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Qu’est-ce qui attend la Libye après que Khalifa Haftar a annoncé lundi sa sortie de l’accord politique conclu en 2015 et qui a débouché sur la formation du gouvernement d’union nationale? Ce pays déstabilisé depuis 2011 se transformera-t-il en un État géré par les militaires? Sputnik a donné la parole à des personnalités politiques locales.

Après que Khalifa Haftar a annoncé son retrait de l’accord politique, le gouvernement d’union nationale libyen a exporté les députés de l’est à se ranger de son côté. La configuration qui se dessine soulève une série de questions quant au développement ultérieur de la situation dans le pays.

Mettre fin à l’anarchie

Évaluant la décision du maréchal Haftar, le chef du comité parlementaire en charge de la défense et de la sécurité, Talal al-Mihoub, souligne qu’il la soutient entièrement et estime qu’il était temps de renoncer à l’accord de Skhirat.

«L’armée est capable de chasser les terroristes du pays et de faire de l’ordre dans la vie politique de manière plus rapide et plus efficace. Le gouvernement d’union nationale n’a pas réussi à sortir du chaos. Le parlement ferait mieux de se démettre de ses fonctions et de soutenir l’initiative. Il est nécessaire de changer les choses de toute urgence, sinon l’anarchie ne s’arrêtera pas», a-t-il déclaré.

Un pas vers des élections constitutionnelles?

Pour sa part, Othman Baraka du Front populaire pour la libération de la Libye estime que la démarche entreprise par Haftar permettrait de tenir un vote constitutionnel sous l’égide de l’Onu.

«Le gel de l’accord de Skhirat contribue à la dissolution du gouvernement d’union. Ainsi, sera résolue la principale question à problème: sous l’égide de l’Onu, on pourra tenir des élections parlementaires panlibyennes».

Et de souligner que le gouvernement n’était même pas en mesure de s’entendre au niveau de ses membres. «Donc la démarche de Haftar était correcte», explique-t-il.

Il n’exclut pourtant pas que la situation puisse se compliquer.

«Premièrement, dans la situation actuelle, de telles forces peuvent entrer au parlement de Tripoli, et ne contribueront finalement qu’aux processus de séparation du pays. Deuxièmement, l'armée ne peut tout de même pas imposer son contrôle sur la partie ouest du pays et cela menace également d'enraciner la scission», a fait noter l’homme politique.

Politique digne des années 1970

Mohammed Moazeeb, du Haut Conseil d'État, ne voit rien d’étonnant dans les déclarations de Khalifa Haftar au sujet du transfert du pouvoir aux mains de l’armée.

Il estime que le maréchal avait aspiré au pouvoir après la chute de Kadhafi. «Il a dit à maintes reprises que la différence entre "Kadhafi et moi ne réside que dans le fait que je suis meilleur que lui". Donc ses actes ne sont pas étonnant grosso modo», relève-t-il.

Selon lui, Haftar «est désespérément coincé dans les années 1970, lorsqu’on pouvait s’emparer du pouvoir de cette manière. Mais maintenant, à l’époque des réseaux sociaux, ce n’est plus possible».

Il juge que Haftar ne fera que perdre en popularité auprès des Libyens. «Il me semble que l’Armée nationale libyenne essaie de détourner l’attention de ses propres échecs à Tripoli. Mais cette illusion de suprématie absolue de Haftar ne fera qu’empirer les choses et plongera le pays dans un chaos encore plus important».

Mohammad al-Qiblawi, le porte-parole de la diplomatie du gouvernement d’union nationale, a déclaré qu’il était tout simplement impossible de renoncer aux accords de Skhirat, ces derniers servant de base au système de règlement de la crise libyenne.

«Les clauses de l’accord de Skhirat ont été inclues à la déclaration constitutionnelle qui a été soutenue par une majorité absolue des Libyens. Le geler unilatéralement et annoncer la suprématie de l’armée est tout simplement criminel. Nous avons garanti au peuple le départ du régime militaire et totalitaire», a-t-il affirmé.

Et d’estimer que la décision était «illégale».

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Tags:
accord, Khalifa Haftar, Libye
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