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La pandémie du Covid-19 bouleverse l’agenda diplomatique français et, notamment, le sommet Afrique-France qui devait se dérouler à Bordeaux du 4 au 6 juin prochains. Reporté à une date ultérieure, ce sommet, très attendu par la société civile, changera également de thème. Sputnik France a recueilli les premières réactions.

La décision était attendue depuis plusieurs jours, mais elle est officiellement tombée jeudi 2 avril sous la forme d’un communiqué de l’Élysée. 

Du fait de la pandémie de coronavirus, plusieurs rencontres au sommet prévues en France en juin et juillet prochains auxquelles devaient participer de nombreux chefs d’État, notamment africains, sont reportées sine die.

«Le Sommet Afrique-France de Bordeaux ne pourra pas se tenir aux dates initialement prévues. En lien avec nos partenaires africains, le Président de la République proposera dans les jours qui viennent à ses homologues une initiative consacrée à la réponse sanitaire et économique au Covid-19 à l’échelle du continent», a précisé l’Élysée dans un communiqué publié dans la soirée du jeudi 2 avril.

Casse-tête d’agenda

Bien qu’aucune date définitive n’ait été annoncée pour l’instant, les tractations vont bon train en coulisses. Les organisateurs seraient, en effet, confrontés à un véritable casse-tête en termes d’agenda. Même si, selon des informations de presse ayant filtré, plusieurs hypothèses sont à l’étude: fin août, octobre ou novembre. Toutes posent problème en raison d’événements déjà prévus comme l’Assemblée générale des Nations unies en septembre ou bien le G20 en novembre. La tenue d’élections présidentielles prévues dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest à partir de l’automne complique encore un peu plus la donne.

Mandaté par Stéphanie Rivoal, ambassadrice et secrétaire générale du sommet Afrique-France, le Franco-Marocain Richard Attias, président exécutif de Richard Attias & Associates, a été chargé de la logistique de l’événement. Intervenant sur l’antenne de BFM Bussiness, il a déjà fait savoir qu’il était favorable à un report de tous les grands happenings mondiaux «pendant un laps de temps d’au moins deux mois», avait-il déclaré en mars. Précisant toutefois que pour lui, «rien ne peut remplacer une rencontre en tête-à-tête», ce qui laisse augurer d’un lobbying intense pour le maintien, cette année, de la réunion phare de la France avec le continent africain.

Initialement prévu pour se tenir les 4, 5 et 6 juin à Bordeaux (sud-ouest de la France), ce 28e sommet Afrique-France avait pour thème «Villes et Territoires durables», décliné en sept pôles afin d’attirer de nombreux représentants du monde des affaires et de la société civile, en plus des politiques. Désigné chef du pôle «Vivre dans la ville» avec Caroline Roussy de l’IRIS, le Franco-Béninois André Franck Ahoyo (Club 2030 Afrique) ne s’offusque pas du report décidé par l’Élysée, ni des modifications annoncées dans l’agenda.

«Le report du sommet et le changement de format au regard de la situation inédite que nous vivons actuellement s’imposaient. Cette crise sanitaire et économique mondiale rebat les cartes. Elle va nous permettre de remettre l’humain au centre du village. Face à la pandémie et à l’immensité des besoins, l’heure n’est plus aux atermoiements mais aux mesures fortes en direction de l’Afrique», a déclaré André-Franck Ahoyo au micro de Sputnik France.

Crainte pour la survie

Face à la progression fulgurante de la pandémie, l’heure est à l’entraide en France comme en Afrique et à une mutualisation des efforts. Le premier leader africain à aborder le sujet est le Président sénégalais Macky Sall. Il s’est félicité sur son compte Tweeter de l’«échange fructueux» qu’il a eu avec Emmanuel Macron. En plus de consulter régulièrement ses homologues africains, le chef de l’État sénégalais –dont le pays est l’un des plus touchés en Afrique par la pandémie– œuvre en effet pour harmoniser les plans de lutte contre le Covid-19 et, surtout, préparer l’après.

