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Avant l’apparition du Covid-19, près de 690 millions de personnes étaient sous-alimentées dans le monde. En quelques mois, ce chiffre a augmenté de 132 millions, constate à Sputnik un représentant de l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture de l'Onu. Les pronostics demeurent peu encourageants, surtout pour l’Afrique.

Cette année, l'Organisation pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) de l'Onu fête les 75 ans de sa création. En entretien exclusif à Sputnik, Gouantoueu Robert Guei, coordonnateur du bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest, dresse un bilan actuel de la situation alimentaire dans le monde et plus particulièrement en Afrique.

Le Burkina Faso et le Nigeria souffrent le plus

La situation actuelle sur le continent africain est compliquée, même si les Africains ont été impactés moins directement par la pandémie au niveau du nombre de cas, les pertes de revenus et la hausse des prix des denrées alimentaires compromettent désormais l’accès à la nourriture. Car le principal problème en matière de sécurité alimentaire est le manque d’accès à la nourriture plutôt que sa disponibilité, explique Gouantoueu Robert Guei.

«Au Burkina Faso, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire sévère a presque triplé par rapport aux niveaux pré-Covid. De fortes augmentations du nombre total de personnes souffrant de la faim aiguë ont été également enregistrées dans le nord du Nigeria (une augmentation de 73% par rapport au pic de 2019, à 8,7 millions de personnes)».

La pandémie a eu un impact sur la capacité des populations à générer des revenus pour répondre à leurs besoins quotidiens. Elle a également aggravé l’impact des conflits et du changement climatique sur les populations vulnérables, selon la FAO.

Les agriculteurs et les éleveurs affrontent la faim

De récentes études indiquent une détérioration inquiétante de l'insécurité alimentaire aiguë dans des pays qui souffrent déjà d'autres crises telles que les conflits, les catastrophes naturelles, le changement climatique, les ravageurs et les maladies animales.

Dans les pays déjà touchés par d’autres crises, les enquêtes de la FAO indiquent que les petits producteurs sont confrontés à des défis croissants, notamment à l’accès aux outils agricoles tels que des semences et des engrais, confie Gouantoueu Robert Guei. La difficulté d’accès est liée à plusieurs facteurs tels que la hausse des prix, la perte de revenus des ménages et la faible disponibilité sur les marchés.

«Une production alimentaire réduite peut avoir de graves conséquences sur la disponibilité alimentaire. Si les semences sont réduites, les récoltes le seront également, ce qui signifie que les familles d'agriculteurs elles-mêmes, souvent parmi les plus exposées à l'insécurité alimentaire, ainsi que leurs communautés, ne pourront pas accéder à une alimentation nutritive en quantité suffisante.»

La pandémie affecte également le secteur de l’élevage en raison de l’accès réduit à l’alimentation animale. Les perturbations des chaînes de valeur afriqagricoles causées par la pandémie exacerbent les défis existants, y compris ceux auxquels sont confrontés les jeunes agro-entrepreneurs lorsqu'ils s'engagent dans des systèmes agroalimentaires.

L'analyse des tendances des prix alimentaires a montré que 20 des 24 pays africains pour lesquels des données sont disponibles ont enregistré des augmentations des prix des denrées de base en juin 2020 par rapport aux niveaux d'avant le Covid-19 en février 2020, constate le coordonnateur du bureau sous-régional de la FAO pour l’Afrique de l’Ouest.

«En juin 2020, les prix des céréales ont augmenté sur les marchés locaux jusqu'à 40% par rapport à février au Bénin, au Burkina Faso, au Cap-Vert, au Ghana, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Togo. Les prix des tubercules ont également flambé sur certains marchés locaux, jusqu'à 62% pour le manioc au Cap-Vert, au Ghana et en Sierra Leone, et jusqu'à 84% au Ghana pour les ignames.»

27 pays en crises alimentaires imminentes

La FAO estime que le ralentissement économique dû à la réduction des activités économiques augmentera les niveaux de sous-alimentation de 83 à 132 millions de personnes dans le monde en 2020.
«27 pays sont en première ligne des crises alimentaires imminentes provoquées par le Covid-19, notamment le Burkina Faso, le Cameroun, le Liberia, le Mali, le Niger, le Nigeria, le Mozambique, la Sierra Leone et le Zimbabwe.»

«Sauver les gens»

La FAO estime que beaucoup peut être fait pour sauver les gens de la crise. Gouantoueu Robert Guei explique qu’il est urgent de protéger les plus vulnérables, y compris les communautés rurales, les jeunes, les personnes déplacées internes et les femmes opérant dans le secteur informel: en élargissant l’accès aux filets de sécurité et à la protection sociale, en appuyant les chaînes d’approvisionnement alimentaire mondiales, en atténuant les effets de la pandémie dans l’ensemble du système alimentaire, en augmentant la production alimentaire, et en mettant en place des systèmes alimentaires plus résilients, plus respectueux du genre et sensibles à la nutrition.

«Le programme de réponse et de relèvement du Covid-19 de la FAO définit sept priorités d'action, notamment le renforcement de la résilience des petits producteurs pour le relèvement, l'inclusion économique et une assistance ciblée pour soutenir les ménages actuellement et nouvellement vulnérables touchés par le Covid-19 et la prévention de la prochaine pandémie zoonotique.»

Le soutien de la FAO aux pays membres en Afrique a influencé le programme de réponse au Covid-19 des États membres et à donner la priorité aux investissements dans l'alimentation et l'agriculture.

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