Afrique
URL courte
Par
1203
S'abonner

Candidat à la présidentielle de 2021 en Somalie, l’entrepreneur somalien Abshir Aden Ferro, installé à Londres, explique à Sputnik France les raisons qui l’ont poussé à se jeter dans l’arène. Avec l’appui de ses «amis» français, il propose de chasser les djihadistes shebabs et de réunifier le pays pour éviter d’autres Somaliland. Entretien.

Abshir Aden Ferro s’est déclaré candidat à l’élection présidentielle de Somalie prévue pour 2021. Polyglotte, cet entrepreneur somalien de 52 ans a émigré en France à l’âge de 12 ans et s’est marié à une Française. Fondateur et PDG de Fort Roche Group, une société spécialisée dans la sécurité, il préside L’Alliance pour le futur, un parti qu’il a créé en 2019. Cosmopolite, il se partage entre Londres –où réside sa famille–, Paris –la ville de son enfance– et Dubaï –où travaillait sa mère–, quand il n’est pas en mission à Mogadiscio.

Bien qu’ayant réchappé à plusieurs attentats en Somalie, il n’a jamais flanché sur sa détermination à «changer le destin de son pays». Engagé depuis longtemps auprès de l’importante diaspora somalienne en Europe, il affirme que «la Somalie ne doit pas être laissée aux seuls Shebabs».

Se revendiquant proche d’Alain Madelin ou de Philippe Bohn, l’ex-«Monsieur Afrique» d’Airbus, il sait qu’il peut compter sur de nombreux appuis en France, même si la Somalie ne représente pour l’instant qu’un intérêt stratégique «moindre» par rapport au Somaliland voisin.

Abshir Aden Ferro, président du parti Alliance for the Future, Somalie.
© Photo / Abshir Aden Ferro
Abshir Aden Ferro, président du parti Alliance for the Future, Somalie.

En plus de rétablir la sécurité dans le pays et de le réunifier pour éviter la création d’un autre Somaliland (unilatéralement séparé et non reconnu depuis 1991, ndlr), Abshir Aden Ferro préconise, dans son programme en cinq points pour la Somalie, de lutter contre la corruption «afin de rendre plus efficace l’aide internationale, aujourd’hui détournée».

Et de permettre aussi une véritable relance de l’économie en favorisant les investissements susceptibles de développer son pays.

Sputnik France: Cela fait des décennies que la Somalie a une très mauvaise réputation. Qu’est-ce qui vous fait penser que vous pouvez réussir là où d’autres, avant vous, ont échoué?

Abshir Aden Ferro: «Depuis le départ des Américains, la Somalie est en effet considérée comme une cause perdue. Ce n’est pas une raison pour baisser les bras. En ce qui me concerne, je suis engagé depuis longtemps sur les plans humanitaire et financier pour aider les Somaliens, ceux qui vivent dans le pays, mais aussi ceux qui sont à l’extérieur ou ont été contraints d’émigrer. Aujourd’hui, je veux en plus m’investir au niveau politique, même si je sais parfaitement que cet engagement n’est pas sans danger et peut me coûter cher. Il est hors de question de laisser le pays aux mains des Shebabs qui nous terrorisent depuis des décennies et représentent une vraie menace pour l’ensemble de la région. Pas seulement la nôtre, d’ailleurs, puisqu’ils ont déjà essaimé jusqu’au Sahel.»

Sputnik France: Quel a été le déclic qui vous a décidé à vous présenter, officiellement, à la prochaine élection présidentielle?

Abshir Aden Ferro: «En décembre dernier, j’ai visité les 17 arrondissements de Mogadiscio et les commissariats de police de chaque quartier. 

Ce que j’ai pu constater de mes propres yeux m’a fait penser à l’histoire des trois singes. Tout le monde se tait et fait semblant de ne rien voir et de ne rien entendre de la situation actuelle dans le pays. Car si vous osez critiquer ouvertement la mauvaise gouvernance patente qui y règne, on risque de vous dénoncer aux autorités ou, pire, de vous vendre aux Shebabs pour vous faire taire!»

