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Le vice-Président ivoirien Daniel Kablan Duncan vient de démissionner de son poste. Il s’ajoute à une liste déjà fournie de personnalités dont les départs, de l’avis de plusieurs observateurs, mettent à mal le parti du Président Alassane Ouattara, à moins de trois mois d’un scrutin à l’issue plus que jamais incertaine.

Les mauvaises nouvelles s’enchaînent en Côte d’Ivoire. Alors que le pays pleure son Premier ministre Amadou Gon Coulibaly décédé le 8 juillet dernier à Abidjan, la présidence vient d’annoncer la démission du vice-Président Daniel Kablan Duncan.

«Le vice-Président Daniel Kablan Duncan a remis au Président Alassane Ouattara sa démission (…) pour des raisons de convenance personnelle par une correspondance en date du 27 février 2020. Après plusieurs entretiens dont le dernier a eu lieu le 7 juillet, le Président de la République a pris acte et procédé le 8 juillet à la signature d’un décret mettant fin aux fonctions de M. Daniel Kablan Duncan», a annoncé le secrétaire général de la présidence Patrick Achi.

La rumeur de la démission du vice-Président circulait depuis son absence très remarquée à l’aéroport le 2 juillet, lors de l’accueil d’Amadou Gon Coulibaly, de retour à Abidjan après un long séjour médical à Paris.

Collaborateur de longue date d’Alassane Ouattara, Daniel Kablan Duncan a servi à deux reprises à ses côtés.

D'abord de 1990 à 1993, comme ministre de l’Économie et des Finances dans le gouvernement dirigé par Alassane Ouattara, sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny. Puis de 2011 à 2020, en occupant successivement les postes de ministre des Affaires étrangères (2011-2012), de Premier ministre avec le portefeuille de l’Économie et des Finances (2012-2017), avant de devenir le premier vice-Président de l’histoire de la Côte d’Ivoire en janvier 2017, sous la présidence d’Alassane Ouattara.

Membre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, le parti d’Henri Konan Bédié, candidat à la présidentielle d’octobre), Daniel Kablan Duncan fait partie, avec Patrick Achi, des six cadres à avoir été temporairement exclus en avril 2019 pour «indiscipline, insubordination et comportement portant atteinte aux intérêts du parti».

Ces derniers, en effet, avaient préféré rester aux côtés d’Alassane Ouattara lors de la rupture entre le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, parti au pouvoir) et le PDCI. La coalition de ces forces politiques avait permis l’accession au pouvoir d’Alassane en 2010, puis sa réélection en 2015.

Un timing qui interroge

Comme l’a spécifié le secrétaire général de la présidence Patrick Achi, Daniel Kablan Duncan avait adressé sa lettre de démission à Alassane Ouattara le 27 février dernier, mais c’est «après plusieurs entretiens» que le Président ivoirien en a «pris acte», en signant le 8 juillet un décret mettant fin aux fonctions du vice-Président.

Mais dans un communiqué de Daniel Kablan Duncan diffusé quelques heures après celui de la présidence, celui-ci a fait un recadrage en soulignant que la lettre de démission adressée le 27 février 2020 à Alassane Ouattara était déjà la deuxième. Ce qui laisse supposer que la première remonterait probablement à 2019.

Ce qui pourrait remettre en cause la thèse défendue par des observateurs selon laquelle la démission de Daniel Kablan Duncan interviendrait à la suite de désaccords qui seraient nés du fait qu’Alassane Ouattara lui aurait notamment préféré Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP à la présidentielle d’octobre. Cette désignation n’ayant eu lieu, en effet, que le 12 mars 2020.

Quoi qu'il en soit, de nombreux internautes ivoiriens s’interrogent sur le choix du Président Alassane Ouattara d'accepter seulement maintenant cette démission, et surtout de la rendre publique alors que la Côte d’Ivoire est en plein deuil.

Le parti au pouvoir dans la tourmente

En tout état de cause, la désignation le 12 mars d’Amadou Gon Coulibaly comme candidat du RHDP à l’élection présidentielle d’octobre avait fait beaucoup de mécontents. Une vague de remous au sein du parti avait débouché sur la démission du ministre des Affaires étrangères Marcel Amon-Tanoh et au limogeage du ministre de l’Enseignement supérieur Albert Mabri Toikeusse.

De nombreux observateurs, dont Sylvain Nguessan, directeur de l’Institut de stratégies d’Abidjan, estiment que les départs de ces deux personnalités –qui font de moins en moins mystère de leurs ambitions présidentielles– auxquels sont venus s’ajouter le décès du candidat Amadou Gon Coulibaly et maintenant la démission du vice-Président, fragilisent le parti au pouvoir, à moins de quatre mois de la présidentielle.

«Le RHDP a une grande majorité de cadres originaires du nord de la Côte d’Ivoire et cela est justement l’une de ses faiblesses. Le parti qui avait besoin, pour un ancrage national, de toutes ces personnalités dont il a enregistré le départ accuse nécessairement le coup», a déclaré Sylvain Nguessan.

En effet, Daniel Kablan Duncan et Marcel Amon-Tanoh sont originaires de la même région du Sud-Comoé (sud de la Côte d’Ivoire), quand Albert Mabri Toikeusse vient de l’ouest.

Comme l’a souligné à Sputnik l’analyste politique Mamadou Habib Karamoko, «les partis politiques (et par ricochet le vote) en Côte d’Ivoire sont encore hélas calqués sur des aires ethnorégionales».

De son côté, Sylvain Nguessan ne voit pas le RHDP «choisir un candidat autre qu'un cadre du Nord».

«Si toutefois Guillaume Soro (originaire du nord) acceptait d’apporter son appui au candidat d’un parti de l’opposition, le RHDP se trouverait bien à la peine à cette élection présidentielle», a déclaré Sylvain Nguessan.

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Tags:
démission, élection présidentielle, Daniel Kablan Duncan, Côte d'Ivoire
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