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En Côte d’Ivoire, la rencontre entre le Président Alassane Ouattara et l’ex-chef d’État Henri Konan Bédié, deux acteurs incontournables de la scène politique, anciens alliés mais que désormais tout semble opposer, fait naître l’espoir d’une sortie de crise. Mais pour l’enseignante-chercheuse Caroline Roussy, la prudence est de rigueur.

Il suffit parfois que deux coudes se touchent pour faire naître l’espoir de lendemains meilleurs. L'image d’Alassane Ouattara et d’Henri Konan Bédié se saluant à l’issue de leur entretien le 11 novembre par ce geste –d’usage en ces temps de coronavirus– n'a pas manqué de faire réagir les internautes ivoiriens, partagés entre joie, soulagement, frustration et colère.

C’est la première rencontre entre les deux hommes depuis le début de la crise politique qui a engendré, selon les autorités ivoiriennes, 85 morts ces trois derniers mois. Beaucoup espèrent qu’elle ouvrira réellement la voie à un «dialogue sincère et franc» que l’on dit attendre de part et d’autre, en vue du retour à une paix durable.

Rétablir la confiance avant tout

Le 9 novembre dernier, jour de la confirmation par le Conseil constitutionnel de sa réélection avec 94,27% des voix, Alassane Ouattara s’est adressé à la nation ivoirienne. Il a invité Henri Konan Bédié –à la tête du Conseil national de transition (CNT), réunissant l’opposition qui ne reconnaît pas la victoire du Président ivoirien– à un échange «franc et sincère» pour désamorcer, à terme, les tensions actuellement très vives en Côte d’Ivoire.

Deux jours plus tard, et dans un point presse au sortir de leur rencontre, les deux hommes politiques sont apparus satisfaits. Pour Alassane Ouattara, ce premier entretien a permis de «rétablir la confiance» et ouvre la voie à la «préservation de la paix ans le pays». Pour Henri Konan Bédié, «le mur de glace» est désormais «brisé». Mais rien de concret n’a filtré sur la teneur des discussions qui ont duré environ une heure au Golf Hôtel d’Abidjan.

Tous deux ont convenu de se revoir très prochainement pour poursuivre le dialogue mais en attendant, l’ancien Président entend faire le point avec ses partenaires de l’opposition «sur leurs attentes et leur vision de l’avenir».

Si tout semble aujourd’hui les opposer, il n’en a pas toujours été ainsi. Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara sont deux dirigeants qui se connaissent bien. Cela fait maintenant 30 ans que la vie politique ivoirienne est dominée par ces deux personnalités auxquelles on ne saurait manquer d’ajouter l’ancien Président Laurent Gbagbo. Par manipulation constitutionnelle ou jeux d’alliances, ils se sont longtemps affrontés pour la conquête et la conservation du pouvoir.

Au second tour de la présidentielle de 2010, Henri Konan Bédié avait invité ses militants à voter Alassane Ouattara, en lice contre Laurent Gbagbo. Il avait par la suite lancé un appel similaire à la présidentielle de 2015, également remportée par Alassane Ouattara. Alors qu’on croyait définitif leur rapprochement entamé depuis 2005, les deux leaders se sont séparés en 2018.

Pour Caroline Roussy, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), par cette première rencontre, «le mur de glace a peut-être été entaillé, mais il reste à voir s'il est réellement fendu, en tout cas il n’est certainement pas brisé».

«C’est une main tendue, reste à savoir si Alassane Ouattara est un gentleman. Les photos de leur rencontre montrent un apaisement temporaire, mais il demeure peu sûr que ces deux hommes qui se connaissent bien se fassent confiance», a-t-elle déclaré, jointe par Sputnik.

La chercheuse estime, en outre, que plusieurs questions demeurent: «Ouattara a-t-il laissé entendre s’il était d'accord avec les propositions de Bédié? Quels sont les points, pour lui, non négociables? Est-ce que Bédié et la plate-forme de l'opposition vont reconnaître Ouattara comme Président? Et chercher à conquérir des places pour les législatives?»

Les préalables de l’opposition à la poursuite du dialogue

Depuis l’annonce en août dernier de la candidature d’Alassane Ouattara, l’opposition n’a eu de cesse de contester sa décision (et maintenant sa victoire au scrutin du 31 octobre). Elle la juge en effet inconstitutionnelle au motif que la Constitution ivoirienne limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Un avis que n’a pas partagé le Conseil constitutionnel qui, le 14 septembre, a validé la candidature d’Alassane Ouattara, tout en écartant 40 autres prétendants, dont l’ancien chef d’État Laurent Gbagbo et l’ex-Premier ministre Guillaume Soro.

Les résultats définitifs proclamés par le Conseil constitutionnel révèlent que le Président sortant a obtenu 94,27% des voix et Kouadio Konan Bertin (indépendant) 1,99%. Henri Konan Bédié et l’ex-Premier ministre Pascal Affi N’Guessan, eux, ont été respectivement crédités de 1,66% et 0,99% des votes malgré leur boycott du scrutin.

D’après ce qui ressort d’un communiqué publié par le parti de Bédié quelques heures avant sa rencontre avec Ouattara, plusieurs préalables ont été posés sur la table pour l’établissement d’un véritable dialogue.

Il s’agit, notamment, de la levée du blocus imposé depuis le 3 novembre par les forces de l’ordre au domicile de plusieurs leaders de l’opposition, la libération de tous les opposants et acteurs de la société civile incarcérés et la cessation de toutes les poursuites judiciaires en cours. Ce dernier point concerne notamment le porte-parole de l’opposition Pascal Affi N’Guessan, placé sous mandat de dépôt le 9 novembre et contre qui sont retenues une trentaine de charges dont «actes de terrorisme» et «attentat et complot contre l’autorité de l’État».

Par ailleurs, l’ancien chef d’État a exigé un dialogue inclusif ne se limitant pas seulement à son parti, mais élargi à la formation de Laurent Gbagbo et au mouvement politique de Guillaume Soro. Il se tiendra sous la conduite d’un facilitateur accepté par toutes les parties. Dans cet objectif, informe le communiqué du Parti démocratique de Côte d'Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), la formation politique de Bédié, le Président en exercice de la Cedeao (le chef d’État ghanéen Nana Akuffo Ado) ainsi que le SG de l’ONU ont d’ores et déjà été saisis.
Autant dire qu’au vu de toutes ces conditions, la suite des événements s’annonce d’ores et déjà tumultueuse.

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Tags:
crise, dialogue, Henri Konan Bédié, Alassane Ouattara, Côte d'Ivoire
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