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Le départ des troupes de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ouvre une ère nouvelle pour la Guinée-Bissau. Trop familier des coups d’État et autres violences politiques déstabilisatrices, ce fragile pays va devoir se prendre en charge mais il aura encore besoin du soutien de la Cedeao et d’autres partenaires.

À moins que ne survienne un putsch orchestré par des militaires comme cela vient de se passer au Mali, il ne restera plus aucun soldat (ou policier) ouest-africain à Bissau au 31 décembre 2020. Le contingent sous-régional constitué, depuis 2012 par la Mission de la Cedeao en Guinée-Bissau (Ecomib) pour stabiliser le pays et ses institutions, a entamé le processus de retrait.

Le départ fin août des 130 éléments des forces spéciales togolaises devrait être suivi, par vagues successives, de celui des soldats nigérians, burkinabè et sénégalais jusqu’à la fin de l’année. C’est un vrai pari que tentent les chefs d’État de la Cedeao en raison de l’instabilité chronique qui caractérise ce pays depuis plusieurs années.

«La Cedeao a jeté les bases de la stabilité de la Guinée-Bissau. La balle est maintenant dans le camp des acteurs politiques qui doivent prendre conscience de la gravité de la situation pour s’inscrire dans une dynamique de consolidation des acquis. Leurs efforts doivent être orientés dans la mise en œuvre large et inclusive des réformes car, il ne faut pas l’oublier, le pays fait encore face à plusieurs défis dont ceux liés au trafic de drogue et aux fragilités politiques et institutionnelles», explique à Sputnik Maurice Paulin Toupane, chercheur à l’Institut d’études de sécurité (ISS) et spécialiste de la Guinée-Bissau.

Aujourd’hui, c’est presque un nouveau cycle qui s’ouvre pour ce pays qui semble en voie de normalisation et où, «depuis l’indépendance en 1975, José Mario Vaz est le seul Président à avoir pu terminer le mandat (2014-2019) pour lequel il avait été élu».

Les contestations liées à l’élection d’Umaru Sissoco Embalo à la présidence de la République en décembre 2019 et la reconnaissance du nouveau régime par la Cedeao après plusieurs semaines de tergiversations participent à cette dynamique.

«Alors que l’Ecomib est en train de quitter le pays, on peut dire qu’il y a eu des avancées considérables en matière de stabilisation, en dépit de quelques impairs. La présence des troupes de la Cedeao a eu un effet dissuasif sur la plupart des acteurs. Et malgré les tensions politiques notées depuis 2015, il n’y a pas eu de violences ni d’assassinats politiques comme à l’accoutumée», rappelle le chercheur sénégalais basé à Dakar.

Si le régime d’Embalo doit par ailleurs «faire face à la pandémie de Covid-19 dont les conséquences socioéconomiques risquent de fragiliser le pays», un autre défi reste entier en attendant d’être pris à bras-le-corps, avertit Maurice Paulin Toupane.

«Il n’y a pas eu d’avancées notables dans la mise en œuvre de la réforme du secteur de la sécurité (RSS). Cela est dû en partie au manque d’appropriation nationale et à l’absence de financement de ce volet crucial de la stabilité de la Guinée-Bissau. Il est impératif que la Cedeao maintienne son soutien à ce pays pour la mise en œuvre de la RSS, en particulier dans le secteur de la justice, ainsi que prévu dans l’Accord de Conakry.»

Contestation de l’Accord de Conakry

C’est pour remédier aux crises successives que le Président Alpha Condé de Guinée et son ex-homologue de Sierra Leone Ernest Bai Koroma avaient initié en septembre 2016, dans la capitale guinéenne, une co-médiation auprès des acteurs politiques bissau-guinéens. L’accord avait abouti à de nombreuses propositions sur les plans politique, institutionnel, électoral judiciaire, etc.

Au cours de son dernier sommet de Niamey, le 7 septembre, la Cedeao a salué «les progrès notés en ce qui concerne le fonctionnement des institutions dont l’Assemblée nationale et le gouvernement».

D’où sa décision de mettre un terme à l’Ecomib en espérant que le pays échappe définitivement aux aventures militaires et autres affrontements politiques violents. Toutefois, la Guinée ne semble pas totalement sortie de l’auberge.

«La fermeté affichée par les chefs d’État depuis quelques années n’a pas empêché les coups d’État dans la région. La survenance d’un putsch dépend de plusieurs facteurs spécifiques à chaque pays. Si cette posture de fermeté est compréhensible, son effet dissuasif n’est pas automatique. C’est pourquoi la Cedeao doit s’investir un peu plus et mieux dans la prévention des changements de pouvoir non constitutionnels. Ceux-ci sont souvent dus à des dérives dans la gouvernance, des manipulations ou mauvaises organisations des processus électoraux, à la longévité des dirigeants au pouvoir…», souligne Maurice Paulin Toupane.

C’est le 7 septembre dernier à Niamey que la Cedeao a officialisé le retrait de ses troupes de Bissau. Elles étaient intervenues en avril 2012 lorsque l’armée avait pris le pouvoir par un coup d’État et arrêté le Président de la République par intérim Raymundo Pereira ainsi que le Premier ministre Carlos Gomes Junior. Ce dernier était sorti large vainqueur du premier tour de l’élection présidentielle et devait sans doute être élu. Le putsch consommé, la Guinée-Bissau fut alors suspendue de la Cedeao et de l’Union africaine, une sanction qui a été levée après le scrutin de 2014 et l’arrivée au pouvoir de José Mario Vaz.

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Tags:
retrait des troupes, Forces armées, Commission Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Guinée-Bissau
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