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Le Togo continue de privatiser ses sociétés d’État. Après ses entreprises de télécommunications, c’est le tour de la Nouvelle société cotonnière du Togo. En plénière fin juin, l’Assemblée nationale a autorisé le gouvernement togolais à engager le processus de dénationalisation de ce groupe. La société civile se déchaîne.

Des voix continuent de s’élever dans la société civile togolaise depuis le vote à l’unanimité, fin juin, par les députés autorisant le gouvernement togolais à privatiser la Nouvelle société cotonnière du Togo par cession de tout ou partie de sa participation dans son capital.

Avec ce vote intervenu quelques mois après la dénationalisation des entreprises de télécommunications du Togo, l’exécutif togolais a finalement décidé de céder 51 % de ses actions dans la Nouvelle société cotonnière du Togo à OLAM, un groupe indien. Une opération qui permettra, assure le gouvernement, une meilleure gestion et un renforcement de la productivité de la filière coton.

Une démonstration de plus de «la mauvaise foi et du manque de vision dans la gestion du pays», selon la société civile togolaise. Le Front citoyen Togo Debout critique ainsi «un manque de transparence» dans les privatisations toujours opérées par le pouvoir.

Interrogé par Sputnik, le professeur David Dosseh, coordonnateur de ce front qui rassemble plusieurs organisations de la société civile, voit dans cette nouvelle privatisation la «main invisible» de certains acteurs nationaux qui pousseraient vers ces dénationalisations pour «se sucrer» au passage.

«L’État togolais a déjà privatisé plusieurs grandes sociétés publiques, considérées comme le fleuron de l’économie du pays, sans que cela n’apporte de plus-value au développement national ni de bénéfice pour la population, de même pour ceux qui travaillent dans ces entreprises. Tout cela par manque de transparence. Il ne fait aucun doute que la Nouvelle société cotonnière du Togo connaîtra le même sort», prédit David. Dosseh.

Même son de cloche du côté du professeur Mawuli Kokouvi, le président de la commission Justice et Paix de la conférence épiscopale du Togo, qui dénonce «un bradage de l’économie» togolaise au nom de la privatisation.

Pour lui, il est ahurissant de considérer qu’après 60 ans d’indépendance, le Togo ne dispose pas de l’encadrement nécessaire à une gestion efficace de ses entreprises.

 «C’est décevant. On ne peut pas passer soixante ans d’indépendance avec deux universités publiques sans former les cadres dont on a besoin pour gérer les sociétés de ce pays. Si en soixante ans, ce n’est pas fait, alors là, les gouvernants doivent comprendre qu’ils ont lamentablement échoué», dénonce-t-il auprès de Sputnik.

Sur les réseaux sociaux, les internautes sont divisés sur le sujet. Pendant que certains parlent d’un «fiasco», d’autres apportent leur soutien au gouvernement.

«Ce n’est pas une mauvaise chose en soi que de privatiser des sociétés publiques quand il y a mauvaise gouvernance», riposte l’économiste togolais Amouzou Kpéto, dans une déclaration à Sputnik. Il rappelle que l’objectif premier de la dénationalisation est «de renflouer les caisses de l’État en confiant la gérance à des actionnaires spécialisés, contraints par une obligation de résultat».

Mais, affirme-t-il, l’État qui privatise doit veiller à ce que l’actionnaire majoritaire soit une référence irréprochable. Ce qui, d’après lui, ne serait pas le cas d’OLAM, à qui le gouvernement togolais cède 51 des 60% de ses actions dans la Nouvelle société cotonnière du Togo.

«Le gouvernement togolais a déjà commis la même erreur en confiant la gestion de plusieurs sociétés à des actionnaires de référence douteuse, comme c’est le cas avec les Israéliens qui administrent mal le phosphate togolais ou les Indiens qui gèrent mal le clinker togolais», affirme-t-il.

Il y a quelques mois, le Togo a confié à un groupe malgache, par voie de cession de ses parts, les entreprises de télécommunications nationales Togo Cellulaire et Togo Télécom après les  avoir fusionnées sous le nom de TogoCom. Actuellement, cette société est en phase de restructuration pour, assurent ses nouveaux dirigent, une meilleure efficacité dans la gestion.

Devant les députés, Sani Yaya, le ministre togolais de l’Économie et des Finances, a assuré qu’avec la Nouvelle société cotonnière du Togo, le secteur cotonnier national va connaître un avenir meilleur et la naissance de la marque «Coton Made in Togo».

Il a aussi promis «une augmentation substantielle du revenu des cotonculteurs dans les trois ans à venir, un renforcement du parc industriel et une amélioration du rendement par espace cultivable».

La campagne cotonnière 2019-2020 a pris fin en avril 2020 avec une production de 116.000 tonnes de coton graine contre 137.000 pour la saison précédente. Une baisse officiellement expliquée par des difficultés et des variations pluviométriques atypiques. Pour le nouvel exercice 2020-2021, la filière envisage une récolte d’au moins 152.000 tonnes.

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Tags:
télécommunication, coton, privatisation, Togo
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