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À quelques centaines de mètres du Palais de la République et de l’Assemblée nationale, le marché Sandaga, patrimoine historique et haut lieu du commerce informel au Sénégal, est aujourd’hui dans un état de délabrement dangereux. Sa réhabilitation ne déplaît pas mais les occupants attendent de savoir où ils seront recasés, et s’ils pourront revenir.

À 56 ans, Sokhna Fall est une femme dynamique établie au marché de Sandaga depuis plus de dix ans.

Vendeuse de salades, de tomates, de persil chinois et autres légumes frais, elle ne semble pas abattue par la décision du gouvernement sénégalais de fermer provisoirement le lieu pour réhabilitation. Au contraire.

«L’initiative des autorités doit ravir tout le monde car ce marché porte une part de notre histoire. Le voir chaque matin dans cet état délabré me met mal à l’aise, c’est inadmissible. En plus de sa vétusté et des risques d’accident, des malfaiteurs y font régner leur loi en toute impunité… Cette décision est celle qu’il fallait prendre», dit-elle à Sputnik.

Le marché Sandaga était l’une des destinations préférées des Dakarois. Mais ils vont devoir s’habituer à ne plus y mettre les pieds pour une durée d’au moins deux ans. De même que les touristes européens, asiatiques, américains, etc. Ce haut lieu du business local va être fermé pour réhabilitation. Après plusieurs reports dus aux refus des occupants de partir, le Président Macky Sall s’est montré déterminé et a fixé un ultime délai au lendemain de la Tabaski (fête du sacrifice du mouton) prévue en fin juillet.

Le projet de l’État pour Sandaga est ambitieux, avec un investissement annoncé de 10 milliards de francs CFA (15 millions d’euros environ) pour des travaux d’une durée de deux ans au moins. Le plaidoyer des architectes a convaincu les autorités de ne pas dénaturer l’architecture originale du bâtiment.

«La modernisation de Sandaga (se fera) à travers un projet qui prend en compte les caractéristiques du patrimoine historique. Le Sandaga nouveau aura la forme et les contours d’un bâtiment historique reconstruit avec une mezzanine et un parking en sous-sol, un rez-de-chaussée, 949 étals dédiés aux vendeurs de légumes, fruits, poissons et autres denrées, un niveau supérieur et une terrasse», écrit le Bureau d’information gouvernemental (BIG) sur son site.

Construit entre 1933 et 1935, Sandaga, vieille bâtisse de deux étages au style soudano-sahélien bien marqué, exhibe au quotidien les stigmates de son délabrement irréversible.

Avec le temps, ce patrimoine national s’est transformé en danger public au cœur du quartier du Plateau. Poutres et poteaux éclatés, terrasse fragilisée, étanchéité rongée par les ruissellements d’eau la cohabitent avec des commerçants agglutinés dans des centaines d’étals et de cantines sur des allées exiguës.

«Tous les réseaux d’assainissement et d’alimentation en eau potable et d’évacuation des eaux usées, de même que les réseaux d’électricité et de téléphone sont hors d’usage. Les blocs sanitaires sont devenus impraticables», alerte un rapport public remis aux autorités en août 2018.

En dépit des risques d’effondrement du bâtiment, aggravés par la récurrence des incendies, Sandaga était resté une place forte du business informel. Un secteur florissant animé par des centaines de milliers de personnes soucieuses d’échapper au chômage, certains étant précurseurs de puissants réseaux commerçants.

Aujourd’hui, le marché, qui a débordé du bâtiment initial, est devenu une Afrique de l’Ouest en miniature. Les Sénégalais s’y frottent aux Maliens, Guinéens, Nigériens, Mauritaniens, Nigérians, Ghanéens, etc. Mais le temps de la séparation provisoire est arrivé.

«Moi, je suis prête à aller sur le site de recasement à partir du moment où l’État a promis de nous réinstaller ici. Nous savons tous que nous occupons illégalement l’espace public, cela nous gêne. Mais nous n’avions pas d’autre solution si nous voulions gagner notre vie», explique Sokhna Fall.

À la pointe de la résistance contre un recasement précipité des commerçants, le mouvement «And Taxawu Sandaga» (ATS) (Ensemble pour défendre le marché Sandaga, en langue wolof) se montre actif. Un mouvement que d’aucuns situent comme proche de Khalifa Ababacar Sall, l’ancien maire de Dakar révoqué de son poste électif par décret présidentiel.

Le ministre de l’Urbanisme sur le site de recasement des commerçants de Sandaga.

«Nous avons visité le site de recasement […], mais il est inachevé. Nous avons demandé au préfet de surseoir à la date du 3 juillet 2020 retenue initialement pour la fermeture afin que le chantier soit terminé», a expliqué aux médias sénégalais Djiby Diakhaté, le chargé de communication dudit mouvement.

Alors que les forces de sécurité étaient prêtes à passer à l’action le 3 juillet dernier, les arguments d’ATS semblent avoir prévalu. Au-delà des modalités d’installation sur le site du champ de courses, les conséquences liées à la pandémie du coronavirus et la proximité de la fête de l’Aïd el-Kebir ont convaincu Macky Sall de donner une dernière chance à un départ en bon ordre.

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Tags:
architecture, réhabilitation, marché, Dakar, Sénégal
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