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À l’occasion du 75e anniversaire de Laurent Gbagbo, les internautes se sont livrés, dans un esprit bon enfant et le plus souvent avec humour, à une bataille de popularité qui a opposé l’ancien président ivoirien à son successeur Alassane Ouattara. Et à ce jeu, le premier semble incontestablement l’emporter sur le second

Laurent Gbagbo a fêté ce 31 mai son 75e anniversaire, loin de sa terre natale, comme cela est systématiquement le cas depuis 2011.

Tous les ans, ses partisans mais aussi de nombreux autres Ivoiriens et Africains, ont célébré l’évènement sur les réseaux sociaux. Et 2020 a, encore une fois, été l’occasion de jauger la popularité de celui qui fut le plus célèbre pensionnaire de la Cour pénale Internationale (CPI).

Plus que jamais populaire

Déjà évidente lors de son mandat présidentiel, la popularité de Laurent Gbagbo s'est manifestement renforcée au fil de ces années de procès devant la CPI. Et le rayonnement de celui qui est désormais considéré par certains comme une icône africaine au même titre que Thomas Sankara ou Patrice Lumumba, a depuis longtemps largement dépassé les frontières de la Côte d'Ivoire.

Toute la journée du 31 mai, l’ancien chef de l’État ivoirien a été au cœur des réseaux sociaux en Côte d’Ivoire. Les publications à son honneur où qui l’ont simplement mentionné ont parfois drainé des dizaines de milliers de likes et commentaires.

Et même quand une publication était loin de le concerner, il s’en trouvait toujours quelques internautes pour venir lui souhaiter un joyeux anniversaire en commentaire.

Face à cette déferlante, les partisans d’Alassane Ouattara ont, tout naturellement, tenté de réagir. Et l’une de leurs stratégies a été d’opposer à l’image omniprésente de Laurent Gbagbo, celles des réalisations de leur champion, qui jouit d’une solide réputation de bâtisseur.

Alors que la côte de popularité de Laurent Gbagbo s’est renforcée ces dernières années, celle de son grand rival politique Alassane Ouattara a pris un coup au gré, entre autres, des interpellations voire emprisonnements d’opposants, ainsi que des démêlées de ce dernier avec son ex-poulain Guillaume Soro, qui l’a ouvertement accusé d’être le commanditaire du coup d’État manqué de 2002 contre Laurent Gbagbo, qui s’était mué en rébellion armée.

Un retour avec une «aura de martyr»

Après huit années de procédure, l’audition de 82 témoins, 231 journées d’audience et des milliers de pièces (notamment des documentaires et vidéos), Laurent Gbagbo et son ex-ministre de la Jeunesse Charles Blé Goudé, ont été acquittés le 15 janvier 2019. Les deux coaccusés étaient poursuivis par la CPI pour des charges de crimes contre l’humanité (meurtres, viols, autres actes inhumains, ou tentatives de meurtre et actes de persécutions) qui auraient été commis lors des violences postélectorales en Côte d’Ivoire entre le 16 décembre 2010 et le 12 avril 2011.

Cette crise postélectorale s’était déclenchée après que le Président sortant, Laurent Gbagbo, reconnu vainqueur par le Conseil constitutionnel, et Alassane Ouattara, reconnu également comme tel par la Commission électorale indépendante, ont chacun revendiqué la victoire à l’élection présidentielle de novembre 2010.

Depuis leur acquittement, et dans l’attente de l’examen de l’appel de la procureure Fatou Bensouda, Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé étaient en liberté conditionnelle avec impossibilité de quitter Bruxelles et La Haye, où l’un et l’autre sont en résidence.

Mais avec la levée de certaines restrictions décidée par le 28 mai par la Cour, ils sont désormais libres de tout mouvement et peuvent, en théorie, s’ils le souhaitent, et à quelques mois de la présidentielle, regagner la Côte d’Ivoire, si ce pays accepte bien de les recevoir. Sauf que, dans la pratique, cela pourrait s’avérer compliqué car, tous les deux ont été condamnés en Côte d’Ivoire par contumace à 20 ans de prison.

Interrogé par la chaîne de télévision RT, Sylvain Nguessan, directeur de l’Institut de stratégies d’Abidjan estime que dans la mesure où Laurent Gbagbo et Charles Blé Goudé souhaiteraient regagner leur pays, les autorités ivoiriennes gagneraient à le leur permettre.

«L'article 12 de la Constitution ivoirienne dispose qu'aucun Ivoirien ne peut être contraint à l'exil. S'ils demandent à rentrer en Côte d'Ivoire, ils devraient rentrer. Bien sûr, il y a eu le procès en novembre 2019 où ils ont été condamnés à vingt ans de prison. Mais à quatre mois de la présidentielle, le pouvoir d'Abidjan gagnerait à privilégier la recherche du compromis. Des solutions politiques, de sorte à éviter que la rue reprenne du service pour ce genre de questions», a-t-il déclaré.

Quoiqu’il en soit, pour l’analyste politique Sylvain Nguessan, c’est avec une «aura de martyr» que Laurent Gbagbo reviendrait en Côte d’Ivoire.

«Le président Gbagbo revient avec son aura de martyr. Il y a tout un mythe a été bâti autour de sa personne. Laurent Gbagbo qui aurait vaincu la Françafrique, qui aurait survécu aux bombes du Président Nicolas Sarkozy, qui aurait triomphé de la CPI, qui aurait déjoué tel et tel complot international. Pour son camp c'est du pain bénit. Pour le camp d'en face, bien évidemment, ça trouble un peu les calculs», a-t-il poursuivi.

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Tags:
Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, Laurent Gbagbo
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