Sputnik France: Est-ce la raison pour laquelle vous avez mis le rétablissement de la sécurité dans le pays au centre de votre programme de campagne? Quelle garantie avez-vous que vous serez suivi?

Abshir Aden Ferro: «La sécurité c’est mon métier, celui avec lequel je gagne mon pain. Donc, je connais. Mais le plus important dans cette affaire, c’est d’arriver à convaincre les différents services secrets présents à Mogadiscio que c’est un combat commun. Ils sont tous là –les Britanniques, les Français, les Américains, les Italiens, Interpol à cause de la piraterie–, mais chacun travaille dans son coin. Aussi incroyable que cela puisse paraître! J’ai donc pris mon bâton de pèlerin et suis allé voir les uns et les autres, y compris l’Amisom (Mission de l’Union africaine en Somalie) et les bailleurs de fonds, pour tenter de faire bouger les choses.»

Sputnik France: Et avez-vous obtenu des engagements de leur part?

Abshir Aden Ferro: «Nous avons un problème en commun: c’est l’extrémisme d’Al-Shebab et la terreur qu’il fait régner. Je n’ai pas besoin d’un mandat spécial pour m’y attaquer. Donc je préconise que nous puissions y travailler tous ensemble. Si les étrangers présents à Mogadiscio ne sont là que pour faire fructifier leur business et défendre leurs intérêts personnels, nous n’y arriverons jamais et c’est, au final, les terroristes qui en profiteront.»

Sputnik France: La France est très peu présente en Somalie, mais beaucoup plus à Djibouti. Pensez-vous pouvoir compter sur son appui du fait, aussi, que vous soyez très francophile?

Abshir Aden Ferro: «Effectivement, les intérêts français sont assez peu représentés à Mogadiscio pour l’instant. Paris investit en Somalie à travers l’Union européenne (UE) et les programmes d’aide des Nations unies, principalement pour sécuriser les routes maritimes.

Mais j’ai beaucoup d’amis dans les arcanes du pouvoir en France. Nous nous employons à convaincre les responsables actuels qu’il leur faut reconsidérer l’enjeu stratégique que représente, aujourd’hui, la Somalie, dans la corne de l’Afrique. D’autant plus que Djibouti, avec l’arrivée massive des Chinois, est devenue très encombrée.»

Sputnik France: Vous avez dénoncé avec vigueur, en 2015, des pratiques de certains fonctionnaires européens en poste à Mogadiscio concernant un contrat conclu pour sécuriser la représentation diplomatique de l’UE dans la capitale. Où en êtes-vous?

Abshir Aden Ferro: «J’ai dénoncé toute cette opération auprès de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), à Bruxelles. Après deux ans d’enquête sur le terrain, OLAF a saisi la justice française. C’est maintenant le Parquet national financier (PNF) qui suit l’affaire et qui devrait trancher sous peu sur la question de savoir s’il engage des poursuites ou pas.»

Sputnik France: Est-ce ce qui vous a donné envie de vous présenter comme le «Monsieur Propre» de la corruption en Somalie?

Abshir Aden Ferro: «Quand je vois tout l’argent qui est dépensé pour notre sécurité et qui disparaît pour alimenter une corruption orchestrée au plus haut niveau de l’État, avec parfois la complicité des bailleurs de fonds, cela me donne encore plus envie d’y mettre fin par tous les moyens. Je peux vous garantir que, si je suis élu, l’une des premières mesures que je prendrai sera de créer un ministère de Lutte contre la corruption.»

Lire aussi:

Le ministre marocain de la Santé explique que l’hydroxychloroquine est la cible de l’industrie pharmaceutique - exclusif
Une voiture a percuté la grille d’entrée de la chancellerie d’Angela Merkel à Berlin - photos, vidéo
Il faut mettre les migrants «dans des avions pour les renvoyer chez eux» plutôt que de les disperser, estime Zemmour
«Absurdie», «gardien de prison», «incompétence»: le monde politique réagit aux annonces de Macron
Tags:
élection présidentielle, corruption, Somalie
Règles de conduiteDiscussion
Commenter via SputnikCommenter via Facebook