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Coup d'État au Mali (24)
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Au Mali, c’est en pleine concertation nationale que l’ultimatum de la Cedeao est tombé. Soupçonnant les militaires putschistes de chercher à gagner du temps, le «gendarme» ouest-africain a exigé un Président et un Premier ministre civils pour conduire une transition d’un an. Sans dévoiler ses intentions si l’injonction n’est pas respectée.

Les dirigeants présents à Niamey pour la 57e session ordinaire de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) ont durci le ton contre la junte militaire qui a pris le pouvoir au Mali le 18 août dernier. Dans la résolution issue de cette rencontre du 7 septembre, ils exigent qu’un Président et un Premier ministre –tous deux civils– soient nommés au plus tard le 15 septembre prochain pour diriger une période de transition de douze mois.

Le cas échéant, pour les putschistes du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), le pire est peut-être à venir avec entre autres un durcissement des sanctions économiques et financières, des frontières plus hermétiques pour renforcer l’embargo, le départ d’organisations internationales du pays...

«En adressant au CNSP cet ultimatum d’une semaine, les chefs d’État de la Cedeao persistent dans l’erreur qui consiste à vouloir régler le problème malien par la force ou par la menace. Leur lecture de la situation politique au Mali est encore prisonnière de leurs positions antérieures, lorsqu’ils cherchaient à rétablir coûte que coûte IBK dans ses fonctions. Ils donnent l’impression de vouloir punir la junte pour solder d’autres problèmes qui n’ont rien à voir avec le Mali», explique le Dr Cheikh Tidiane Dièye, économiste du développement joint par Sputnik à Niamey.

Cette radicalisation des dirigeants de la communauté ouest-africaine survient alors que le CNSP a entamé ce week-end à Bamako des concertations nationales avec les forces vives du pays. L’objectif affirmé est de trouver des consensus nationaux ou, à tout le moins, larges autour de points essentiels comme le contenu et la durée de la transition, le statut civil ou militaire des personnalités qui pourraient la diriger...

Pour la junte militaire, qui avait suggéré de rendre le pouvoir aux civils en trois ans, cette transition d’un an n’est pas acceptable. D’où l’importance capitale des concertations nationales.

Radicalisation et pari risqué

«La Cedeao ne peut pas ignorer qu’à l’heure actuelle, les Maliens, avec à leur tête la junte, travaillent dans un contexte et des conditions très difficiles à l’élaboration d’une feuille de route qui reflète les volontés des Maliens eux-mêmes. C’est tout le sens que les chefs d’État auraient dû donner aux concertations en cours à Bamako pour assouplir leurs sanctions contre ce pays et montrer leur volonté d’accompagner la transition», rappelle le Dr Dièye.

À l’ouverture du sommet, Mahamadou Issoufou, chef de l’État nigérien et Président sortant de la Cedeao, semblait tenir un discours partagé entre apaisement et fermeté. Il appelait la junte «à nous aider à aider le Mali» tout en espérant, par ailleurs, «qu’elle répondra favorablement aux mesures prises par notre communauté».

Mais les jeux étaient déjà faits. Selon Cheikh Tidiane Dièye, «les concertations de Bamako sont aussi une demande du peuple malien dans ses composantes les plus larges». D’où le risque entrevu dans cette posture d’aveuglement face à la réalité.

«Le pari que fait la Cedeao est périlleux et pourrait lui coûter cher en termes d’image et de crédibilité. Si son ultimatum expire sans un Président et un Premier ministre civils pour conduire la transition, je ne vois pas quelles autres sanctions elle pourrait encore prendre contre le Mali sans courir le risque de voir le peuple malien reprendre la rue, non pas contre ses dirigeants mais contre la Cedeao», avertit le Dr Cheikh Tidiane Dièye.

Pour le Mali, la sanction politique était de rigueur lors de ce sommet ordinaire des chefs d’État car il était le seul des quinze pays de la Cedeao à n’y avoir pas été représenté. Le Président du Ghana Nana Akufo-Addo a été choisi pour succéder au Nigérien Issoufou à la tête de la communauté ouest-africaine pour une durée d’un an.

Au lendemain de l’arrivée des militaires au pouvoir le 18 août dernier, la Cedeao avait exigé le rétablissement d’Ibrahim Boubacar Keïta dans ses fonctions, en référence à son protocole additionnel sur la démocratie qui interdit les changements non constitutionnels. Mais le lendemain, dans une déclaration lue à la télévision, l’ex-dirigeant renonçait à toutes ses prérogatives et prononçait la dissolution des institutions au profit de la junte.

Décidée à obtenir gain de cause, la Cedeao a envoyé des médiateurs à Bamako tout en décrétant dans la foulée un embargo contre le Mali à l’issue d’une réunion extraordinaire organisée en visioconférence. Des sanctions confirmées lors du sommet bis tenu le 28 août, veille de la libération de l’ancien Président par les militaires. Depuis, la guerre de tranchées entre chefs d’État et junte tourne autour des modalités de mise en œuvre de la transition.

Quant à IBK, admis dans une clinique de Bamako pour une courte maladie, il a quitté la capitale malienne dans la nuit du 5 au 6 septembre pour les Émirats arabes unis où il poursuit son traitement médical.

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ultimatum, Commission Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), militaires, coup d'Etat, Mali
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