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La Commission nationale des droits de l’Homme du Tchad s’est chargée depuis août de faire poursuivre des exciseuses, dans ce pays où plus de 80% des filles entre 5 et 14 ans subissent des mutilations génitales féminines. Le président de la CNDH partage son désarroi à Sputnik et confirme que la situation «est très grave».

L’excision est criminalisée au Tchad depuis bien longtemps, mais l’application de la loi est contournée à tous les niveaux en ce qui concerne cette pratique barbare, ce qui rend la sensibilisation inutile et les centaines de milliers de filles tchadiennes handicapées à vie, avec des souffrances physiques et psychologiques à jamais. Sputnik s’est entretenu avec Oumar Djidda, président de la Commission nationale des droits de l’Homme (CNDH) du Tchad qui mène actuellement une enquête avec plusieurs arrestations en vue d’exciseuses.

«Les excisions se passent en groupes d’une cinquantaine de filles»

L’excision est un mal d’un continent entier, et le Tchad est loin d’être le seul pays à la pratiquer sur les filles principalement âgées de 5 à 14 ans. Comme le confirme Oumar Djidda, «cette pratique se fait presque dans tous les pays de l’Afrique noire mais, dans certains pays où les lois sont appliquées avec rigueur, l’excision a diminué». Depuis le mois d’août, la CNDH a pris en main l’enquête qui touche tout le territoire du pays pour pouvoir enfin procéder à des arrestations et à de réelles condamnations.

«L’excision est un mal, qui est vraiment très répandu au Tchad, et non pas seulement au sud du pays, c’est sur tout le territoire, même à N’Djamena. Les femmes excisent leurs filles à titre individuel, mais au sud les excisions se passent en groupes d’une cinquantaine de filles, et c’est chaque année que ça se fait, les exciseuses sont bien connues et elles ne sont pas enquêtées, c’est cela notre problème au niveau de la CNDH.»

La responsabilité du gouvernement

Le plus vaste problème ce sont les excisions en groupe, explique le président de la CNDH, car les peines que doivent subir les criminelles sont prévues par le code pénal tchadien, mais ces femmes continuent à exercer cette pratique inhumaine malgré tout, et selon Oumar Djidda c’est le gouvernement qui doit se montrer prêt à prendre des décisions.

«Au mois d’août, nous avons pu enregistrer plusieurs centaines d’excisions au niveau de la région de Mandoul, à Koumra, et les exciseuses commettent chaque année le même crime et personne n’arrive à les arrêter et à les juger. Donc soit au niveau de la justice on ne voit pas fonctionner les lois qui répriment ces personnes-là, soit au niveau de la population il y a un laisser-aller. C’est pourquoi nous insistons pour que le gouvernement prenne ses responsabilités pour que les femmes soient sauvées.»

Depuis le mois d’août, la CNDH a pris le problème en mains et une enquête a été ouverte pour rétablir les faits et situer les responsabilités. Le président de la CNDH précise que plusieurs exciseuses ont été repérées grâce aux associations qui sont sur le terrain, et une procédure judiciaire a été engagée contre elles, conformément à la loi 28, le dossier maintenant suit son cours et les arrestations et les condamnations vont commencer. Oumar Djidda est persuadé «qu’une fois ces premières arrêtées condamnées, les autres prendront peur».

Les hommes sont complices de l’excision

La loi tchadienne prévoit de un à 10 ans de prison ferme pour le crime d’excision. «Nous parlons des exciseuses mais l’excision ne peut pas se faire sans la complicité des hommes», martèle Oumar Djidda.

«Parce que ce sont des opérations de groupes, et c’est fait souvent derrière le village au vu et su de tout le monde, donc si les hommes n’étaient pas complices, ils pourraient empêcher de mener cette opération, mais les hommes trouvent que c’est légal et que les filles doivent être excisées parce que c’est la tradition. Mais je vous dis que c’est ni la tradition, ni la religion. Ni l’islam, ni le christianisme, ni la tradition tchadienne n’autorise à faire l’excision, c’est quelque chose qui est venu d’ailleurs.»

Leur honneur, leur plaisir ont été extraits de leur corps

Au travers de l’enquête menée depuis le mois d’août, les représentants de la CNDH ont pu rencontrer tant de femmes et de jeunes filles qui ont eu le courage de partager avec eux leurs histoires atroces. Oumar Djidda se rappelle d’une femme qui a été excisée il y a 22 ans, et quand elle a commencé à expliquer ce qui s’était passé, elle s’est mise à pleurer, «car même après 22 ans la cicatrice de torture et de souffrance existent encore».

«Les femmes qui ont subi l’excision elles souffrent pour toujours, celles qui ont subi l’excision il y a 10 à 15 ans vous les voyez fondre en larmes, elles ont mal, et ce mal nous le partageons avec elles, car il est de notre devoir de défendre ces femmes-là, nous ne pouvons plus voir nos sœurs, nos mères, nos filles pleurer des larmes comme ça, parce qu’elles ont été mutilées. Leur honneur, leur plaisir ont été extraits de leur corps. C’est vraiment grave.»

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