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Au Burkina Faso, le Covid-19 n'en finit pas de faire des vagues. Entre la polémique autour du décès de la députée Rose Marie Compaoré, le limogeage du coordonnateur national de lutte contre la maladie ou encore la levée des mesures de restriction, «la crise de confiance entre les populations et le gouvernement semble totale». Décryptage.

La deuxième vice-présidente de l’Assemblée nationale du Burkina Faso est-elle réellement décédée du Covid-19, comme annoncé par les autorités? Cette question, qui interroge et choque au plus haut point dans le pays, est au cœur d’une vive polémique ces dernières semaines.

Admise le 16 mars au CHU de Tengandogo à Ouagadougou, la députée Rose Marie Compaoré –membre du bureau exécutif de l'Union pour le progrès et le changement (UPC, principal parti d’opposition)– qui avait des antécédents de diabète, succombait le lendemain, officiellement du Covid-19.

Ce décès devait faire de la parlementaire la première victime de la maladie en Afrique subsaharienne.

Seulement, un journaliste d’investigation local ainsi que l’époux de la défunte ont remis en cause la thèse du décès lié au Covid-19: «Ma femme n’a passé que quelques heures à l’hôpital, comment ont-ils pu lui détecter le Covid-19 alors qu’on nous a toujours dit qu’il fallait 72h pour pratiquer un test valide, et que le médecin traitant a confirmé qu’aucun test n’avait été effectué», a déclaré Amado Compaoré, s’exprimant sur une chaîne de télévision burkinabè.

Moussa Zerbo, député et porte-parole de l’UPC, aborde avec Sputnik les détails de l’affaire, avec non moins de suspicions.

«La déclaration du décès présumé de l’honorable Rose Compaoré du Covid-19 a été faite sans aucune preuve matérielle. Son corps a été remis à sa famille qui s’est occupée de sa toilette jusqu’à son enterrement. Aucune mesure barrière n’a été observée durant cette étape. Et pourtant, à ce jour, aucun des membres de la famille qui ont participé à ces soins post-mortem n’a contracté la maladie. Il en est de même des membres de notre groupe parlementaire, dont moi, qui sommes en contact permanent avec les proches depuis le début.»

Devant la vague d'indignation et d'interrogations soulevée, la ministre de la Santé Claudine Lougué reconnaît avoir été induite en erreur par ses collaborateurs. Pour le gouvernement, il s’agit d’une affaire «suffisamment grave» pour laquelle des «investigations se poursuivent». En attendant, le professeur Martial Ouédraogo, coordinateur national de lutte contre le Covid-19, a été limogé le 29 avril en Conseil des ministres.

Moussa Zerbo, en croisade contre un «mensonge d’État»

Régulièrement tenu informé de tous les détails entourant le décès par l’époux de la défunte, le député Moussa Zerbo est celui qui a interpellé le gouvernement lors d’une plénière à l’Assemblée nationale, le 21 mars.

«La ministre de la Santé a alors ouvertement menti, annonçant être en contact avec la famille et que celle-ci avait bénéficié d’un accompagnement moral et sanitaire qui a consisté en la désinfection de la cour familiale. J'ai à mon tour apporté un démenti devant tous. Toute chose qui a confondu la ministre et l’a poussée à m’approcher en fin de plénière pour prendre mon numéro de téléphone afin d’organiser une visite à la famille», a-t-il poursuivi.

Au lendemain du limogeage du professeur Martial Ouédraogo, l’UPC a exigé, plutôt, la démission de la ministre de Santé, ainsi que des «excuses officielles du gouvernement devant la représentation nationale et à tout le peuple burkinabè».

Pour Chrysogone Zougmoré, le président du Mouvement burkinabé des droits de l'homme et des peuples (MBDHP), la démission de la ministre de la Santé aurait même dû intervenir depuis longtemps.

«En matière de responsabilité, c’est le sommet qui doit assumer. Même s’il s’avérait que la lourdeur de la faute repose sur les épaules du professeur Martial Ouédraogo, le principe aurait voulu que la ministre de la Santé présente sa démission. Que l’exécutif aille mentir devant la représentation nationale est un fait extrêmement grave», a-t-il déclaré.

Une crise de confiance profonde

De l’avis de Chrysogone Zougmoré tout comme de Moussa Zerbo, il ne fait aujourd’hui plus aucun doute que la confiance entre le gouvernement et l’opinion publique est rompue. Et la responsabilité en incombe entièrement aux autorités, qui ont «très mal pris en charge cette crise sanitaire depuis le début».

«D'abord, il y a eu une rétention d’information car le premier cas officiel n’a pas été annoncé sitôt enregistré. Ensuite, lorsque le coronavirus s’est implanté dans le pays, les populations n’ont pas été clairement informées de l’ampleur et la gravité de la situation sanitaire. On en arrive à se demander si tout ce qui se passe depuis ne répond pas à des calculs électoraux avec la présidentielle qui approche», soupçonne Chrysogone Zougmoré.

Pour de nombreux internautes burkinabè s’exprimant ouvertement sur les réseaux sociaux, l’affaire du décès de la députée vient remettre en question tout ce que le gouvernement a pu donner comme informations à ce jour. «Le gouvernement a tellement dit de mensonges que de plus en plus de personnes doutent de l’existence de la maladie», a-t-il poursuivi.

Moussa Zerbo estime que la crise de confiance se traduit par la défiance actuellement observée pour en finir avec les restrictions des libertés prises pour lutter contre le Covid-19, qui a généré au 7 mai 50 décès et 126 contaminés actifs.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement a décidé le 5 mai d’alléger les restrictions de liberté en vigueur depuis le 15 avril. Cette décision, selon les autorités, est «motivée par l’adhésion de l’ensemble des acteurs dans la lutte contre la pandémie et le caractère sensible de la situation économique du Burkina Faso».

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Tags:
politique, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, confiance, Burkina Faso
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