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En Guinée, l’opposition conteste la réélection d’Alpha Condé. Les violences postélectorales ont déjà fait une vingtaine de morts. Un schéma similaire semble se dessiner chez son voisin, la Côte d’Ivoire, où le Président Alassane Ouattara brigue, lui aussi, un troisième mandat controversé.

Se dirige-t-on en Côte d’Ivoire vers une «Guinée bis»? Pour de nombreux observateurs, cela ne fait aucun doute.

En Guinée, les protestations préélectorales contre la candidature d’Alpha Condé pour un troisième mandat –qui ont occasionné plusieurs dizaines de morts en 2020– ont laissé la place, depuis le 19 octobre (lendemain de l’élection présidentielle), à des violences postélectorales tout aussi meurtrières.

En effet, l'opposition, emmenée par Cellou Dalein Diallo –le principal challenger du chef de l’État sortant, qui s’est autoproclamé vainqueur du scrutin mais demeure depuis le 19 octobre reclus chez lui sous la surveillance des forces de l’ordre–, conteste la réélection d’Alpha Condé dès le premier tour avec 59,5 % des voix. Elle a appelé les Guinéens à investir la rue pour manifester contre ce qu’elle qualifie de «hold-up électoral».

Des similitudes avec la Côte d’Ivoire

Pays frontalier de la Guinée, la Côte d’Ivoire traverse aussi, depuis l’annonce le 6 août dernier d’Alassane Ouattara de briguer un troisième mandat, une crise préélectorale qui a déjà fait au moins 70 morts, selon un bilan de l’opposition.

À une poignée de jours de l’élection présidentielle du 31 octobre pour laquelle le Conseil constitutionnel a rejeté 40 dossiers de candidature (dont ceux de l’ancien chef d’État Laurent Gbagbo et de l’ex-Premier ministre Guillaume Soro) pour ne retenir que quatre candidats, dont celle du Président sortant convaincu de sa réélection dès le premier tour, la tension demeure particulièrement vive dans le pays.

Tant l’opposition que des organisations de la société civile sont unanimes sur la nécessité d’un report du scrutin et la tenue d’un dialogue avec le pouvoir –impérativement sous la supervision d’une médiation internationale– afin de garantir une élection «crédible, transparente et inclusive».

Préalablement à tout scrutin, les leaders de l’opposition exigent le retrait de la candidature d’Alassane Ouattara qu’ils jugent anticonstitutionnelle, la dissolution du Conseil constitutionnel pour le remplacer par une «juridiction véritablement impartiale», la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI, la structure chargée d’organiser les élections) «inféodée au parti au pouvoir», l’audit international des listes électorales, la libération de tous les prisonniers politiques, civils et militaires, et le retour sécurisé de tous les exilés.

Vers un «effet miroir»

Avec le boycott du processus électoral décidé par l’ancien Président Henri Konan Bédié (86 ans, qui a dirigé le pays de 1993 à 1999) et l’ancien Premier ministre Pascal Affi N’Guessan (67 ans), Alassane Ouattara (78 ans, au pouvoir depuis 2011) –qui ne devrait faire face qu’au candidat indépendant Kouadio Konan Bertin (51 ans)– a toutes les chances de l’emporter dès le premier tour.

Une victoire que l’opposition –qui multiplie sur le terrain les actions pour empêcher la tenue de la présidentielle– a d’ores et déjà assuré ne pas reconnaître.

Pour Hichem Ben Yaïche, expert en géopolitique et qui dirige trois revues spécialisées dans les thématiques africaines, «on se dirige en Côte d’Ivoire vers un schéma similaire à la Guinée», et la situation en Guinée pourrait à ce titre influencer celle de la Côte d’Ivoire.

«L’Afrique traverse une période assez inquiétante, voire très dangereuse. Les élections sont loin d’être des moments formels. Les alternances au pouvoir ont du mal à s’effectuer, on note partout une volonté de se maintenir à la tête du pays. Et cela est particulièrement dévastateur pour ce continent qui doit nécessairement entrer dans la modernité en apprenant notamment l’acceptation de la différence.»

«Tout ce qui se passe dans la sous-région ouest-africaine est actuellement scruté par les populations. Et vu la situation en Guinée, il va y avoir en Côte d’Ivoire, qu’on le veuille ou non, un effet miroir, un effet d’entraînement. La Guinée peut servir de déclencheur (en Côte d’Ivoire) en fonction de l’évolution de la situation dans ce pays», a-t-il expliqué.

Des contextes pourtant différents

Interrogée par Sputnik, Noëlle Houlé, membre du bureau politique du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI, parti du candidat Henri Konan Bédié), a un avis différent sur la question. Pour elle, le contexte dans ces deux pays n’est pas tellement similaire.

«Le cas de la Côte d’Ivoire n’est sur le fond pas comparable à celui de la Guinée. Il ne saurait y avoir de Guinée bis en Côte d’Ivoire dans la mesure où le peuple ivoirien est en train de manifester sur le terrain son désir de ne pas voir Alassane Ouattara au pouvoir pour un troisième mandat.»

«En aucun cas donc il ne pourrait être désigné vainqueur d’une quelconque élection au soir du 31 octobre. Cela dit, Alassane Ouattara aura à son actif tous les morts que nous enregistrons dans cette crise préélectorale. Il devra répondre des crimes de sang qu’il est en train de perpétrer», a-t-elle déclaré.

Le 26 octobre, face à la presse, l’opposition ivoirienne, qui rejette sur Alassane Ouattara la responsabilité des morts occasionnées lors des manifestations préélectorales, a appelé à «l’ouverture d’une enquête internationale sur ces crimes commis par le Président sur son propre peuple».

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crise politique, élection présidentielle, contestation, Côte d'Ivoire, Guinée équatoriale
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