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Joindre l’utile… à l’utile! Telle est l’ambition d’un jeune Togolais, Félix Tagba, qui, excédé par les déchets qui écument sa ville de Lomé, a décidé de transformer son jogging hebdomadaire en une occasion de détoxifier sa ville en même temps que son corps! L’idée a vite fait des émules, au point de donner lieu à une compétition internationale.

«Lomé la belle» est-elle toujours la capitale de la «Suisse de l’Afrique»? La plus importante ville du Togo, ce petit pays décrivant sur le puzzle ouest-africain une forme longiligne presque aussi populaire que la botte italienne, est toujours un havre de quiétude, nonobstant les vents contraires qui soufflent depuis le nord, et les soubresauts qui perturbent la vie publique depuis le départ du «Vieux», le père de l’actuel président Faure Gnassingbé.

Siège de grands organismes financiers, carrefour des sommets internationaux, la ville où toutes les architectures, modernes, coloniales et africaines se rencontrent harmonieusement a longtemps su s’entretenir pour se montrer à la hauteur des espoirs placés en elle. Seulement voilà: la population s’étant multipliée par sept en l’espace de 20 ans, la ville cosmopolite n’a pas manqué de s’élargir dans la précipitation. Elle n’y a pas laissé sa peau… mais seulement quelques millions de déchets de plastiques qui jonchent continuellement ses rues. C’est ainsi qu’après la destitution de «Bamako la coquette», le Togo et sa capitale se sont vu contester leur titre helvétique au profit de lauréats plus méritants:  le Botswana et le Rwanda.

«Si vous venez à Lomé, vous verrez le vent traîner des déchets plastiques. Cela finit par intégrer la terre, endommager notre environnement et notre santé. Emportés par les eaux, ces détritus tuent les poissons», regrette Felix Akizou Tagba au micro de Sputnik.

Ce jeune Togolais de 28 ans est à l’origine d’une idée originale: l’écojogging, un jogging respectueux de l’environnement. Mieux, un jogging militant. Le concept est simple: courir partout dans Lomé et ramasser sur son parcours les déchets en plastique.

Félix Tagba, le fondateur de l'écojogging au Togo en action.
© Sputnik . Alphonse Logo
Félix Tagba, le fondateur de l'écojogging au Togo en action.

Tous les samedis, un petit groupe de personnes se retrouve autour du jeune homme. Après un petit speech de quelques minutes, le temps d’expliquer le concept, il distribue des gants, des mini-sacs poubelles à accrocher à son cou, le tout en montrant les bons gestes à observer sur le front, face à l’ennemi.

Et quand le top départ est donné, c’est toujours avec des yeux amusés et admiratifs que les Loméens observent ces biocoureurs à l’œuvre.

«Je crois que c'est une bonne initiative de courir et de ramasser en même temps les sachets. C'est sans doute un bon message qui invite à être plus soucieux de la propreté de la ville», a indiqué Messan Alex, un passant, à Sputnik.

Ce jour-là, cap sur la grande plage de Lomé. Les consignes étaient claires. Tout au long du parcours qui ne dépasse pas le kilomètre, les écojoggeurs doivent scruter le sable fin de la plage à l’affût du moindre sachet en plastique, noir ou transparent, emballage éphémère abandonné sur place par quelque promeneur.

Les écojoggeurs en action.
© Sputnik . Alphonse Logo
Les écojoggeurs en action.
«C’est aussi l’occasion de sensibiliser! À la plage, où des paniers sont déjà disposés pour recueillir ces détritus, nous invitons tous ceux que nous croisons à éviter de jeter les déchets en plastique dans le sable», insiste Tagba.

Les déchets ramassés sont recyclés

Ce jour-là, le résultat des courses est plutôt satisfaisant. Plus de 20 kilogrammes (kg) dans l’escarcelle des écojoggeurs qui viendront se rajouter aux quelque cinq tonnes de déchets dont on a débarrassé la ville depuis 2017, date du premier écojogging.

La collecte du jour.
© Sputnik . Alphonse Logo
La collecte du jour.

Les détritus passent ensuite par la case recyclage. Après un premier tri, et en collaboration avec des structures de recyclage, la «récolte» est transformée en pochettes de téléphones portables que les écojoggeurs, réunis en association, mettront sur le marché.

Le cas échéant, le plastique est vendu «à un prix dérisoire» (de 50 ou 75 francs CFA le kilogramme, soit moins de 0,10 dollar) à des structures qui ont la capacité de procéder à sa transformation. L’argent récolté servira à organiser des compétitions d’écojogging.

La Coupe du monde d’écojogging

Cette activité a donné lieu à une compétition, la Coupe du monde d’écojogging, qui s’est tenue entre le 26 octobre et le 16 novembre 2019. Durant quatre samedis consécutifs, quatre équipes (Togo, Italie, États-Unis et Union européenne) se sont affrontées. C’est l’équipe européenne qui, avec 288 kg de déchets, a été sacrée championne du monde, suivie de celle des États-Unis (257 kg), du Togo (192 kg) puis de l’Italie (136 kg).

Et le concept s’étend, faisant des émules. Du Benin à Mayotte en passant par le Ghana, la Côte d'Ivoire ou le Cameroun, l’écojogging ne cesse de renaître, s’adaptant aux pays… et aux circonstances. Pour éviter la contagion au coronavirus, les écocoureurs n’oublieront pas d’observer la distance recommandée d’un mètre.

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Tags:
jogging, recyclage, Togo
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