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En 2019, le Togo a été sacré 1er réformateur en Afrique et 3e mondial en matière de facilitation des affaires dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale, qui ne lui attribue, néanmoins, que la 97eplace dans le classement général.L’ambition est de faire mieux en 2020, nonobstant le Covid, à en croire la ministre togolaise Sandra Johnson.

Alors que la pandémie au Covid 19 a déjoué tous les pronostics économiques pour l’année 2020, la ministre chargée du climat des affaires au Togo affirme, dans un entretien exclusif à Sputnik, que dans son  pays, « l’environnement des affaires est en constante amélioration ».

Economiste-planificateur jusqu'en 2012 au ministère togolais de la planification, Sandra Johnson a rejoint le cabinet du président togolais Faure Gnassingbé en 2012 comme analyste de projet. Devenue la même année économiste en chef, elle a été nommée en 2013 secrétaire d'état, conseillère en charge du climat des affaires avant d’être promue 4 ans plus tard au rang de ministre déléguée toujours chargée du climat des affaires, au sein de la Présidence de la République.

© Sputnik . Alphonse Logo
Mme Sandra Johnson, Ministre Déléguée, Coordonnatrice de la cellule Climat des Affaires

Sputnik: Partout où il est passé, c’est-à-dire dans la plupart des pays du monde, le Covid-19 a fait des ravages. Qu’en est-il au Togo au regard, de l’économie, mais plus particulièrement du climat des affaires, ce portefeuilles dont vous avez la charge ?

Sandra Johnson: « Comme vous l’avez si bien dit, la pandémie n’a épargné aucun secteur, et c’est toute l’économie nationale qui en pâtit.Cependant, Suivant les données actuelles ennotre possession, l’environnement des affaires au Togo est plutôt en constante amélioration malgré la crise sanitaire. Les réformes mises en œuvre par le gouvernement, en amont, ont permis d’anticiper sur les impacts de la crise du Covid-19 et de soutenir certains secteurs très exposés.

Ainsi donc, dans le cadre de la mise en œuvre des réformes économiques et structurelles, le segment « digitalisation des procédures administratives » a été d’une grande utilité notamment, dans le domaine portuaire et celui de la fiscalité.

Cette réforme qui va s’étendre très bientôt à toutes les administrations, vise à mettre en place une administration intelligente qui fournit des services innovants au secteur privé et permet aux entreprises de prospérer.

Par ailleurs, ce fût l’un des canaux privilégiés pour répondre aux mesures de distanciation sociale instaurées par le gouvernement ».

Sputnik: De quelle manière le Togo compte-t-il se relever des difficultés que la pandémie au Covid-19 aurait pu engendrer ?

Sandra Johnson: « C’est évident que, le Togo comme la plupart des pays à travers le monde n’échappera pas aux conséquences douloureuses de la pandémie du Covid-19.

Cependant, pour plus d’efficacité, la réponse au niveau national a été à la fois institutionnelle et opérationnelle. D’ailleurs, les autorités togolaises ont été félicitées par plusieurs partenaires (PNUD, OMS, France etc.…) pour l’efficacité dans la gestion de la crise.

Sur le plan institutionnel, en vue de répondre aux urgences économiques et sociales, les plus hautes autorités ont mis en place, une cellule économique de crise présidée par le Chef de l’Etat, une Coordination Nationale de Gestion de Riposte au Covid-19 et des commissions de haut niveau composées essentiellement des ministres et des acteurs clés du secteur. Ces différents acteurs, dans une approche de dialogue permanent ont pu répondre avec beaucoup de pragmatisme aux préoccupations et difficultés observées sur le terrain.

En outre, des mesures concrètes ont été prises par le gouvernement allant du social (gratuité des frais d’eau et d’électricité, transfert monétaire aux populations) à l’économie (mesures fiscales et douanières pour les entreprises, exonération des taxes douanières sur le matériel agricole).

Un fond de riposte et de solidarité de 400 milliards de FCFA (plus de 609 millions d’euros) annoncé par le Président de la Républiques destiné au financement de toutes les mesures sanitaires, sécuritaires et sociales de la crise.

Ainsi, dans un élan de solidarité, de patriotisme et d’unité nationale, je puis vous dire que nous pouvons transcender les obstacles ».

Sputnik: Le rapport annuel sur la facilité de faire des affaires dans les pays, Doing Business 2020, publié par la Banque Mondiale (BM), a classé le Togo au 3e rang parmi les 10 premiers pays réformateurs au monde et au 1er rang africain devant le Nigeria. Quelles sont les réformes qui ont été déterminantes dans ce classement ?

Sandra Johnson: « Notre pays s’est résolument inscrit dans une dynamique de réformes visant à le positionner comme l’eldorado des investisseurs. Ce faisant, de multiples réformes parfois audacieuses ont été opérées ces dernières années.

