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Depuis peu au Cameroun, on assiste à un relâchement général du respect des mesures barrières, en dehors de quelques exceptions. Pour les Camerounais dans leur majorité, la crise sanitaire relève désormais du passé. Les bonnes vieilles habitudes ont repris le dessus alors que le combat contre la pandémie n’est pas encore gagné.

Sur le flanc de l’une de ses multiples collines en plein centre-ville, Yaoundé, la capitale du Cameroun, se réveille progressivement ce vendredi 18 septembre. 

Dans la moiteur de ce matin ordinaire, les citadins regagnent leur lieu de travail, loin des inquiétudes qui ont pu les hanter dès l’annonce des premiers cas de Covid-19 en mars dernier dans le pays. La preuve? Pour beaucoup, plus de distanciation physique, plus de lavage des mains, encore moins le port du masque. Dans de nombreuses conversations, le sujet est désormais évoqué au passé, comme en témoigne l’attitude de Raymond Tchofa, chauffeur taxi, pour qui «le coronavirus est terminé».

«Quand le coronavirus était encore là, les passagers portaient des masques. Maintenant, je crois que c’est fini parce que personne ne respecte plus les mesures. On a même recommencé à surcharger les transports en commun», confie-t-il à Sputnik.

La fin de la psychose ?

En effet, dans la ville de Yaoundé comme partout ailleurs dans le pays, les mesures barrières -déjà pas très respectées au début- se font progressivement oublier. Il est devenu rare de rencontrer des citoyens masqués et les habitudes tactiles comme les accolades ou les mains serrées sont de retour. Difficile parfois, à en croire Pierre Nti, fonctionnaire, de faire entendre raison à certains qui, sevrés de chaleur humaine, n’hésitent plus à tendre la main.

«Même quand vous ne voulez pas, il est difficile de refuser de serrer la main ou d’accepter l’accolade d’un aîné. Honnêtement, presque tout le monde se comporte dans nos bureaux comme avant la pandémie», se désole-t-il au micro de Sputnik.

Dans le pays, seuls quelques lieux de services publics et certaines agences de transport rappellent, à travers leur dispositif, la nécessité du respect des mesures sanitaires. 

Des recommandations vécues  par certains usagers comme un véritable supplice. Ce relâchement s’explique aussi, d’après Franck Eitel, consultant en communication, par le flou entretenu au niveau de la communication.

«Le non-respect des mesures barrières en ce moment vient de la courbe décroissante de la communication gouvernementale. C’est une communication qui a perdu de sa superbe avec le temps. Déjà dans les médias et les prises de parole en public, on constate que les gouvernants ne prêchent plus par l’exemple», souligne-t-il au micro de Sputnik.

Une menace toujours présente

Mais le coronavirus est-il pour autant vaincu au Cameroun? «Pas du tout», répond le docteur Parfait Bvoum, épidémiologiste camerounais. Il pense néanmoins que l’on peut parler d’une relative accalmie.

«À cette heure, on peut aisément dire que la situation est différente de celle de mars et d’avril au niveau de la courbe des infections», compare-t-il.

Avec plus de 20.000 cas enregistrés au 18 septembre 2020, pour environ 400 décès, le Cameroun demeure, pourtant, l'un des pays d'Afrique subsaharienne les plus touchés par la pandémie mondiale. Dans ses récentes communications, le gouvernement s’est félicité de son plan de riposte, brandissant le taux de guérison de plus de 90% des personnes contaminées. Si les autorités sanitaires n’ont de cesse de marteler la nécessité de rester vigilant, le message ne semble plus avoir le même impact, à en juger par le comportement des citoyens.

Dans le plan de riposte contre la maladie, de nombreux experts comme David Sosso, consultant en  communication à Douala, soulignent la nécessité de remettre l’accent sur la communication, ne serait-ce qu’à titre préventif.

«La communication autour du Covid-19 s’est heurtée à plusieurs obstacles d’ordre économique. Les conflits d’intérêts nés de la nécessité ou pas de lever les mesures barrières n’ont pas donné à la communication la latitude nécessaire pour sensibiliser, moraliser et éduquer correctement les populations. Il faut cependant rester sur le qui-vive», analyse-t-il au micro de Sputnik.

En effet, depuis la décision d’assouplir, le 30 avril dernier, pour des raisons économiques les mesures de restriction prises dans le cadre de la lutte contre l’épidémie, de nombreux Camerounais ont renoué avec leurs anciennes habitudes, faisant exploser le nombre de contaminations.

Des risques de nouvelle vague?

Si le coronavirus est de moins en moins présent dans les esprits, une négligence pourrait le faire ressurgir, prévient le Dr Parfait Bvoum.

«Le seul risque, dans ce genre de situation, est que le virus soit endormi ou en phase de latence. Si c’est le cas, le réveil sera brusque et brutal. D’où la nécessité d’une surveillance épidémiologique permanente pour éviter une éventuelle nouvelle propagation qui pourrait être plus cruelle», conclut l’épidémiologiste.

Déclaré au Cameroun en début mars, le Covid-19 a paralysé tout le pays pendant des mois, plongeant la population dans un désarroi total. Après la phase de psychose générale, les Camerounais ont vite fait de renouer avec leurs vieilles habitudes, foulant aux pieds les mesures sanitaires. Au moment où la courbe des infections semble «stabilisée», les autorités sanitaires recommandent pourtant un renforcement des mesures de protection pour éviter un regain de l’épidémie.

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mesures de sécurité, coronavirus SARS-CoV-2, Covid-19, Cameroun
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