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Le verdict en appel de Vital Kamerhe, directeur de cabinet du Président Félix Tshisekedi accusé de corruption, est attendu pour ce 24 juillet. Pour décrypter les lourdes conséquences de ce jugement, Sputnik France a reçu Albert Moleka, président du think tank Congo Renaissance Project et ancien directeur de cabinet de Tshisekedi père.

«Au sommet de l’État congolais, nous avons affaire à une famille recomposée. Chacun est arrivé avec bagages et enfants. Ces derniers ne s’entendent pas nécessairement entre eux. C’est pourquoi les parents doivent veiller à ce que l’union demeure», a commenté au micro de Sputnik l’opposant au régime de Kabila, Albert Moleka, qui fut longtemps le bras droit d’Étienne Tshisekedi, le père de l’actuel Président.

Ce n’est pas la première fois que des tensions au sommet de l’État défraient la chronique en République démocratique du Congo (RDC). Régulièrement, des échos de brouille transparaissent dans la presse pour annoncer la fin de l’alliance entre le FCC (le Front commun pour le Congo) de Joseph Kabila et CACH (Cap pour le changement) de Félix Tshisekedi, la coalition au pouvoir ayant conduit à l’élection de ce dernier en décembre 2018.

Arrivé à la tête de l’État après un scrutin contesté, l’actuel Président est en permanence obligé de se défendre d’être le «pantin» de son prédécesseur. Récemment, ce sont des rumeurs de demande de démission de ce dernier à son encontre qui ont circulé de façon persistante. Rumeurs aussitôt démenties.

Une situation qui s’est encore un peu plus compliquée après la condamnation, en juin dernier, par la justice congolaise de Vital Kamerhe, directeur de cabinet de la présidence, à 20 ans de travaux forcés, pour «détournement de deniers publics et corruption».

En attendant le verdict du procès en appel de Vital Kamerhe et de son coaccusé, le Libanais Samy Jamal, l’heure est au compte à rebours. Tous deux ont été reconnus coupables de détournement de 57 millions de dollars et condamnés à vingt ans de travaux forcés.

L’inconnu Kamerhe

Ces fonds étaient destinés à financer le Programme des 100 jours. Mis en place par Félix Tshisekedi au lendemain de son investiture en janvier 2019, ce projet était censé doter la RDC d’importantes infrastructures, dont les sauts-de-mouton et les maisons préfabriquées pour les militaires et les policiers.

Ce verdict a suscité des réactions mitigées. Si les uns y voient «un acte fort dans la lutte contre les antivaleurs promises par Félix Tshisekedi pendant la campagne électorale», les autres estiment que le tribunal n’a pas fourni les preuves de la culpabilité de l’ancien président de l’Assemblée nationale.

Albert Moleka est l’ex-directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi, le père de l’actuel Président. Il a créé le think tank Congo Renaissance Project qu’il dirige «pour faire entrer la RDC dans le XXIe siècle». Il est aussi aumônier et visite régulièrement les prisons de Kinshasa.
© Photo. Albert Moleka
Albert Moleka est l’ex-directeur de cabinet d’Étienne Tshisekedi, le père de l’actuel Président. Il a créé le think tank Congo Renaissance Project qu’il dirige «pour faire entrer la RDC dans le XXIe siècle». Il est aussi aumônier et visite régulièrement les prisons de Kinshasa.

Pour Albert Moleka, la société Samibo a reçu 57 millions de dollars pour la fourniture des maisons préfabriquées, rappelle-t-il. Propriété de Jamal Sammih, elle est «la plaque tournante de toute cette opération de détournements de fonds, constatés et établis par la cour». Pourtant, il ne s’attend pas à ce que les peines soient maintenues:

«Il n’est toutefois pas exclu que le 24 juillet, lors de l’audience en appel devant la cour, la partie incriminée [Jamal Sammih et Vital Kamerhe, ndlr] présente des arguments qui conduiront à une réduction de peine, voire à un non-lieu», prédit-il.

Il est tout aussi sévère en ce qui concerne l’exfiltration du pays du banquier belge Thierry Taeymans, PDG d’Arebank RDC. «Il y a eu un arrangement entre Rawbank et les autorités congolaises puisque Thierry Taeymans a payé les 35 millions qu’on l’accusait d’avoir détournés. Dans les 57 millions, il y avait un paiement de 35 millions qui devait être viré à Ecobank. Or, Samibo a ouvert un compte à Rawbank qui a sorti les 35 millions, en cash, depuis ce compte-là», révèle Albert Moléka.

C’est pourquoi il ne croit pas un seul instant à un procès politique à l’encontre de Vital Kamerhe et de ses acolytes. Candidat déclaré à la présidentielle du 30 décembre 2018, celui-ci avait obtenu de se représenter en 2023. Élu Président, Félix Tshisekedi l’avait alors nommé au poste de directeur de cabinet du chef de l’État.

Vers un ticket UDPS-FCC en 2023?

La mise à l’écart de Vital Kamerhe risque-t-elle de provoquer des renversements d’alliance majeurs sur l’échiquier politique congolais, comme le prétendent nombre d’analystes?

«Effectivement, elle pourrait mettre à mal la plateforme CACH de deux façons: soit l’UNC sort de la coalition avec Tshisekedi et l’affaiblit, soit Kamerhe fait une alliance directe avec le FCC de Kabila. Mais jusqu’à présent, l’UNC comme l’UDPS ont tout fait pour arrondir les angles. Ce qui ne présage pas une rupture», affirme Albert Moléka au micro de Sputnik.

Albert Moleka ne croit pas non plus que Vital Kamerhe soit dans une position de proposer une «offre de services alléchante» à Joseph Kabila. «Pourquoi Kabila accepterait-il une offre de services de Kamerhe, alors qu’il est en coalition avec Tshisekedi avec lequel il a signé un contrat de cinq ans?», demande le conseiller.

Peu probable, dans ces conditions que l’ancien chef d’État «lâche la proie pour l’ombre», dit-il. D’autant que Kamerhe «ne peut pas assez lui apporter pour qu’il compromette sa stratégie sur cinq ans», affirme-t-il.

Dans ce cas, un ticket UDPS-FCC semble de plus en plus probable pour la présidentielle de 2023. Ce qui veut dire, aussi, qu’une réélection de Kabila à la tête de l’État devient possible. Albert Moleka, toutefois, n’en est pas convaincu:

«Proposer un ticket UDPS-FCC à l’élection de 2023, c’est la raison même de la coalition actuelle. Tiendra-t-elle jusque-là? C’est l’inconnue. Je doute par ailleurs que Kabila veuille se représenter en 2023. Aujourd’hui, c’est un "gentleman farmer" qui mène la vie qu’il n’a jamais pu mener auparavant. De surcroît, il tire les ficelles au plus haut niveau sans être impliqué officiellement et avoir tous les dérangements de la fonction de Président. Je doute qu’il veuille rempiler, d’autant qu’il a été nommé sénateur à vie», fait valoir l’homme politique congolais.

Mais tant que Kabila est en vie, prévient-il, «il est quasiment exclu de se faire élire en RDC sans son appui». Ce qui signifie que pour que des élections libres et transparentes aient lieu, les candidats à la présidentielle de 2023 «devront arracher la CENI [Commission électorale nationale indépendante, Ndlr] des mains du pouvoir en place», insiste-t-il.

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Tags:
procès, élections, République démocratique du Congo (RDC)
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