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Des vidéos pornographiques tournées par des élèves togolais et diffusées sur les réseaux sociaux font l’objet d’une grande controverse. La colère gronde chez les parents et les responsables d’établissements scolaires, alors que la piste d’une «compétition» est avancée par des médias. Du côté du gouvernement, on prend le phénomène très au sérieux.

Des scènes pornographiques réalisées par des collégiens et lycéens dans des établissements scolaires du Togo et diffusées dans les réseaux sociaux sont au cœur d’une controverse qui secoue le pays.

Parents d’élèves, dirigeants d’établissements, acteurs divers et même le gouvernement se suivent pour dénoncer «une atteinte à la pudeur et aux mœurs», voire «un risque élevé de contamination» en ces temps de pandémie.

«Où étaient les enseignants de ces établissements quand les élèves s’adonnaient à ces pratiques au sein même de leur école? Si les professeurs n’étaient pas présents, où étaient donc les surveillants engagés pour contrôler ce que font les enfants que nous envoyons étudier dans ces établissements? Je suis totalement outré par ce que j’ai vu circuler dans les groupes WhatsApp. C’est dégoûtant», s’est emporté au micro de Sputnik Sylvestre Obami, porte-parole des parents d’élèves d’un collège privé à Lomé.

«C’est inacceptable. Je n’arrive pas à comprendre que de pareilles scènes soient tournées dans le cadre scolaire, filmées par des élèves eux-mêmes et en tenue scolaire sans crainte. Je me demande finalement quel contrôle les responsables de ces établissements ont sur les apprenants», s’indigne Blaise Akla, un autre parent d’élève, au micro de Sputnik, avant de lancer un appel à interdire désormais les smartphones en classe.

Sur la plupart de ces images filmées grâce à des smartphones, on voit des élèves s’embrasser, faire l’amour ou s’adonner sans gêne des pratiques sexuelles, en classe et devant d’autres camarades qui crient ou applaudissent. Des garçons effectuent des attouchements sur des filles qui se dandinent ou qui manifestent un comportement scabreux dans des scènes de séduction en classe ou dans la cour de l’école.

Ils risquent non seulement d’être exclus, mais ils pourraient également être traduits devant les juridictions. Sans préjudice des aménagements prévus pour les mineurs, l’article 139 du nouveau Code pénal togolais punit «la dépravation des mœurs» d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 2 ans et/ou d’une amende pouvant atteindre 10 millions de francs CFA (environ 15.000 euros).

C’est d’ailleurs à l’application stricte de ces textes qu’a appelé sur Twitter Nathaniel Olympio, président du Parti des Togolais, une formation de l’opposition togolaise, condamnant «une scandaleuse dérive».

La réponse du gouvernement par le même canal ne s’est pas fait attendre. Le 9 juillet, Affoh Atcha Dedji, ministre des Enseignements primaire et secondaire du Togo, a promis d’«agir».

En attendant les sanctions du gouvernement, les directions des écoles qui ont reconnu leur établissement dans les vidéos réagissent.

«Ces vidéos, indéniablement très récentes, ont été tournées dans l'enceinte de notre établissement par des apprenants peu scrupuleux, au mépris et en contravention des dispositions disciplinaires prophylactiques prises par la direction de l'école et conformément aux injonctions et recommandations des autorités politiques, administratives, académiques et pédagogiques en ce contexte difficile de la pandémie du Covid-19», a reconnu le 6 juillet dans un communiqué la direction du complexe scolaire Cheikh Anta Diop de Lomé.

«La direction du complexe scolaire tient à faire savoir qu'elle n'est associée ni de près ni de loin, à la réalisation et à la diffusion de ces vidéos qui frisent le ridicule et écornent sérieusement et malheureusement la probité et la réputation de l'école. Elle condamne avec véhémence ces attitudes et comportements immoraux […] et informe les autorités et l'opinion publique qu'elle a pris la mesure de la gravité de ces images viles», s’est dédouanée tout de même la direction, promettant des sanctions.

Une crise d’adolescence ou une compétition?

De «graves sanctions», c’est ce que promet aussi Don Kilaa Batoma Malou, proviseur du Lycée d’enseignement général Adidogomé 1 qui, cité par des médias locaux, soutient avoir déjà communiqué avec les parents de certains «élèves pornographes».

Pas question de sanctionner les enfants, rétorque Alexandre Adognon, spécialiste des questions d’éducation nationale au Togo et ancien dirigeant de l'Union des fondateurs des écoles privées laïques du Togo (Ufeplat). Interrogé par Sputnik, il charge plutôt les parents et les enseignants qu’il accuse de perdre le contrôle sur des enfants «qui font juste une crise d’adolescence».

«Malheureusement, c’est parce qu’il y a un manque de surveillance, un système de majorat défaillant, des enseignants et surveillants absents pendant les heures creuses, que c’est à l’école qu’ils ont trouvé l’occasion de faire tout ça», a justifié Alexandre Adognon

Pour lui, les vrais coupables sont à chercher ailleurs. «Qui a acheté les téléphones aux enfants? Combien de ces dirigeants d’école font ramasser les téléphones portables des enfants à l’entrée des classes pour les obliger à se concentrer sur les études? Il faut trouver les vrais coupables et les punir dans cette histoire», a-t-il poursuivi.

Selon les affirmations de Togobreakingnews, un média togolais en ligne généralement bien informé, toute cette affaire relève davantage d’«une compétition» entre les élèves de plusieurs établissements.

Ce concours consiste, écrit ce média, à «filmer les ébats sexuels» et les envoyer à d’autres élèves des établissements en lice pour la «compétition» via une application Lomotif. Cette compétition, si c’en était vraiment une, aurait même dépassé les limites de la frontière togolaise puisque certaines vidéos, diffusées par le biais de cette application, montrent des élèves d’un ou deux établissements en terre béninoise filmés dans les mêmes conditions.

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Tags:
application, vidéo, porno, Togo
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