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Des journalistes algériens ont rédigé un manifeste pour la liberté de la presse dans lequel ils dénoncent les pressions et le harcèlement que vivent les professionnels des médias. Le lancement de cette initiative coïncide avec la célébration de la journée nationale de la presse décrétée en 2013 par l’ancien Président Abdelaziz Bouteflika.

Les autorités algériennes célébreront, jeudi 22 octobre, la journée nationale de la presse. Une date décrétée en 2013 par le Président déchu Abdelaziz Bouteflika. Cette journée est marquée par l’attribution du prix du Président de la République du journaliste professionnel. Pour cette sixième édition, le thème retenu est «La numérisation, passerelle vers l’Algérie nouvelle».

Cette année, un groupe de journalistes a décidé de dénoncer le maintien d’un événement dans un contexte marqué par «l’emprisonnement, le harcèlement, les menaces, les poursuites judiciaires, les convocations par la police et la pression par la publicité» que subissent des professionnels et des médias.

«Cette journée se déroule dans un contexte où la presse en Algérie est confrontée à des conditions désastreuses […]. Face à cette situation tragique, nous, journalistes algériens, convaincus que la liberté de la presse est un pilier fondamental de la démocratie et que la pratique du journalisme est impossible dans un climat caractérisé par l'oppression et la peur, appelons les autorités à tenir leurs engagements répétés à respecter la liberté de la presse», lit-on dans le manifeste rédigé par ce groupe de journalistes.

Hamid Goumrassa, journaliste au quotidien El Khabar, un des initiateurs du manifeste, explique à Sputnik que le maintien de cette journée est à lui seul «une aberration» puisqu’elle a été instituée par Abdelaziz Bouteflika, «un Président qui n’a jamais cru en la liberté de la presse». Un paradoxe qui vaut à cet événement annuel le sobriquet de «journée de Bouteflika».

Continuité

Hamid Goumrassa déplore que le pouvoir actuel soit dans la «même logique que l’ancien Président» et cite l’exemple du journaliste Khaled Drareni condamné à deux années de prison pour «incitation à attroupement non armé» et «atteinte à l'unité nationale». «Le cas de Khaled Drareni est l’exemple parfait du niveau de répression qui frappe notre corporation. Notre confrère a été interpelé puis condamné à une lourde peine de prison pour avoir exercé son métier de journaliste.»

Hamid Goumrassa précise que ce manifeste a été adressé à l’ensemble de la profession et qu’il fait «l’objet d’une réelle adhésion». Le texte comporte une série de revendications, notamment la libération de Khaled Drareni «qui a été condamné à la peine la plus lourde de l'histoire du journalisme algérien depuis l'indépendance» ainsi que la «levée du contrôle judiciaire contre les journalistes du journal Sawet El Akher, soumis à cette procédure depuis des mois pour des raisons liées à un article publié dans le journal».

Aussi, les rédacteurs du manifeste exigent:

«La cessation de toutes les poursuites judiciaires et du harcèlement sécuritaire à l'encontre des journalistes, parmi lesquels ceux qui souffrent en silence de ces pratiques contraires à la liberté de pratiquer le journalisme. Ainsi que la levée du blocage de Maghreb Émergent, de Radio M et de tous les sites web auxquels cette procédure s'applique, en raison de la couverture de l’actualité d'une manière qui ne correspond pas à la vision du pouvoir.»

Manne publicitaire

Le manifeste aborde également la problématique du financement de la presse et propose de lancer «des dispositions urgentes pour préparer la loi sur la publicité et mettre fin au monopole du gouvernement sur la publicité». En Algérie, la publicité institutionnelle est le monopole de l’Agence nationale de l’édition et de la publicité (ANEP). La manne publicitaire va en priorité aux médias publics et à ceux qui sont considérés comme étant proches du pouvoir.

La question de la réorganisation du secteur audiovisuel de façon à permettre «le lancement de chaînes de télévision soumises au droit algérien et non étranger» est une autre exigence de ce manifeste. Ses rédacteurs insistent pour que ces télévisions aient «une mission de service public et non pas de se mettre au service des gouvernants du moment». Hamdi Goumrassa estime que la profession traverse une situation «très grave» et que le combat pour la liberté de la presse «exige une implication des journalistes et de l’ensemble de la société».

«La liberté de la presse ne concerne pas uniquement les journalistes mais l’ensemble de la société algérienne, tous les citoyens qui croient en la démocratie et au véritable changement. Il ne peut y avoir de changement tel que celui auquel aspire la population algérienne sans une presse libre et une parole libre. Or, nous constatons tout le contraire depuis le 22 février. Actuellement, le danger vient de l’intérieur même de notre profession. Des journalistes ne réagissent pas en voyant le champ des libertés rétrécir. Pour eux, cette situation est devenue une norme. Alors qu’il est impératif qu’il y ait une prise de conscience», souligne-t-il.

Le journaliste d’El Khabar est convaincu que la liberté de la presse nécessite «une lutte permanente» mais que ce combat «ne peut être soumis à une obligation de résultat». 

«En face, nous avons un pouvoir qui ne croit pas en la liberté de la presse. La lutte a été menée par nos aînés, à l’instar de Tahar Djaout et Omar Ouartinale qui sont morts pour ce métier [durant la décennie noire]. Il est possible que nous ne puissions pas atteindre la liberté de la presse mais il est important que de nouvelles générations de journalistes puissent en jouir», affirme Hamid Goumrassa.

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journalistes, liberté de la presse, presse, Algérie
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