L’exemple le plus récent est relatif aux performances du Togo dans le rapport Doing Business 2020, qui en deux ans, a connu une progression de 59 places avec 40 places pour la seule année 2019 soit, les plus fortes progressions dans le monde sur deux dernières années.

En résumé, les réformes mises en œuvre portent entre autres sur :la création d’entreprise, l’obtention des permis de construire via l’adoption d’un portail en ligne, l’accès à l’électricité à coût réduit et la rationalisation des procédures et la réduction des coûts en matière foncière.

En outre, le pays a adopté un nouveau code des investissements avec d’énormes avantages fiscaux pour les entreprises et un nouveau code foncier avec la mise en place d’un guichet unique du foncier ».

Sputnik: Le souhait du Togo est de maintenir son classement, sinon faire mieux. Y a-t-il eu de nouvelles réformes qui puissent peser dans la balance du prochain classement de la banque mondiale ?

Sandra Johnson: « Le maintien ou non du classement n’est pas pour nous l’élément déterminant qui stimule la quête permanente d’une amélioration de l’environnement des affaires.

Ceci dit, avec l’ensemble du gouvernement, nous avons poursuivis en 2020 les réformes afin d'attirer et de retenir des niveaux plus élevés d'investissements du secteur privé.

Ces réformes portent sur : « l’exécution des contrats en créant une plateforme qui permet malgré la Covid-19, aux avocatsde poursuivre des  audiences par la saisine et le paiement en ligne, de manière à garantir la sécurité juridique de l’investissement », « La suppression d’une dizaine d’impôts et l’exonération sur les deux premières années de la patente ainsi que l’effectivité du e-taxe » ; « l’accès à l’énergie avec le remboursement des avances sur consommation et la poursuite de la réforme relative à la réduction des frais de raccordement » ; « la réduction du délai délivrance des titres fonciers et la quasi suppression des frais de mutations totales, auxquels s’ajoute  le dispositif de dépôt de plainte pour les usagers » et « la dématérialisation de toutes les procédures douanières dans les activités portuaires pour faciliter le commerce transfrontalier ».

De plus, en vue de créer un environnement propice pour les PME/PMI installées ou en cours d'installation au Togo, les frais de branchement à l'eau potable leur sont exonérés et les travaux exécutés dans un délai de cinq jours ».

Sputnik: Que diriez-vous à ceux qui pensent que « le gouvernement togolais court après ces classements, mais au final, rien ne change dans le quotidien des togolais » ?

Sandra Johnson: « C’est peut-être une perception qui, ma foi, ne ferait pas l’unanimité. Cependant c'est ça l'essence même de la démocratie.

D’autres vous diront qu’ils sont des témoins vivants de ces réformes. Mais ce qu'il est important de noter, c’est que les réformes constituent des portes d'entrée pour l'investissement et sont mises en œuvre, avant tout, pour les Togolais et non pour un quelconque classement.

Par exemple, le jeune togolais qui paie aujourd’hui 29 000 FCFA (44 euros) pour créer son entreprise en 4 heures contre 262 000 FCFA (400 euros) dans le passé et en plus de 3 mois, n’ira pas déposer le solde de ses ressources sur votre compte.

Pour la seule année 2019, plus de 10 entreprises au capital de plus d'un milliard (1.5 million euros), ont été créées ; et cette année, malgré la pandémie elles continuent de s’installer.

En outre, nous venons de signer un partenariat avec une institution financière qui va appuyer à environ 150.000.000 FCFA (228 000 euros), les promoteurs dont certains, bénéficiaires au départ de petits financements via les mécanismes de l’Etat, ont après quelques mois seulement réalisé des résultats allant jusqu’à 400% du financement de base.

Une analyse croisée des récentes données sur l’investissement et le stock de capital, du FMI-et de la Banque Mondiale, révèle que « le niveau d’investissement privé au Togo a maintenu une trajectoire croissante. La performance du Togo en matière d’investissement privé est supérieure à celle de la moyenne de l’UEMOA [union économique et monétaire ouest-africaine]. Le niveau des investissements privés en pourcentage du PIB se situe à 11,4 % du PIB au Togo contre 8,9 % pour la moyenne de l’UEMOA».

Bref, les performances enregistrées par le Togo, ont généré et continuent de générer des retombées positives pour notre pays. Je peux aligner plusieurs autres exemples.

L’amélioration de l’environnement des affaires est un processus et un travail collégial, et nous n’allons pas baisser les bras jusqu’à ce que « l’Or de l’humanité » [allusion à l’hymne national togolais]ne se lise sur les visages de tous les Togolais ».

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Tags:
Banque mondiale (BM), économie, Covid-19, Afrique, Togo
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