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Comme en 2010, la Côte d’Ivoire avance inexorablement vers une nouvelle présidentielle à haut risque, marquée par une vive opposition contre la candidature du chef de l’État sortant Alassane Ouattara. Pour la militante panafricaniste Célestine Dabah, le pays s’achemine vers un autre conflit meurtrier en cas de non-report du scrutin d’octobre.

Depuis la décision d’Alassane Ouattara de se porter candidat à l’élection présidentielle d’octobre, la Côte d’Ivoire est en ébullition. Les manifestations contre la «candidature anticonstitutionnelle» du Président sortant ainsi que les affrontements communautaires qui se multiplient ont déjà fait une dizaine de morts et près de 200 blessés.

Le pays semble basculer chaque jour un peu plus vers le pire. Un nouveau conflit armé, de l’ampleur de la crise postélectorale de 2010-2011 qui avait occasionné plus de 3.000 morts? Beaucoup d’observateurs craignent ce scénario, d’autant que le pouvoir ne fait aucun geste d’apaisement à l’endroit d’une opposition déterminée à empêcher coûte que coûte Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat.

Aux côtés de l’opposition, plusieurs organisations de la société civile sont également mobilisées pour faire barrage au chef de l’État ivoirien. C'est le cas du collectif «Non et non ça suffit», qui a vu le jour en France le 1er août dernier.

Ce mouvement, qui regroupe toutes les couches de la société ivoirienne «au-delà de leurs sensibilités politiques, ethniques et religieuses, ambitionne de faire écho au ras-le-bol général et au besoin d’un environnement politique plus sain», selon sa porte-parole Célestine Dabah, qui a accordé un entretien à Sputnik.

«Le collectif "Non et non ça suffit" est né du constat que le peuple doit prendre en main son destin et ne pas laisser les politiques l’entraîner dans des élections qui portent en elles les germes de la guerre et qui s’avèrent plus meurtrières les unes que les autres. Les Ivoiriens en ont assez d’avoir la boule au ventre à l’approche de chaque scrutin, à se demander s’ils en sortiront vivants», fulmine-t-elle.

Pour un report de l’élection présidentielle

Pour Célestine Dabah, les conditions d’une élection juste et transparente «sont encore loin d’être réunies», aussi le collectif «Non et non ça suffit» préconise-t-il un report de la présidentielle.

«En effet, nous ne disons pas seulement ‘non’ à un troisième mandat d’Alassane Ouattara, mais nous nous insurgeons aussi contre la Commission électorale indépendante (CEI, la structure chargée d’organiser les élections en Côte d’Ivoire) inféodée au pouvoir, ainsi que la liste électorale qui est incomplète, injuste et truffée de faux électeurs conformément à la volonté du régime en place. Tous ces facteurs font légitimement craindre un nouveau conflit qui va entraîner la mort d’Ivoiriens», poursuit la militante.

Pour exprimer et défendre ses idées, le collectif a déjà tenu des conférences, adressé des courriers aux instances internationales, interpellé les organisations de droits de l’Homme, mais surtout coordonné des manifestations de rue.

La rue, une issue pour sortir de l’impasse ?

Depuis l’annonce le 6 août dernier de la décision du Président Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat, des Ivoiriens investissent régulièrement les rues des villes pour protester.

«Si Alassane Ouattara, qui est censé en être le garant, foule au pied la Constitution qu’il a fait voter en 2016 –et qui en son article 55 n’autorise en aucun cas un troisième mandat–, c’est qu’il veut semer le chaos une fois de plus en Côte d’Ivoire. Les Ivoiriens en ont marre de ce régime. On a patienté dans la peur pendant la décennie qu’ont duré ses deux mandats et maintenant que le moment tant attendu, après tant de sacrifices, est arrivé, Alassane Ouattara vient mettre un coup d’arrêt à nos espoirs de délivrance prochaine», a déclaré Célestine Dabah.

Le «combat pour empêcher ce chaos», selon la militante, passe aussi par la rue, manifester étant un droit constitutionnel en Côte d’Ivoire. «Jusqu’à ce qu’Alassane Ouattara renonce à son projet, nous sommes prêts à protester, et cela malgré les intimidations, les meurtres, les emprisonnements arbitraires, les attaques de manifestants sans armes par la milice de ce régime, dénoncées notamment par un rapport d’Amnesty International», affirme-t-elle.

Le gouvernement ivoirien, qui a toujours systématiquement réprimé les manifestations –avant de finalement les interdire–, a promis d'agir avec «fermeté» contre les «instigateurs».

Ainsi, le 21 août, le procureur de la République adjoint Abel Yéo a annoncé l’inculpation pour «participation à un mouvement insurrectionnel» et la mise sous dépôt de Pulchérie Gbalet, une militante de la société civile qui avait lancé un appel à manifester sur toute l’étendue du territoire.

«Il est important de souligner que l’interpellation de Pulchérie Gbalet et de trois de ses collaborateurs a été effectuée le 15 août par des hommes armés qui les ont d’abord conduits dans un endroit secret. Elle a subi un interrogatoire musclé pendant plusieurs heures. Et pourtant, elle avait pris le soin de prévenir de son action les autorités par des courriers qui ont été déchargés par les administrations concernées», a déclaré Célestine Dabah.

Cela signifie que «c’est en toute légalité» que Pulchérie Gbalet a agi, selon elle.

Le retour de Laurent Gbagbo, «essentiel pour le jeu politique et la réconciliation»

Pour Célestine Dabah, le retour de Laurent Gbagbo est «plus qu’essentiel» pour la vie politique et la réconciliation en Côte d’Ivoire, «car de nombreux Ivoiriens, et même certains qui ne sont pas de son bord et qui s’étaient laissé abuser par Alassane Ouattara, ont compris que c’est un homme de paix, de dialogue et un rassembleur».

«Laurent Gbagbo est celui qui, pour la paix, a permis à Alassane Ouattara d’être exceptionnellement candidat en 2010 afin que le pays n’implose pas. C’est aussi lui qui a accepté d’amnistier ces terribles tueurs déguisés en rebelles qui ont commis les crimes abominables de sang que l’on sait. C'est encore lui qui a prôné récemment la réconciliation, après huit ans de détention injustifiée à la Haye, comme préalable à toute élection. Vous comprenez que même s’il est très loin d’être Dieu, aucune forme de réconciliation ne sera crédible sans lui», a-t-elle conclu.

De son côté, le Collectif des victimes de la crise postélectorale (CVCI), proche de Ouattara, a d’ores et déjà exprimé son opposition à tout retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo qui assume à ses yeux une grande part de responsabilité dans la crise postélectorale.

Après huit années de procédure, l’ancien Président ivoirien et son ministre Charles Blé Goudé ont été acquittés, le 15 janvier 2019, par la Cour pénale internationale (CPI) des charges de crimes contre l’humanité. Ils demeurent toutefois sous le coup d’un jugement de 20 ans de réclusion criminelle, rendu par la justice de leur pays. Ces peines écopées en 2018 et 2019 lors de procès par contumace sont assorties d’une privation de leurs droits civils et politiques.

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élection présidentielle, Alassane Ouattara, crise politique, Côte d'Ivoire
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