Afrique
URL courte
Par
0 34
S'abonner

Ils sont de plus en plus nombreux à se présenter au Cameroun comme coachs en développement personnel. Formés ou improvisés, ils prétendent changer les destins au moyen des enseignements qu’ils prodiguent. Alors que la filière explose et suscite des vocations, il s’avère souvent difficile de distinguer le bon grain de l’ivraie.

Formés dans de grandes académies ou sur le tas, les acteurs d’une nouvelle discipline pullulent à tout bout de champ. Ces derniers prétendent détenir les formules miracles pour conduire leurs ouailles vers le succès. Il s’agit des coachs en développement personnel.

Au Cameroun, leurs séances de coaching sont de plus en plus suivies. Dans des salles de conférences d’hôtels ou dans de grands espaces dédiés aux manifestations, les coachs réunissent très souvent avec réussite des dizaines, voire des centaines, de curieux qui à l’occasion viennent écouter «la bonne nouvelle». Des modules autour de la confiance en soi aux techniques de management en entreprise en passant par la prise de parole en public, ces spécialistes de l’accompagnement usent de leur maîtrise de l’art oratoire et des ateliers pratiques pour faire passer leur message.

Pour une séance grand public, il faut acquitter entre 5.000 et 25.000 francs CFA la place (7 à 38 euros) en fonction de la notoriété des coachs. Certaines entreprises déboursent jusqu’à 5 millions de francs CFA (7.600 euros) pour l’accompagnement des équipes. Des montants alléchants qui font forcément naître des vocations et suscitent la controverse autour des profils.

Patrick Meyo est coach certifié John Maxwell Academy. Pour lui, le coach est d’abord «une personne qui accompagne et qui est un rétroviseur pour le développement de la personne accompagnée».

«Il n’est pas là pour faire le boulot à la place de la personne coachée. Il attire son attention sur un certain nombre de choses en fonction des objectifs qui ont été fixés. Le coach stimule des talents dormants», précise-t-il à Sputnik.

Autrefois responsable marketing dans la filiale camerounaise d’une multinationale américaine, et actuellement à la tête de Market Insight, son propre cabinet en coaching et développement personnel et professionnel, Patrick Meyo s’inspire de ses expériences et surtout de sa formation pour transformer des vies et susciter des vocations. La cinquantaine derrière lui, il a déjà formé, à ce jour, un nombre incalculable de personnes issues de toutes les catégories sociales.

Jesse Happy Ndongo, le mentor camerounais qui veut changer les mentalités
© Photo. Jesse Happy / Jesse Happy Ndongo, le mentor camerounais qui veut changer les mentalités

«J’ai formé des enfants, des familles, des directeurs généraux, des hommes politiques, des étudiants et de jeunes entrepreneurs. Ma satisfaction réside dans la transformation de la personne coachée. Cependant, en Afrique, il y a encore du chemin à faire, les gens ont besoin d’être accompagnés», estime-t-il.

À l’instar de Patrick Meyo, et bien avant ce dernier, des coachs reconnus ont réussi à s’imposer comme référence dans le domaine. Roland Kwemain, l’un des pionniers de l’activité au Cameroun et fondateur du cabinet Go Ahead Africa, spécialisé en leadership et management, est depuis quelques années au service des chefs d’entreprise et des jeunes entrepreneurs.

«Nos formations s’adressent à un public de professionnels, top and middle management en présentiel ou online. Les prix se négocient en fonction de la durée et des problématiques», confie le coach à Sputnik.

Avec ce cabinet, le chantre du développement personnel et le tout premier président noir de la jeune chambre internationale (JCI) organise chaque année, à Yaoundé, l’Académie camerounaise du leadership –un événement au cours duquel il initie des milliers de jeunes à la culture du leadership– et depuis quelque temps à Douala une rencontre du même acabit, les Impactalks.

«Notre activité est à fort impact sociétal. Pour nos formations Impactalks par exemple, nous avons réuni entre février 2019 et aujourd’hui [mai 2020, ndlr] 4.000 participations en présentiel venant de 84 entreprises, plus de 100.000 online, plus de 50 entrepreneurs locaux made in Cameroun», renseigne-t-il.

Un besoin réel?

Ce besoin n’est plus seulement le propre des adultes. Les enfants aussi sont concernés et ce, au premier chef, selon Joseline Kouwo, coach de vie. À la tête du centre de coaching pour enfants dénommé Enfants d’excellence, cette dernière, approchée par Sputnik, «s’est retrouvée en train de coacher des adultes africains déjà figés dans leur mentalité qui ne voulaient pas mettre le travail nécessaire mais espéraient avoir des résultats immédiats», regrette-t-elle.

