Afrique
URL courte
Par
573
S'abonner

Les manifestations de rue qui se multiplient à Bamako permettront-elles à la compagnie d’électricité nationale de venir à bout d’une crise structurelle et récurrente? De mémoire des Maliens, jamais la crise de l’électricité, matérialisée par d’interminables séquences de délestage, n’avait connu une telle ampleur.

Sabalibougou, petit quartier défavorisé du centre-ville de Bamako. Il est 21h, ce lundi premier juin. La quinzaine d’habitants de la famille Traoré n’a pas dérogé à la règle après la forte canicule qui s’est abattue sur Bamako et une électricité coupée depuis 18h: il faut passer la nuit dehors, à la belle étoile.

Sans un au moins ventilateur, impossible en effet de fermer l’œil, dans un bâtiment bombardé toute la journée par les rayons d’un soleil ardent. Mais que faire quand il n’y a pas d’électricité le soir?

Ce décor préoccupant est pratiquement le même partout à travers le pays depuis fin février 2020. Les 300.000 abonnés de la compagnie d’électricité Énergie du Mali (EDM) broient du noir. Pour les petites activités qui ont besoin de courant, c’est une période de vaches maigres.

Crise récurrente

Cela fait donc trois mois que la fourniture en électricité des ménages et des entreprises est sérieusement perturbée au Mali. La société Énergie du Mali, vieille de 60 ans, est dans une tourmente sans précédent. Suite aux délestages et à une présumée mauvaise gestion, les appels à la démission des responsables et même du ministre de l’Énergie se multiplient.

Ainsi, plus une semaine ne se passe sans que des abonnées ne battent le pavé. Motif: exiger qu’EDM respecte sa part du contrat.

En temps normal, la société ne fait pas de cadeau aux abonnés sur leurs impayés. Une raison supplémentaire pour les abonnés d’enfoncer le clou. La direction générale de la société, explique à Sputnik: 

«Le réseau de distribution est soumis à de rudes épreuves pendant la période de canicule, occasionnant de multiples incidents pour lesquels les équipes de dépannage sont constamment sollicitées.»

Des arguments aussitôt battus en brèche par des manifestants déterminés à ne plus vouloir entendre les excuses constamment présentées par la société.

Les manifestations spontanées, qui s’organisent depuis les réseaux sociaux, sont de plus en plus régulières dans Bamako et même à l’intérieur du pays. «Si vous en avez marre de ces coupures d’électricité, rejoignez-nous pour une synergie d’actions», indique un slogan virtuel appelant à la mobilisation générale.

Le collectif baptisé «Kuranko» (affaire de courant) multiplie les initiatives derrière des slogans accrocheurs. Il a mobilisé une centaine d’abonnés lors de son sit-in du 28 mai avant de prendre d’assaut le siège de la société, sis au quartier du fleuve à Bamako.

Pour les manifestants, si tous les ans entre et juin, les villes maliennes subissent des coupures intempestives d’électricité, jamais les délestages n’avaient connu une telle intensité.

Saupoudrage et injustice

Pour contenir les manifestations d’humeur face à la crise de l’électricité, les hautes autorités maliennes ont dégainé «la mesure présidentielle pour la gratuité de l’électricité». «Quelle gratuité pour une électricité qui n’est pas fournie», ironisent certains abonnés.

Cette mesure annoncée par le Président de la République suite à l’annonce fin mars des premiers cas de Covid-19, prévoit que les abonnés «sociaux» recevraient une tranche gratuite de 100 KW et l’ensemble des abonnés le remboursement de la TVA. Si elle semble effective et appliquée à certains abonnés, elle ne l’est pas pour d’autres, qui crient à l’exclusion et à l’injustice.

Un autre aspect de la crise consiste dans le fait –curieux– que les délestages n’atteignent pas certaines cités résidentielles, triées sur le volet, hébergeant de hauts responsables politiques et administratifs. Ceux-là semblent en partie exemptés des déboires que connaissent l’ensemble des quartiers de Bamako et de l’intérieur du pays. Moussa Kassambara, responsable du service chargé de sevrer les abonnés d’EDM ayant cumulé plus de deux mois d’arriérés, confie a Sputnik:

«Je suis toujours interpellé et empêché, séance tenante, à chaque fois que j’émets un avis de coupure visant un gros bonnet de la République. Quand bien même il s’agit souvent d’arriérés se chiffrant à des millions de FCFA» [1 million CFA = 1.500 euros environ, ndlr]

Une situation qui scandalise certains abonnés, qui crient à l’injustice. «Quand il s’agit des abonnés aux revenus moyens, qui paient par mois l’équivalent de 10 ou 20 euros, ils sont automatiquement sevrés d’électricité après cumul de plus de deux factures non réglées», regrette Zoumana Traoré, un ancien abonné d’EDM, qui a migré récemment vers l’énergie solaire.

​De toutes les réflexions soumises à Sputnik pour expliquer la crise, la thèse de la mauvaise gouvernance et l’absence de ressources humaines qualifiées prend le dessus chez plusieurs observateurs, qui trouvent inconcevable le phénomène des délestages.

«Le pays compte environ 10 centrales hydroélectriques. Ce qui n’est pas à sous-estimer. Seulement voilà, ces potentialités en eaux ne sont pas utilisées avec efficience pour pallier les délestages que le pays connait actuellement», souligne Amadou N’Daou, ingénieur en électricité.

Lire aussi:

Éboulement sur un chantier: un mort, le trafic TGV de Montparnasse interrompu
L'armée syrienne repousse une attaque aux missiles de l'aviation israélienne près de Damas
Poutine: la Marine russe a des armes sophistiquées «qui n’ont toujours pas d’équivalent dans le monde»
Le nombre de cas quotidiens de Covid-19 en baisse en France
Tags:
manifestation, Mali
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook