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Dans le juteux marché de la coupe de bois clandestine en vigueur sur les flancs sud et sud-est du Sénégal, traquer un jeune bûcheron attiré par l’appât du gain semble plus abordable pour des gardes forestiers que débusquer les gros bonnets et groupuscules politiques qui ont élevé cette activité à un niveau industriel.

La scène se passe quelque part au Sénégal, c’est ce que l’on peut déduire des uniformes que l’on aperçoit sur la vidéo et des échanges en wolof et pulaar que l’on entend. Poursuivi par des gardes forestiers après avoir été surpris en train de couper du bois, un jeune homme a préféré se réfugier sur un arbre. Cela n’arrête pas les gardes dans leur traque du présumé trafiquant de bois. Sans hésiter, ils adoptent une solution originale, mais brutale: couper l’arbre et contraindre le fugitif à se livrer. À tour de rôle, avec une hache bien tranchante, ils s’y mettent avec de l’énergie et surtout avec une rage qui promet l’enfer au jeune homme. Celui-ci aura certainement été pris…

L’abattage clandestin d’arbres est au cœur du trafic de bois dans les forêts sénégalaises, notamment dans le sud et le sud-est du pays. Une récente enquête de la BBC a révélé que 300.000 tonnes de bois de rose ont été exportées à partir de la Gambie vers la Chine depuis l’arrivée au pouvoir du Président Adama Barrow en janvier 2017. 

Haïdar El Ali, ancien ministre sénégalais de l’Environnement et activiste écologiste, soutient, lui, que 10 millions de troncs ont été abattus au Sénégal entre 2010 et 2019.

«Le trafic est devenu inquiétant à partir des années 2010 quand les Chinois s’y sont intéressés. [Après avoir] pillé tout le bois de rose de Madagascar et d’autres pays, ils sont maintenant en Afrique de l’Ouest et dévastent littéralement nos forêts», avait indiqué l’activiste écologiste dans l’enquête de la BBC précitée.

L’épicentre de ce trafic reste la région naturelle de Casamance, considérée comme le grenier agricole potentiel du Sénégal. L’enjeu financier du bois suscite de grandes convoitises qui finissent parfois en drame. Ainsi, en janvier 2018, 14 jeûnes bûcherons «ont été sauvagement exécutés» dans la forêt de Boffa-Bayotte par des membres présumés du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC-mouvement sécessionniste), d’après les premiers éléments de l’enquête judiciaire qui se poursuit.

Considéré naguère comme tirant profit lui-même de l’exploitation clandestine du bois sénégalais, l’ex-Président gambien Yahya Jammeh passait également pour le parrain protecteur des coupeurs de bois. Ce secteur économique semblait d’ailleurs constituer une des sources de financement des activités politiques et sociales développées par le MFDC, notamment à l’endroit des familles de ses militants ou responsables morts ou disparus.

Des milliers de troncs d’arbres stockés en territoire gambien et filmés par un drone.

Dans l’émotion née de la tragédie de Boffa-Bayotte, le Président Macky Sall avait décrété la suspension de toutes les autorisations de coupe du bois. Par la suite, à l’issue du deuxième conseil présidentiel conjoint sénégalo-gambien de mars 2020, il avait aussi annoncé un durcissement de la loi pénale contre les coupeurs et trafiquants clandestins de bois.

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trafic, bois, Sénégal
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