«Maintenant, je suis principalement centrée sur les enfants. Je donne des ateliers qui leur sont destinés deux fois par semaine, histoire de leur permettre de découvrir leur potentiel, leur confiance en soi», relate-t-elle.

Si les services de ces coachs sont de plus en plus sollicités, c’est parce que la demande est réelle. Avides de réussite, de jeunes entrepreneurs sont prêts à tout tenter. Souvent butés face au défi qu’ils se lancent, ils ont recours aux coachs pour transcender leurs limites et réaliser leurs rêves.

Landry Feukam, jeune entrepreneur à la tête de la start-up de la logistique urbaine easydeliveryen en a fait l’expérience. Aujourd’hui coach, entrepreneur et auteur du livre Change et tout changera, il doit sa résistance dans les affaires, dit-il, à ses mentors en développement personnel et professionnel.

«J’ai suivi des formations en développement personnel quand il a fallu me mettre à l’entrepreneuriat en 2016. En 2018, j’ai connu des difficultés énormes. Je peux vous dire que j’y aurais laissé des plumes si je n’étais pas bien outillé en développement personnel. J’ai appris à développer la confiance et à être productif grâce au coaching», relate le jeune entrepreneur à Sputnik.

Si cette discipline a fait ses preuves dans la vie de beaucoup, d’autres observent quelques réserves quant à la capacité du coaching à apporter une plus-value à la carrière des clients. Pour Hugues Martial Ngomeni, responsable trade marketing dans une agence d’immigration qui a souvent participé aux séances de coaching, il est difficile de démêler le faux du vrai tant n’importe qui s’improvise coach aujourd’hui.

«Au début, les coachs en développement personnel étaient des gens qui avaient fait leurs preuves dans leur domaine. Mais avec l’évolution des choses, c’est devenu du tout-venant. On remarque, par exemple, qu’il y a des gens qui n’ont jamais travaillé de leur vie qui veulent enseigner aux autres comment trouver du travail ou être productifs au travail», s’indigne-t-il, dans une déclaration à Sputnik.

Démêler le vrai du faux

Qui est coach, qui ne l’est pas? Le succès de ce métier attire du monde. Coach de vie, facilitateur, transformateur de potentiel… beaucoup se présentent sous diverses casquettes. Parfois sans que l’on puisse fixer la trace de leur parcours académique. Devenir coach sur le tas? Makan Makan, formé dans une école, dit à Sputnik que c’est possible.

«On peut bien devenir coach sans forcément passer par une formation. Le coaching, c’est aussi la somme des savoirs et des expériences. Le plus important, c’est le résultat», considère-t-il.

Comment comprendre le succès de cette discipline? Pour le Pr. Messanga Gustave, enseignant de psychologie sociale à l’université de Dschang au Cameroun, «la réussite du coaching est due en partie au fait qu’il y a une nouvelle race d’entrepreneurs, startuppeurs spécialisés dans l’économie numérique qui sont inspirés par des modèles de management américain».

«Il est donc possible que les hommes d’affaires de la nouvelle génération au Cameroun aient recours à cette technique pour augmenter leur potentiel», commente l’expert à Sputnik.

Mais face à la montée en puissance des coachs de tout bord qui vendent des illusions en faisant miroiter à leurs disciples des richesses faciles, l’expert estime que, «comme pour toute discipline, il faut une formation pour quiconque veut devenir coach en développement personnel».

«Mais comme c’est une activité de service, beaucoup promettent monts et merveilles pour être attractifs. Or, le développement personnel n’est pas de la magie. Il s’agit d’aider ceux qui font face aux obstacles d’ordres psychologique, sociologique ou anthropologique à libérer leur potentiel. Ceux qui n’ont pas cette capacité doivent éviter la publicité mensongère», pense l’expert.

Seulement loin d’être une tendance, le coaching en développement personnel est devenu un besoin, à en juger par le nombre de personnes qui y ont recours. C’est un refuge pour des Camerounais en quête d’accomplissement, dans un contexte où réussir sur le plan socioprofessionnel exige souvent des aptitudes exceptionnelles.

Lire aussi:

Didier Raoult répond à l’AP-HP qui l’avait accusé de «faux témoignage»
Covid-19: la deuxième vague, une fiction?
Cet aliment contribuerait au vieillissement des artères et à l’apparition de maladies cardiaques
Tags:
formation, développement, coaching, Cameroun
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook