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À Dakar, en l’absence du Président Macky Sall, invité mais pas aperçu, des milliers de manifestants ont répondu à l’appel d’organisations musulmanes pour condamner les caricatures contre le prophète Mahomet. L’occasion a surtout servi à dénoncer une «théorisation» du blasphème dont Emmanuel Macron est accusé d’être le porte-étendard.

Dans la gigantesque marée humaine qui a peuplé ce samedi 7 novembre la place de la Nation à Dakar et déversé son trop-plein de monde sur le longiligne boulevard Charles de Gaulle, les organisateurs de la protestation contre «l’islamophobie en Europe» et «les caricatures blasphématoires» contre le Prophète en France ont espéré jusqu’au bout avoir avec eux le Président Macky Sall. Mais ce dernier n’aura pas donné signe de présence au cours des trois heures de rassemblement. Et n’a donc pas assisté à la démonstration de force de toutes ces personnes venues dire «touche pas à mon Prophète».

​«L’absence du Président Macky Sall à cette manifestation est une regrettable maladresse qu’il ne lui sera pas facile de rattraper ou de corriger. Nous lui avons envoyé, en toute solennité, un courrier officiel avec accusé de réception en bonne et due forme. Nous n’avons reçu aucune réaction de sa part, ni un mot ni un signe, rien», tempête Mame Mactar Guèye, un des responsables du rassemblement interrogé par Sputnik.

Et de poursuivre: «En tant que premier responsable d’un pays très majoritairement musulman, son devoir est de montrer aux Sénégalais qu’il défend leurs intérêts en cas de besoin. Or l’islam et le Prophète sont indissociables des intérêts des musulmans sénégalais.»

La manifestation a été organisée à Dakar et dans des villes de l’intérieur par le Rassemblement des Sénégalais contre l’islamophobie (RSI), un front composé de 125 associations et mouvements islamiques élargi à toutes les familles religieuses du pays.

Beaucoup de membres du RSI semblent d’autant plus interpellés par l’absence du Président Macky Sall qu’ils rappellent que, dans cette affaire, celui-ci avait posé des actes qui semblent indiquer un «parti pris» chez lui depuis l’attaque des locaux de Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015.

«En conseil des ministres, il avait condamné l’attentat au nom du gouvernement et du peuple sénégalais. Puis il s’était rendu à l’ambassade de France à Dakar pour signer le registre des condoléances ouvert à cet effet. Il avait pris l’avion pour assister à la marche de soutien à des ennemis du Prophète sur les Champs-Élysées aux côtés d’autres chefs d’État du monde», maugrée Mame Mactar Guèye.

Avant de s’emporter: «Aujourd’hui, face aux mêmes impertinences qu’il y a cinq ans encore proférées contre notre Prophète, il brille par son absence.»

Emmanuel Macron à la Sorbonne pour l’hommage national à Samuel Paty

Une interprétation du parti pris assez large, celle qui est retenue par les militants du RSI. Et pour cause, d’un côté elle assimile la condamnation du terrorisme au soutien à Charlie Hebdo, et passe sous silence d’autres faits politiques.

Le Président sénégalais à la «marche républicaine» pour Charlie Hebdo à Paris en janvier 2015

C’est que dans la même période, le chef de l’État sénégalais avait envoyé son Premier ministre d’alors, Mahamed Boun Abdallah Dionne, le représenter à la contre-manifestation contre Charlie Hebdo organisée à Dakar à la même époque. En même temps, la vente du numéro du journal contenant les caricatures avait été interdite au Sénégal.

Mais pour le RIS, l’objectif affiché est surtout de répondre aux «propos irresponsables» du Président français sur «le blasphème». Emmanuel Macron, lors de la cérémonie d’hommage à l’enseignant Samuel Paty tué par un ressortissant tchétchène à Conflans-Sainte-Honorine pour avoir montré les caricatures de Charlie Hebdo à ses élèves collégiens, avait soutenu avec force que «nous ne renoncerons pas aux caricatures, nous ne cèderons pas». En rejetant le terrorisme, les manifestants disent ne pas se reconnaître dans l’intégrisme commis au nom de leur religion. Mais ils en pointent un autre.

Mame Mactar Guèye juge qu’Emmanuel Macron «s’affiche de fait en porte-parole d’un intégrisme laïc qui théorise le blasphème gratuit contre ce qu’il y a de plus cher à des centaines de millions de personnes à travers le monde.»

«Il a jeté de l’huile sur le feu en toute connaissance de cause. Il a déclaré la guerre aux musulmans, nous lui déclarons la guerre jusqu’à ce qu’il présente ses excuses à tous ceux qu’il insulte», insiste le militant, par ailleurs vice-président et porte-parole de l’ONG Jamra, qui intervient dans la promotion et la défense des valeurs de l’islam.

Vers le boycott des produits français?

Entre pancartes fièrement brandies, drapeaux sénégalais ou de couleurs blanche ou verte (censées être celles de l’islam) agités en permanence, slogans anti-français déclamés à tue-tête, des manifestants ont malmené des effigies du Président français. Le drapeau tricolore a même été brûlé. Aucune réaction officielle n’a été enregistrée suite à cette manifestation.

Sans des «excuses publiques» du Président français, le RSI envisage «très sérieusement» de parrainer un mouvement de boycott massif des produits français vendus au Sénégal, à l’instar des opérations identiques survenues dans certains pays arabes.

«Le 26 octobre dernier, nous avons déposé une lettre de protestation à l’ambassade de France à Dakar. Le rassemblement de ce weekend était un autre jalon de notre programme de riposte contre l’islamophobie et surtout contre les caricatures blasphématoires contre le Prophète. Effectivement, la prochaine étape serait d’appeler les Sénégalais à ne plus acheter français, ici ou ailleurs», menace Mame Mactar Guèye.

Outre la presse locale, les médias internationaux classiques ont fortement couvert la manifestation. Parmi eux, un grand nombre de chaînes arabes. Plusieurs jours après son discours de la Sorbonne, Emmanuel Macron avait accordé une interview à la chaîne qatarie Al Jazeera pour se plaindre de la manipulation de ses propos à des fins de «propagande».

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Tags:
Charlie Hebdo, anti-islamophobie, Emmanuel Macron, Macky Sall
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