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À une semaine d’un triple scrutin au Burundi, dont une présidentielle, la dernière ligne droite s’annonce intense. Le pays n’arrive pas à sortir du climat de violences qui y règne depuis presque 60 ans. Une situation qui ne devrait guère s’améliorer à l’approche des élections.

Malgré la pandémie, les élections auront bien lieu dans une semaine au Burundi. Le pays ne compte officiellement que 15 cas et un seul décès grâce à «la protection divine», selon les autorités burundaises. Mais l’absence de statistiques interroge. Les autorités promettent des élections démocratiques sans recours possible à la violence, alors que la communauté internationale met en place des mesures de prévention pour essayer d’éviter le scénario de 2015.

Des violations inévitables

La situation commence à se tendre. Et pour cause, l’opposant principal Agathon Rwasa pointe la mauvaise organisation des élections par la commission électorale dans une lettre envoyée au président de la Céni dont RFI a pris connaissance. Tout espoir d’avoir des élections dignes d’un pays démocratique se brise contre «l’histoire tragique du Burundi», estime Evgeny Korendyasov, directeur du Centre de recherches sur les relations russo-africaines à l’Académie des sciences de Moscou, et ex-ambassadeur russe au Mali, au Burkina Faso et au Niger.

«Le Burundi a une histoire extrêmement compliquée depuis 56 ans, c’est-à-dire depuis son indépendance. Un tel niveau de violence est rare, quel que soit le pays africain. Deux guerres civiles avec un nombre terrifiant de victimes, cinq tentatives de coup d’État. Je suis quasiment sûr qu’il va y avoir des violations du processus électoral, car c’est "une vraie bagarre pour le pouvoir" et le pouvoir au Burundi est un des instruments d’enrichissement des élites et d’exécutions de leurs ambitions.»

Un systéme électoral qui ne correspond pas «à la réalité africaine»

Des violences récurrentes qui résultent de l’addition de plusieurs facteurs. D’après Evgeny Korendyasov, elles ne peuvent être expliquées par le seul affrontement ethnique qui oppose les Tutsi et les Hutu. Il ne faut pas oublier que le Burundi rencontre un grand nombre de problèmes sociaux et économiques. C’est «un petit pays avec une grande population, dont la densité est deux à trois fois supérieure à celle de la France. Si en 1930, il y avait 106 personnes à nourrir au kilomètre carré, ils sont aujourd’hui plus de 700». Et cette population a besoin d’un modèle électoral adapté à la réalité de son pays:

«Ce qui important, c’est de ne pas copier le système électoral occidental qui ne correspond absolument pas à la réalité africaine, y compris burundaise. La démocratie est impensable à ventre creux».

L’opposition burundaise «n’a aucune chance»

Quel duel attend le 20 mai les deux principaux candidats: le général Evariste Ndayishimiye du Cndd-FDD (parti au pouvoir) et Agathon Rwasa du CNL qui représente l’opposition et gagne en popularité auprès des Burundais. Mais l’opposition ne fait pour le moment pas le poids même si Agathon Rwasa montre une forte combativité et promet à ses électeurs "un Burundi pour tous". Le directeur du Centre de recherches sur les relations russo-africaines à l’Académie des sciences de Moscou considère que dans une semaine l’opposition «ne sera pas encore prête» pour affronter Evariste Ndayishimiye soutenu par le pouvoir actuel.

«Le président actuel, Pierre Nkurunziza, est au pouvoir depuis 2005. Et son protégé pourrait bien être propulsé. Donc évidemment, il y aura des mécontents et les violences après les élections sont très probables. Et qui est Evariste Ndayishimiye? Un général, un militaire, donc il faudra s’attendre à un régime autoritaire. L’armée et toutes les forces de l’ordre sont à ses côtés.»

Une vague des violences pourrait «dépasser les frontières»

Le triste exemple des élections 2015 au Burundi reste dans les mémoires, quand le troisième mandat de Pierre Nkurunziza a causé une vague de violences. Evgeny Korendyasov redoute une possible propagation des violences en dehors du Burundi:

«Le plus grand danger est que les violences dépassent les frontières du pays. Le Rwanda est lié par les ethnies avec le Burundi, et par conséquent avec l’Ouganda. Mais ils sont surtout à la frontière avec la République démocratique du Congo où la situation est instable dans l’est du pays. Donc les résultats de ces trois scrutins ont une importance régionale. Le Burundi est observé par l’Union africaine et par l’Onu qui préparent déjà des mesures de prévention pour ne laisser aucun risque génocidaire, qui demeure réel».

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