pouvoir à une jeune génération».

Si le suspense quant à son éventuelle candidature pour un troisième mandat a longtemps duré, il faut savoir qu’Alassane Ouattara avait déjà fait part, en décembre 2019, de son intention de «passer la main en 2020».

Toutefois, il avait aussi pris le soin d’indiquer qu’il reconsidérerait sa position en cas de candidatures de «ceux de sa génération», faisant manifestement allusion, sans les nommer, aux anciens Présidents Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié.

Arrivé au pouvoir à l’issue de la crise postélectorale de 2010-2011, Alassane Ouattara, 78 ans, avait été réélu pour un second mandat en 2015.

Son renoncement à être candidat a très rapidement été salué sur la toile par de nombreux internautes, qui y voient un exemple à suivre pour ses homologue Africains, notamment Alpha Condé, Président de la Guinée, pays frontalier de la Côte d’Ivoire, à qui on prête l’intention de vouloir se maintenir au pouvoir après deux mandats.

Mais pour d’autres, ce retrait, qui intervient avant un processus de révision constitutionnelle imminent, mérite d’être analysé. À leurs yeux, cette décision d’Alassane Ouattara, loin d’être sincère, ne saurait, dans le fond, déboucher sur une réelle alternance au pouvoir.

S’il a longtemps entretenu le flou autour d’une éventuelle candidature, pour l’opposition, de même que certains observateurs, il apparaissait plus qu’évident que la Constitution de 2016, à laquelle des modifications sont sur le point d’être apportées, n’autorisait pas le Président sortant à rester au pouvoir.

Une réélection serait anticonstitutionnelle

Des personnalités comme le ministre Cissé Bacongo et le professeur Ouraga Obou, qui ont travaillé sur cette Constitution, ont par ailleurs déclaré qu’Alassane Ouattara n’est pas éligible à un troisième mandat.

Interrogé par Sputnik, l’analyste politique Sylvain NGuessan dégage deux hypothèses pour expliquer le renoncement du chef de l’État ivoirien.

«Avec ce renoncement qui intervient à quelques heures du lancement de la révision de la Constitution –les modifications qui seront apportées demeurant encore inconnues–, le Président Alassane Ouattara se met dans la posture du spectateur impartial, neutre», a déclaré Sylvain NGuessan.

N’étant officiellement plus dans la course, le Président sortant pourrait éventuellement vouloir «distribuer des cartons rouges» à des candidats potentiels, notamment Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié, qu’il juge incapables de gérer la Côte d’Ivoire.

«Le renoncement d’Alassane Ouattara pourrait prendre de court les camps Bédié et Gbagbo. En tout cas, cela va susciter des discussions sur les réseaux sociaux et dans les salons sur l’éventuelle candidature des deux grands restants», a estimé l’analyste.

Étant désormais au-dessus de la mêlée, Alassane Ouattara peut également «mieux couper des têtes» dans son propre camp.

Remettre de l'ordre au sein de son parti

En effet, a avancé comme seconde hypothèse Sylvain NGuessan, Alassane Ouattara, avec ce retrait, «essaie de se donner le temps de mettre de l’ordre au sein de son parti», le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP).

«On sait qu’au RHDP, les ministres Albert Mabri Toikeusse (Enseignement supérieur et recherche scientifique) et Marcel Amon-Tanoh (Affaires étrangères) ont des velléités de candidatures qui génèrent certaines tensions. Le Président Ouattara dispose donc de quelques mois pour arrondir les angles avant la présidentielle», a souligné l’analyste.

Pour nombre d’observateurs, c’est l’actuel Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly, qui a la faveur d’Alassane Ouattara pour la présidentielle d’octobre 2020.

Éviter la gestion des conflits

Au-delà des spéculations, une chose est certaine, par ce renoncement, Alassane Ouattara qui a accédé à la magistrature suprême après des violences sanglantes qui ont fait plus de 3.000 morts, soigne indubitablement sa sortie.

Peut-être aussi est-ce justement le spectre de nouvelles violences qui plane sur la présidentielle d’octobre prochain qui aurait, dans une certaine mesure, influencé la décision du Président ivoirien.

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Alassane Ouattara, élection présidentielle, Côte d'Ivoire
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