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Tous contre Roch Kaboré! Telle serait la devise d’une opposition burkinabè déterminée, en cas de second tour à l’élection présidentielle de novembre, à faire bloc pour empêcher le chef de l’État sortant de rempiler pour un deuxième mandat. En attendant la signature «imminente» d’un accord, les concertations se poursuivent.

Le 22 novembre 2020, les Burkinabè seront appelés aux urnes pour élire leur Président lors d’une élection présidentielle couplée aux législatives.

Contrairement à 2015 où il avait terminé deuxième (avec 29,65% des voix) –loin derrière Roch Kaboré qui s’était largement imposé dès le premier tour avec 53,49 % des voix–, Zéphirin Diabré, candidat à la magistrature suprême et président de l’Union pour le progrès et le changement (UPC, principal parti d’opposition), est convaincu qu’en 2020, «il y aura un second tour au regard de la configuration de la scène politique et surtout du calibre des hommes et femmes engagés dans cette bataille».

Au sein de l’opposition, ces derniers mois, les concertations se sont multipliées entre leaders pour aplanir les clivages et peaufiner les grandes lignes d’un accord électoral dont l’objectif immédiat est l’alternance au pouvoir.

«Nous ne pouvons pas gagner ce combat contre les nombreux défis du Burkina si nous sommes divisés. Voilà pourquoi je me réjouis de cette perspective de mettre nos efforts en commun, particulièrement ceux de l’opposition, pour que notre travail puisse être encore plus efficace», a déclaré le candidat Kadré Désiré Ouédraogo (qui fut Premier ministre du temps de l’ancien Président Blaise Compaoré) au cours d’un point de presse à l’issue d’une rencontre avec Zéphirin Diabré.

La signature de l’accord électoral censé rassembler les candidats des partis de l’opposition et les indépendants devrait intervenir en ce mois d’août, comme l’a indiqué à Sputnik Achille Tapsoba, premier vice-président chargé des questions politiques du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti fondé par Blaise Compaoré).

Cet accord prévoit que chaque formation est libre de présenter son candidat mais en cas de second tour, celui qui aura recueilli le plus de suffrages bénéficiera du report des voix des autres.

Par ailleurs, une autre alliance, cette fois entre l’opposition et d’importantes organisations de la société civile (OSC), est également «imminente».

«Du moment où l’opposition et nous avons le même regard critique sur la gouvernance du parti au pouvoir et de ses alliés –marquée par le népotisme, la gabegie, la corruption généralisée, l’insécurité et le refus d’amorcer le processus de réconciliation nationale–, il est naturel que nous nous mettions ensemble pour sauver le Burkina Faso. Les Burkinabè méritent un pays redressé sur le plan social, sécuritaire et politique», a déclaré Pascal Zaïda, coordonnateur du Cadre d’expression démocratique (qui regroupe plusieurs organisations de la société civile-OSC), joint par Sputnik.

Au Burkina Faso, à l’image de toute la région, les OSC jouent un rôle de premier plan dans la vie nationale et jouissent d’une influence non négligeable sur l’opinion publique.

L’unité nationale et la sécurité, «ultimes objectifs» de l’opposition

Au-delà de leur alliance, les partis de l’opposition souhaitent apporter des solutions communes à la lutte contre le terrorisme, la réconciliation nationale et le développement économique, autant de chantiers où ils estiment que le Président Roch Kaboré et son parti, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), ont «clairement échoué».

Aussi envisagent-ils, en cas de victoire à la présidentielle, «une gestion collégiale du Burkina Faso».

«Ce sera un gouvernement de toutes les forces politiques qui auront signé l’accord. On va gouverner ensemble. C’était l’erreur du MPP. Aucun parti ne peut gouverner sans la réconciliation nationale. Il faut un gouvernement de réconciliation nationale pour donner l’image d’un pays uni», a déclaré Zéphirin Diabré lors d’une interview accordée le 27 juillet dernier à Sidwaya, un quotidien national burkinabè.

Quand bien même cet accord serait scellé, c’est loin d’être gagné pour l’opposition, si l’on se réfère à l’histoire comparée des élections en Afrique francophone. Les sortants bénéficient toujours d’avantages qualificatifs et savent déjouer, au moment opportun et en véritables maîtres du jeu, les ententes conclues en vue de les déchoir. Pour ce faire, les alliances insoupçonnées qui sèment la division dans les rangs des adversaires –en faisant miroiter la promesse d’un poste post-réélection– ont toujours constitué une arme imparable.

La solidité du gouvernement en place, condition sine qua non

Un scénario crédible en terre burkinabè? L’analyste Siaka Coulibaly répond à Sputnik: «Ce scénario est une réalité dans plusieurs pays. Il a aussi prévalu au Burkina Faso sous la conduite de Blaise Compaoré qui disposait de l’influence militaire sur la vie politique, ce qui se traduisait par l’ultra-domination de son parti, le CDP. Avec ces leviers, il lui était très facile de déjouer toutes les menaces politiques.»

L’analyste cite en outre, comme condition à la réussite de ce scénario, «une solidité politique du gouvernement en place». Chose qui manquerait au Président actuel qui «ne dispose pas de ces leviers».

«Les années précédant les élections présidentielles, Blaise Compaoré procédait toujours à des remaniements ministériels qui lui permettaient justement de briser les ambitions ou les accords électoraux qui auraient pu le déranger. Roch Kaboré n’a pas utilisé cette arme alors qu’il est celui qui en a le plus besoin. Comment convaincre des acteurs politiques de le soutenir en échange d’un poste ministériel après le scrutin quand il aurait pu le leur accorder avant cette échéance? D’autant que ces mêmes acteurs peuvent très bien gagner l’élection eux aussi, pour peu qu’ils se mettent ensemble», analyse Siaka Coulibaly.

La majorité présidentielle sûre de sa victoire

D’ailleurs, que ce soit au premier ou au second tour, au MPP –le parti présidentiel qui bénéficie du soutien d’une quarantaine de formations politiques–, on est convaincu de remporter la donne.

«Notre bilan au cours de ces dernières années parle largement en notre faveur», a déclaré à Sputnik le député Bindi Ouoba, porte-parole du MPP.

Mais pour Siaka Koulibaly, interrogé par Sputnik, «les faiblesses de Roch Kaboré résident justement dans son bilan qui a été marqué par l’insécurité et un front social (grèves, manifestations syndicales...) très agité».

«Les électeurs pourraient être tentés de reporter leurs inquiétudes et frustrations sur le vote en cherchant à opérer un changement de gouvernants», a-t-il déclaré.

Pour Siaka Coulibaly, l’issue de l’élection présidentielle de 2020, qui enregistre déjà une dizaine de candidats déclarés, apparaît «très incertaine» et «le second mandat de Roch Kaboré n’est pas du tout une affaire gagnée d’avance».

Il estime toutefois que «l’enjeu réel des élections de 2020 se trouve au niveau des législatives».

En effet, même en cas de victoire à la présidentielle, il ne sera pas évident pour le MPP et ses alliés de conserver leur majorité à l’Assemblée nationale, compte tenu notamment du retour en force sur la scène politique de certaines formations comme le CDP de l’ancien Président Blaise Compaoré, chassé du pouvoir en octobre 2014 par une insurrection populaire.

À la faveur, toutefois, du désenchantement des années post-Compaoré, le CDP renaît de ses cendres, se met en ordre de bataille pour les élections à venir, pour lesquelles il a réactivé ses anciens réseaux, particulièrement bien implantés dans le territoire burkinabè.

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opposition, élection présidentielle, Burkina Faso
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