Car, en plus de l’hécatombe en vies humaines que le Covid-19 ne va pas manquer de provoquer, les conséquences économiques et sociales de la pandémie sur des pays africains déjà à la peine pour nourrir, soigner et éduquer leurs populations inquiètent au plus haut point les dirigeants. Selon une note diplomatique confidentielle, qui a commencé à circuler sur les réseaux sociaux, nombre d’entre eux craindraient pour leur survie à l’issue de cette crise sanitaire mondiale.

C’est donc tout naturellement qu’ils se tournent vers Paris pour les aider à trouver «les moyens de résilience», comme Macky Sall l’appelle subtilement de ses vœux dans son tweet. Une demande que nombre d’organisations panafricaines ont déjà formulée, quant à elles, de façon plus explicite, en réclamant une annulation pure et simple de la dette africaine pour l’ensemble du continent.

«Il y aura sans doute un après, dans cette crise. Car le virus (Covid-19) est venu nous rappeler que nous habitons, tous, la même planète et que nous sommes une seule espèce. Si l’on avait tiré les leçons de la crise Ebola [de 2004 en Afrique, ndlr] plus rapidement, peut-être que nous n’en serions pas là aujourd’hui», a déploré pour sa part le président de Digital Africa au micro de Sputnik France lors d’un récent passage sur nos antennes.

Regrettant que l’on n’ait pas suffisamment écouté les avertissements concernant la propagation de nouveaux virus, «pourtant diffusés depuis plusieurs mois», le Franco-Malien Karim Sy qui réside à Dakar (Sénégal) avait alerté pendant l’émission sur les faiblesses structurelles des États africains. En sa qualité de président de Digital Africa, une initiative voulue par Emmanuel Macron et financée en grande partie par l’Agence française de développement (AFD) et sa filière pour le secteur privé, Proparco, il devait présider le pôle «Connecter la ville» avec Jérôme Coutant (Véolia Environnement).

Concernant le report probable de ce sommet, il a toutefois émis le souhait qu’un débat sur la ville «sage» (wise city) soit maintenu. S’il préfère «wise city» à «smart city» où le numérique, certes, est roi, c’est parce que la ville du tout-technologique ne met pas forcément l’homme au centre, alors que la ville connectée devra, elle, le faire, a-t-il expliqué.

«Le thème de la Ville et territoires durables concentre tous les sujets pour se projeter demain. C’est dommage de devoir le reporter. L’ambition, toutefois, reste la même avec des délais qui sont désormais à revoir», a déclaré Karim Sy au micro de Sputnik France.

Nouvelles priorités pour la France

Avec «Choose Africa», une initiative lancée à Paris en mars 2019 pour valoriser l’entrepreneuriat en Afrique, la France souhaitait reprendre la main sur le continent. Adoubée par l’AFD pour un montant de 2,5 milliards d’euros, cette initiative consiste à accompagner financièrement 10.000 TPE/PME africaines afin de leur permettre, à terme, un passage à l’échelle.

«Ces financements seront encore plus utiles après qu’avant et j’espère qu’ils seront maintenus», commente Karim Sy.

En plus de favoriser la santé, l’entrepreneuriat privé et l’innovation, la France a montré qu’elle voulait, aussi, donner la priorité à l’environnement. Le maintien du Congrès mondial de la nature de Marseille, reporté au premier trimestre 2021, en est un bon exemple. Ce report s’est fait «en accord avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN)», comme le souligne l’Élysée.

«Les liens très étroits entre la protection de l’environnement, de la biodiversité, la lutte contre le changement climatique et les enjeux sanitaires –au cœur des priorités de la France– seront fortement réaffirmés autour d’un agenda d’actions concrètes», précise le communiqué de l’Élysée.

C’est aussi un enjeu crucial pour l’Afrique qui est frappée de plein fouet par le réchauffement climatique. Par ailleurs, en accord avec ONU Femmes, le Forum génération égalité de Paris est également reporté au premier semestre 2021.

«La France mettra à l’honneur l’engagement de toutes celles, notamment les soignantes, qui se battent aujourd’hui contre l’épidémie partout dans le monde et auxquelles nous adressons nos pensées et notre soutien», ajoute le communiqué de l’Élysée.

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