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Le nombre de déplacés internes au Burkina Faso a désormais dépassé le seuil alarmant d’un million. Un chiffre énorme au regard de la population du pays estimée à 20 millions de personnes, mais qui pourrait encore croître dans un contexte sécuritaire qui demeure toujours plus préoccupant.

Depuis 2015, le Burkina Faso est sous le feu de groupes djihadistes venus pour la plupart du Mali. Ceux-ci ont vraisemblablement décidé, à compter de 2017, de «réorienter» leurs actions dans ce pays voisin où ils ont trouvé un terreau propice, face à une armée burkinabè qui manque de ressources et qui n’a pas la maîtrise de son territoire.

Sur les treize régions que compte le le pays, six –le Sahel, le Nord, l’Est, le Centre-Nord, le Centre-Est et la Boucle du Mouhoun– sont particulièrement touchées par les attaques terroristes qui ont fait plus de 1.800 morts (civils et militaires) en 2019.

Selon Acled (Armed Conflict Location & Event Data Project), une ONG de collecte et d’analyse de données sur les violences armées et politiques, de janvier à août 2020, les exactions contre les civils ont fait 823 morts, soit près de la moitié des 1.791 victimes déjà enregistrées. De son côté, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) a recensé, au cours des sept premiers mois de 2020, 1.217 incidents sécuritaires, dont 19 dirigés contre les acteurs humanitaires.

Toutes ces attaques, mais aussi les menaces d’offensives, occasionnent des déplacements massifs de populations. Au 17 août 2020, le Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (Conasur, structure publique à vocation sociale et humanitaire) estime à 1.013.234 (dont 450.000 nouveaux pour la seule année 2020) le nombre de déplacés contre 50.000 en décembre 2018. Cela correspond à 5% de la population totale du Burkina Faso, ou encore une personne sur 20. Et les régions du Centre-Nord et du Sahel en accueillent les trois quarts.

Le HCR, l’agence des Nations unies pour les réfugiés, estime que moins de 20% des besoins en abris de ces personnes déplacées sont actuellement couverts.

Un agent d’une ONG humanitaire locale opérant dans la région du Centre-Nord témoigne sous couvert d’anonymat au micro de Sputnik:

«Nous intervenons dans une zone où l’État est parfois absent. Chaque jour ou presque, nous voyons arriver des dizaines de personnes en détresse qui ont fui le confort de leurs villages à la suite d’offensives armées ou de menaces d’attaques, en laissant tout derrière eux. Ces gens dans le dénuement le plus total ont besoin d’assistance pour survivre. Et les moyens d’ONG comme la nôtre sont très loin de suffire», déclare-t-il.

L’agent a également souligné l’urgence d’une «prise de conscience internationale» sur la situation humanitaire au Burkina Faso.

Une crise humanitaire négligée

Si la région du Sahel, qui occupe la partie septentrionale de l’Afrique de l’Ouest, connaît actuellement la détérioration humanitaire la plus fulgurante au monde, avec le Burkina Faso comme fer de lance, la crise humanitaire dans ce pays a un écho étonnamment faible à l’international.

Et pourtant, 2,8 millions de Burkinabè (2 fois plus qu’en 2019) sont en insécurité alimentaire et plus de 2.500 écoles sont fermées, une situation qui prive 350.000 élèves d’un accès à l’éducation. Par ailleurs, au-delà de son million de déplacés, le Burkina Faso abrite près de 20.000 réfugiés maliens, installés pour la plupart dans le pays depuis 2012.

Pour faire face à ces défis humanitaires aussi énormes qu’urgents –et qui dépassent complètement les moyens de l’État burkinabè–, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ainsi que d’autres organismes continuent d’en appeler au déboursement de l’aide internationale promise. Sur les 371,6 millions de dollars (187 millions en 2019) requis pour l’assistance humanitaire au Burkina Faso en 2020, seulement 26,3%, soit 96,4 millions de dollars, avaient été mobilisés au premier semestre.

En attendant une aide qui tombe au compte-gouttes, les ONG sont contraintes de redoubler d’efforts sur le terrain. Ainsi, comme l’a confié à Sputnik Emeline Yaméogo, la coordinatrice communication du CICR à Ouagadougou, de janvier à juin 2020, cette organisation a fourni des vivres et kits de ménage à plus de 120.000 déplacés et vacciné plus de 32.000 enfants contre la rougeole et la rubéole. 

Une crise dans la crise

D’abord avec l’insécurité et ensuite l’épidémie de coronavirus, les populations et les humanitaires sont durement éprouvés. Depuis le début de la crise sanitaire au Burkina Faso en mars 2020, l’assistance –déjà insuffisante– s’est trouvée fortement réduite dans certaines localités.

Les mesures barrières, comme la restriction à 50 du nombre de personnes lors des rassemblements, quand elles ne contrarient pas la bonne tenue de certaines activités (journées publiques d’assainissement, travaux agricoles, sensibilisations dans les écoles...) en faveur des populations vulnérables, provoquent tout simplement leur annulation.

«La situation humanitaire au Burkina Faso était déjà particulièrement délicate, mais avec l’épidémie de coronavirus, il s’y est ajouté une touche un peu plus dramatique», a déclaré à Sputnik Steven Anderson, le coordinateur communication pour le CICR à Abidjan.

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Tags:
ONG, terrorisme, aide humanitaire, crise humanitaire, Burkina Faso
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