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Après un premier tour serein, la Guinée guette avec impatience la publication des résultats provisoires de la présidentielle du 18 octobre par la Commission électorale nationale indépendante. En attendant, les candidats surveillent attentivement le dépouillement des bulletins. Le calme avant la tempête?

De manière quasi unanime, l’élection présidentielle guinéenne de ce 18 octobre s’est déroulée sans gros incidents notables sur l’étendue du territoire. Les 5,4 millions d’électeurs ont pour la plupart voté dans le calme et surtout massivement, en dépit des appels au boycott lancés par des franges de la classe politique et de la société civile opposées au projet de troisième mandat du Président sortant Alpha Condé.

Mais le véritable tournant du scrutin sera l’annonce et la publication des résultats par la Commission électorale nationale indépendante (CENI). D’où une surveillance attentive de la centralisation et du dépouillement des bulletins de vote, très souvent objets de suspicion entre partis politiques.

Attentisme

Aux sièges des états-majors des candidats, c’est la veillée d’armes, le temps de la compilation et de la consolidation des statistiques remontées des bureaux de vote, celles qui pourraient être opposées à la CENI en cas de divergences. À Boké, une ville minière située à 250 km au nord-ouest de la capitale Conakry, Abdoulaye Keïta, journaliste et directeur régional de la radio Djoma-FM, contacté par Sputnik, témoigne de la situation:

«Pour l’instant, tout se passe bien. Les médias sont présents sur les lieux de dépouillement et annoncent les résultats au fur et à mesure qu’ils sont disponibles. Au même moment, à côté de la sécurité assurée par les forces de l’ordre, les militants des partis politiques concernés sécurisent eux aussi, à leur manière, les centres de dépouillement pour prévenir toute tentative visant à nuire au déroulement transparent des opérations.»

Le dépouillement transparent des bulletins de vote sortis des urnes, approuvé et authentifié par les représentants des douze candidats présents sur les lieux, apparaît en effet comme la condition sine qua non de l’acceptation des résultats par les protagonistes. Si cette étape de validation provisoire des procès-verbaux (PV) est franchie sans encombre, le reste devrait suivre la tendance prise par le scrutin depuis l’ouverture des bureaux de vote et faciliter le travail de la CENI.

«Depuis le bureau de vote, on envoie à la centralisation dans les préfectures. C’est lorsque ce travail-là est terminé que l’on reçoit le PV centralisé. Je ne peux prédire le temps que cela prendra, mais dès que nous aurons le dernier PV, nous disposerons alors de 72 heures pour procéder à la publication des résultats provisoires. C’est ce que dit la loi. Donc on attend. Tout dépend du terrain», a expliqué Kabinet Cissé, le président de la CENI interrogé par le site africaguinee.com.

Critiqué pour avoir révisé la Constitution qui ne lui permettait pas de briguer un troisième mandat après ses victoires de 2010 et 2015, le Président Alpha Condé du Rassemblement du peuple de Guinée (RPG Arc-en-ciel) a appelé ses concurrents à la retenue après une campagne électorale violente.

«La Guinée ne peut pas se développer s’il n’y a pas la paix, la sécurité et l’unité. Nous appelons tous les candidats à éviter tout acte de violence. Si certains veulent perturber, je pense que l’opinion nationale et internationale en sera largement informée. Nous souhaitons que le peuple de Guinée puisse exprimer librement son choix sans aucune interférence et que les observateurs puissent être présents dans les bureaux de vote afin de contrôler que le vote s’est très bien passé», avait plaidé, serein, le candidat-Président cité par le site sénégalais emedia.sn.

Cellou Dalein Diallo, challenger numéro 1 du Président sortant et candidat de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG) pour la troisième fois consécutive, est dans une posture plus soupçonneuse.

Un second tour de scrutin, rêve ou réalité?

«Si le Président sortant Alpha Condé, [qui] ne veut pas renoncer à son désir de s’octroyer une présidence à vie, essaie par la ruse et la violence de garder le pouvoir […], ce ne sera pas acceptable pour nos partisans qui auront voté pour l’alternance […]. C’est pourquoi je ne souhaite pas que la violence vienne perturber le scrutin et compromettre dans une certaine mesure ma victoire. Bien entendu, il n’y a pas de risque zéro en la matière», a averti Cellou Dalein Diallo au micro du site emedia.sn

Les premières tendances lourdes ne pourront être projetées qu’avec la disponibilité des résultats issus des zones à forte concentration d’électeurs que sont Conakry, Labé, Mamou, Nzérékoré, Kankan, etc. Ce qui rend hypothétique tout pronostic. Après avoir été élu au second tour en 2010, Alpha Condé s’était largement imposé dès le premier tour à la présidentielle de 2015 avec près de 58% des voix. Depuis, des lignes semblent avoir bougé dans le landernau politique guinéen.

«Une victoire de l’un ou l’autre des candidats dès le premier tour serait pour moi une grande surprise. Il est possible qu’un second tour de scrutin soit nécessaire pour désigner le prochain Président de la Guinée», confie avec prudence le journaliste Abdoulaye Keïta.

Dans la même veine, une source au sein de la presse gouvernementale guinéenne a indiqué sous le sceau de l’anonymat qu’«un second tour de scrutin est possible ou même inévitable entre les deux principaux candidats. En 2015, le Président avait gagné au premier tour car je pense que le renouvellement d’un mandat est plus facile que l’élection à un troisième mandat très contesté».

Anticipation

Mais pour le candidat Cellou Dalein Diallo, rien n’est impossible. Devant la presse locale et internationale, l’ex-Premier ministre s’est proclamé, le 19 octobre, «victorieux de cette élection avec un large écart […] malgré les anomalies du scrutin». En réaction, le RPG d’Alpha Condé a fustigé une «déclaration irresponsable et dangereuse du Président de l’UFDG […] qui appelle de la part de tous les patriotes et de tous les démocrates une vive indignation et une condamnation unanime».

Selon le communiqué lu par le ministre d’État Youssouf Kiridi Bangoura, «toutes les dispositions [seront prises pour] prévenir le désordre et empêcher toute velléité de déstabilisation du pays et de ses institutions».

Un point de presse de la CENI, qui s’est aussi exprimée par voie de communiqué, condamnant l’annonce «prématurée» du candidat Cellou Diallo.

Pour sa part, la CENI a publié aussitôt un communiqué pour rappeler qu’elle restait « seule habilitée à publier la totalisation globale des résultats provisoires dans un délai maximum de 72 heures», en invitant «les candidats à s’abstenir de toute déclaration sur les résultats».

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Tags:
élection présidentielle, premier tour, Guinée équatoriale
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