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Au Bénin, les opposants du Président Talon, bloqués dans leur demande d’asile politique en France du fait que le pays soit classé «pays d’origine sûr» en matière démocratique, pourront avoir bientôt gain de cause. Au vu de leur nombre sans cesse croissant, l’Office français de protection des réfugiés vient de retirer le pays de cette liste.

Le Bénin n’est plus «un pays d’origine sûr», du moins pour les douze prochains mois. C’est la décision que vient de rendre l’Ofpra, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, le 6 octobre 2020.

Établissement public administratif français statuant pour le compte du gouvernement sur les demandes d'asile et d'apatridie qui lui sont soumises, il agit en application de la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, puis de la Convention de New York de 1954.

En 2015, l’Ofpra avait classé le Bénin sur la liste des pays d’origine sûr, c'est-à-dire des pays où la démocratie est en marche et où les libertés civiles et politiques sont exercées sans représailles de l’État.

Mais le conseil d’administration réuni le 29 septembre 2020 a décidé de réexaminer le bien-fondé de cette inscription.

«À l’issue de ce réexamen, le conseil d’administration a décidé de suspendre l’inscription de la République du Bénin sur cette liste pour une durée de douze mois», indique la décision.

Jean-François Monteils, président du Conseil d'administration de l’Ofpra et cité par l’AFP, a expliqué que cette décision a été prise «en raison de la situation des libertés publiques et politiques dans ce pays».

Selon lui, le taux d'éligibilité pour les Béninois arrivant en France est d'environ 25%, un chiffre assez élevé au regard des normes européennes. «L’Ofpra estime qu’un pays sûr doit veiller au respect des principes de la liberté, de la démocratie, de l'État de droit, ainsi que des droits de l'Homme et des libertés fondamentales», a-t-il soutenu

Conséquence

Le fait que le Bénin était auparavant classé par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides comme pays d’origine sûr réduisait jusque-là les chances des ressortissants de cet État d'obtenir l'asile politique en France.

Cela faisait plusieurs mois que les défenseurs des migrants réclamaient le retrait du Bénin, tout comme du Sénégal ou de l'Albanie, de cette liste qui comptait jusque-là 16 pays. La demande a été formulée au vu de la dégradation des conditions d’exercice des libertés politiques et civiles dans ces pays, selon ces militants des droits humains.

L’Ofpra n’avait «peut-être pas tous les éléments d’appréciation»

Ce 8 octobre 2020, alors que cette décision venait d’être annoncée, le gouvernement béninois a pris le contre-pied de l’Ofpra.

Cité par les médias locaux et d’autres, Alain Orounla, le ministre de la Communication du Bénin et porte-parole du gouvernement, a affirmé que «son pays est un lieu sûr» et que l’Ofpra n’a «peut-être pas tous les éléments d’appréciation».

Il en veut pour preuve le fait que le Haut-Commissariat des réfugiés (HCR) ait reconnu récemment que le Bénin «est ouvert à ceux qui sont en difficulté dans son voisinage immédiat».

«Nous laisserons le temps au temps, comme ils l’ont fait, en nous mettant en sursis de douze mois, et le Bénin fera la preuve qu’il est un État de droit, un État de liberté», a-t-il affirmé.

«C'est une décision qui devrait intervenir beaucoup plus tôt», affirme de son côté à Sputnik Doklam Abalo, le porte-parole de l’opposant béninois Sébastien Ajavon recherché par la justice béninoise dans une affaire de drogue et qui s’est réfugié depuis 2019 en France.

Il affirme que «cela fait un moment que la démocratie et les libertés sont en péril au Bénin».

«L'opposition n'a eu de cesse de le dénoncer et vient donc d'être confortée dans ses dénonciations. Les autorités béninoises doivent en prendre acte et redorer le blason du pays qui connaît cette situation pour la première fois de son histoire. Nous ne devons pas en être fiers», a-t-il déclaré.

Le Bénin a toujours été cité en exemple en matière de respect de la démocratie et de l’établissement l’État de droit en Afrique de l’Ouest. Mais depuis l’arrivée au pouvoir du président Patrice Talon en mars 2016, l’opposition n’a eu de cesse de dénoncer des «dérives autoritaires» et des restrictions des libertés.

Plusieurs opposants ont fait l’objet de poursuites judiciaires au nom de la lutte contre la corruption, qualifiée de «chasse aux sorcières» par ses détracteurs.

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