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Au Togo, les autorités veulent faire de Lomé un hub logistique d’ici à 2022. Mais le coût des communications téléphoniques et Internet, qui constituent les éléments clés de cette vision, continue d’être très élevé dans le pays. Pour obtenir une diminution des prix, la société civile a décidé de boycotter les produits et services des opérateurs.

Au Togo, activistes du web et des organisations de la société civile s’indignent contre «les coûts élevés» de communication appliqués dans le pays par les sociétés de télécoms, exigeant d’elles, en outre, d’améliorer la qualité de leurs services.

Le dimanche 16 août 2020, ils ont appelé les abonnés des différents réseaux dans le pays à «une grève de recharge» et ne comptent pas en rester là. Cette journée de boycott a consisté à s’abstenir durant toute la journée de passer des appels, d’acheter des crédits et data et même d’utiliser la connexion téléphonique ou domestique.

Ce mouvement, le premier du genre, est organisé pour réclamer «la fin du rabotage des crédits voix et data des citoyens», «une amélioration de la qualité du réseau», et «une diminution générale du coût des communications». Ces dernières «sont les plus chères de toute la sous-région ouest-africaine», selon les initiateurs. Parmi ceux-ci on trouve la Ligue togolaise des consommateurs mais aussi le mouvement Martin Luther King, une organisation des droits de l’Homme bien implantée au Togo.

«Désormais, nous n'allons plus donner de répit à ces sociétés qui se sucrent sur le dos des Togolais jusqu'à satisfaction. Nous allons les pousser jusqu'à ce qu'elles abaissent sensiblement les coûts de communication, de connexion et améliorent la fluidité du réseau téléphonique dans le pays», fulmine au micro de Sputnik Edoh Komi, président du mouvement Martin Luther King.

Edoh Komi évoque, sans les nommer, l’opérateur historique TogoCom détenu, depuis sa privatisation en 2019, à 51% par un conglomérat malgache Axian, dirigé par la famille Hiridjee et le fonds d’investissement panafricain Emerging Capital Partners. Le deuxième opérateur est Atlantique Télécom (Moov), une filiale du groupe Maroc Telecom.

Ces deux opérateurs de téléphonie mobile se partagent un marché d’environ 2 millions de clients sans réelle concurrence, avec des tarifs deux à cinq fois plus chers qu’au Bénin, le voisin de l’est.

L’internet haut débit coûte au Togo en moyenne 35.000 francs CFA (53 euros) par mois pour un abonnement domestique, contre une moyenne de 27.660 francs CFA (42 euros) dans l’espace UEMOA, et deux fois moins cher dans les pays anglophones et lusophones de la Cedeao où le prix tourne autour de 16.180 francs CFA (24 euros).

Leurs bénéfices annuels se chiffrent à des milliards de francs CFA. En 2019, Togocel, une filiale de TogoCom, a réalisé un bénéfice net de 11 milliards de francs (environ 17 millions d’Euros).

«Ces deux sociétés sont de véritables virus, encore plus dangereux que le Covid-19 quand elles se permettent de ramasser l’argent de pauvres Togolais, pour des services de qualité douteuse et médiocre. Il faut cesser l’arnaque», a insisté, dans une déclaration à Sputnik, le journaliste et activiste web Anani Sossou, un des initiateurs de la grève.

Pour lui, «le silence intervenu ce 16 août dans les réseaux sociaux, le nombre de partages avant et après les différentes publications sur la journée, et le fait que beaucoup de presses en ligne n’ont pas publié ce jour» constituent des indicateurs sur «le succès» de cette journée.

Une deuxième phase de cette action est annoncée sur les réseaux sociaux pour le 30 août prochain et fait déjà réagir positivement les internautes.

«Depuis mercredi nuit jusqu'à présent, même le wifi ne fonctionne pas ici a Kara (nord du Togo), trop c’est trop Togocom», a réagi sur Facebook un internaute qui s’est présenté sous le nom de Oubotina Bonfoh.

«Lorsque 1 million de Togolais chargent 200 francs CFA (0,3 euro) de crédit, Togocom gagne 200 millions de francs CFA (plus de 305.000 euros). Donc en toute logique, lorsque 1 million de Togolais refuseront de charger 200 francs de crédit, Togocom perdra 200 millions», a estimé Abdourahmane Massassi, un autre internaute toujours sur Facebook.

À travers les opérations de boycott, les activistes s’en remettent aux autorités togolaises qui tablent, via un Plan national de développement, de faire de la capitale Lomé, d’ici à 2022, un véritable «hub logistique et un centre d’affaires de premier ordre». Un objectif mis à mal, souligne par exemple le leader de l’organisation Martin Luther King, vu la réalité des services de télécommunications dans le pays.

Si officiellement TogoCom et Atlantique Télécom n’ont pas réagi à ces initiatives, des cadres de ces sociétés ont confié à Sputnik que l’information est parvenue à leurs dirigeants et «des discussions possibles auront lieu avec les initiateurs de ce mouvement».

À l’ARTP, l’autorité de Réglementation des postes et télécommunications du Togo, l’affaire est aussi prise au sérieux. Une source proche a affirmé à Sputnik que l’organe «a pris acte de cette grève de recharge et va étudier les différentes préoccupations soulevées».

Bien que les tarifs pratiqués au Togo soient présentés comme «excessifs» par rapport à ceux ayant cours dans d’autres pays de la région, les opérateurs de téléphonie ouest-africains, notamment ceux en situation quasi monopolistique, ne sont pas plus populaires. Ce mois-ci, la grogne contre Orange au Sénégal a atteint des proportions telles que les appels au boycott se sont multipliés et que le Président en personne s’en est mêlé, en demandant à l’ARTP de «veiller à la soutenabilité des tarifs appliqués aux consommateurs».

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Tags:
Internet, téléphonie mobile, télécommunication, Togo
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